En Indonésie, pays qui compte la plus grande population musulmane au monde, la rupture du jeûne, appelée Buka Puasa dans l’archipel (iftar dans le reste du monde), est bien plus qu’un simple repas : c’est un moment spirituel, familial et communautaire profondément ancré dans la culture nationale. Durant le mois sacré du Ramadan, chaque coucher du soleil marque une transition solennelle entre abstinence, prière et partage.


Le rituel du Buka Puasa
Pendant le ramadan, à l’approche du coucher du soleil, les rues indonésiennes changent de rythme. Les marchés de takjil (petites douceurs pour rompre le jeûne) s’animent, les familles se réunissent, les restaurants affichent des menus spéciaux, la circulation est plus fluide et de nombreux magasins tirent leur rideau. C’est l’annonce du rituel sacré de buka puasa : la rupture du jeûne appelée plus globalement dans le monde musulman iftar.
Le jeûne quotidien commence à l’aube, après le sahur (repas pris avant la prière du matin), et se termine au coucher du soleil, signalé par l’appel à la prière (adhan).
La rupture du jeûne suit généralement cet ordre :
- Invocation silencieuse quelques instants avant le coucher du soleil.
- Récitation de la prière de rupture immédiatement après l’adhan.
- Consommation d’une boisson et de dattes pour réhydrater le corps.
- Prière du Maghrib (prière du soir).
- Repas principal, partagé en famille ou à la mosquée.
La prière traditionnellement récitée est :
Allahumma laka shumtu wa bika aamantu wa ‘ala رزqika aftartu.
« Ô Allah, c’est pour Toi que j’ai jeûné, en Toi j’ai cru et avec Ta subsistance je romps mon jeûne. »
En Indonésie, on entend souvent aussi :
Dzahaba adh-dhama’u wabtallatil-‘uruq wa tsabatal ajru insha Allah.
« La soif est dissipée, les veines sont abreuvées et la récompense est assurée, si Allah le veut. »

Les plats emblématiques du Buka Puasa
Préparés en famille (généralement par les femmes dès l’aube) ou vendus sur le bord des rues par des vendeurs ambulants (occasionnels ou professionnels), buka puasa est l’occasion de revisiter la gastronomie populaire indonésienne.
Gorengan
Les gorengan consommés toute l’année sont des beignets très populaires, frits croustillants bon marchés :
- Bakwan (beignets de légumes)
- Tempe goreng (tempeh frit)
- Tahu isi (tofu farci frit)
Le ketupat
C’est l’un des plus emblématiques. C’est un petit panier fait de feuilles de cocotier tressées dans lequel on fait cuire du riz
Kolak
Dessert incontournable du Ramadan indonésien, le kolak est une préparation sucrée à base de bananes, patates douces ou manioc, cuits dans du lait de coco parfumé au sucre de palme (gula aren). Servi tiède ou froid, il symbolise douceur et réconfort après une journée de jeûne.

Es Buah
Boisson-dessert rafraîchissante composée de fruits variés, sirop sucré, lait concentré et glace pilée. Parfaite pour réhydrater rapidement l’organisme.
Repas principal
Après la prière du Maghrib, les familles dégustent des plats plus consistants, souvent régionaux :
- Rendang (bœuf mijoté aux épices, spécialité de Sumatra)
- Soto ayam (soupe de poulet parfumée au curcuma)
- Nasi goreng (riz sauté)
- Sambal (condiment pimenté indispensable)
Dimension communautaire et spirituelle
Le Buka Puasa est aussi un moment de solidarité. De nombreuses mosquées, comme la grande Mosquée Istiqlal à côté du Monas à Jakarta, organisent des iftars collectifs gratuits. Des entreprises, des restaurants et des associations distribuent gratuitement des repas aux plus démunis — une pratique appelée “buka bersama” (rupture du jeûne ensemble). On voit souvent de longues files d’attentes devant les warung proposant ces repas offerts.
Après le repas, les fidèles se rendent à la mosquée pour la prière nocturne spéciale du Ramadan, appelée Tarawih.
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