Fin octobre 2019, Steven Dumont et Mélanie Bellanger débarquent à Flores avec comme projet de devenir artisans glaciers alors qu’ils n’ont aucune connaissance dans ce domaine. Mais grâce à leur détermination et après avoir surmonté de nombreuses difficultés, ils sont aujourd’hui à la tête de Maison Belmont, une enseigne de glaces artisanales qui marche très fort. Retour sur leur success story.


Avant les glaces : le commerce, les platines et l’ergonomie
En France, rien ne destinait le couple à devenir glacier au bout du monde. Steven Dumont, 31 ans, travaille comme manager dans le retail prêt-à-porter. La nuit, autre ambiance : il est aussi DJ à Paris. Deux vies en une, rythmées par les horaires, les clients, la pression.
Mélanie Bellanger, 35 ans, elle, est ergonome et travaille pour la RATP. Son quotidien : observer le travail des techniciens, comprendre les gestes, les contraintes, les blessures et proposer des améliorations concrètes.
Pour découvrir les produits de Maison Belmont, consultez leur page Instagram
Pour décompresser, trois semaines par an, Mélanie et Steven, qui vivent alors à Marne-la-Vallée (banlieue de Paris), partent faire de la plongée sous-marine un peu partout dans le monde. Jusqu’à découvrir l’Indonésie qui va changer leur vie.
Le déclic indonésien : trois voyages de plongée et une évidence
Lors de trois voyages différents, Steven et Mélanie plongent dans les plus beaux spots de l’archipel jusqu’à découvrir les îles Komodo et tombent amoureux du pays. Trois ou quatre jours à Labuan Bajo suffisent à les convaincre d’ouvrir un nouveau chapitre de leur vie ici. La ville en pleine expansion est alors surtout tournée vers l’industrie de la plongée et l’hôtellerie. Il y a bien quelques restaurants mais il manque un produit plaisir, universel, accessible : la glace. Nous sommes en octobre 2018. Steven et Mélanie reviennent en France et se donnent cinq ans pour monter leur business à Labuan Bajo. Mais le soir du Nouvel An, alors qu’il est en train de mixer à Paris, Steven reçoit un message WhatsApp de Mélanie, qu’il garde encore en capture d’écran : "Je n’ai pas envie d’attendre cinq ans. Viens, on part. Maintenant.” Steven répond : “Quand tu veux.” Un mois plus tard, ils achètent un billet aller simple pour Flores : date de départ octobre 2019. Leur success story pouvait commencer.
Tout vendre pour repartir à zéro
Ils vendent les quelques biens qu’ils ont en France, notamment le cheval de Mélanie, et partent au galop dans leur nouvelle vie. Mais il reste à résoudre un petit détail : ils n’y connaissent rien en matière de fabrication de glace ! En plein été, juste avant le départ, ils tentent d’obtenir des stages à Paris. Ils frappent aux portes des glaciers. Dix refus. Haute saison, pas le temps, pas possible. Et puis, un jour en fin de journée, tout au bout de Paris, un dernier artisan. Ils hésitent : “On y va, on n’y va pas ?” Ils y vont. Et là, miracle : la personne leur montre son laboratoire, ils prennent des notes, récupèrent un contact. Celui du Meilleur Ouvrier de France : Jean-Christophe Vitte et de son bras droit Thierry Jouval. Mélanie se forme avec lui. Elle apprend un savoir-faire, des bases, une rigueur. Ils peuvent enfin s’envoler pour l’Indonésie.
Mais ça commence mal. La crise du Covid éclate. Un mal pour un bien qui leur permet de se lancer tranquillement, de tester des choses, de monter leur société (une PT PMA, société à capitaux exclusivement étrangers) qu’ils appellent Maison Belmont (contraction de Bellanger et Dumont). Ils glanent aussi de bons conseils auprès de la fondatrice de Gusto Gelato, un glacier de Bali. En mars 2020, ils commandent en Chine leurs machines à glace qui arrivent défectueuses. Après un peu de bricolage, Steven les fait fonctionner et ils commencent à produire pour les hôtels et les restaurants plutôt que d’attendre une hypothétique ouverture de boutique avec la fin du covid.

Des glaces faites maison et produites en circuit court avec 80 % de produits locaux
En mars 2022, c’est le grand départ. Ils trouvent une boutique neuve dans la rue principale de Labuan Bajo à proximité des restaurants, des hôtels et du port. À l’ouverture, la boutique se remplit dès les premiers jours. Puis arrivent les vacances suivant le Ramadan, quand de nombreux Indonésiens voyagent : carton plein. Et la haute saison touristique s’enchaîne derrière, faisant du lancement de Maison Belmont une réussite. Leur clientèle est variée : touristes occidentaux, bien sûr, mais aussi beaucoup d’Indonésiens — notamment des familles venant de Jakarta — et une clientèle chinoise de plus en plus présente. À 47 000 IDR le petit pot et 69 000 le grand, ces glaces s’adressent plutôt à la classe moyenne indonésienne de plus en plus à la recherche d’expériences culinaires.

La glace du moment, c’est la glace chouchou (cacahuètes caramélisées) « car il y en plein sur les marchés de Noël notamment à Strasbourg et à Colmar », précise Mélanie dans une story Instagram avant d’ajouter « avoir voulu ramener un peu de vibe de France en Indonésie ». Toutes leurs glaces sont faites maison. Il y a évidemment les classiques : chocolat, vanille, mangue, fruit de la passion et des créations comme ananas épicé (Ananas sambal matah), orangette chocolat noir (orange confite maison et chocolat noir 80%). Maison Belmont propose chaque mois une nouvelle création comme « Skin Glow » (fruits rouges, litchi, coconut, chia…) ! En pot ou en cornet fait maison et roulé à la main.

Mélanie et Steven n’utilisent aucune pâte, aucun prémix, aucune poudre de goût, tout est 100% naturel. Pour Steven, le succès de leurs glaces repose sur la qualité des produits qu’ils travaillent. 80 % proviennent d’Indonésie : le chocolat de Bali, la vanille de Papua, la cannelle de Java et les fruits majoritairement de Flores. Seules quelques matières premières, comme les noisettes, sont importées. « C'est du circuit court. Pour la planète, c'est quand même meilleur et on aide les locaux », souligne Steven.

Une vie épanouie et un fils qui vient de naître
Ce qui était un pari un peu fou, au début, est devenu une nouvelle vie épanouie. « En Indonésie, le rythme est quand même plus cool. Même s’il y a du stress avec l'entreprise, il y a beaucoup moins de mauvais stress. C’est beaucoup moins anxiogène. Ici, je me déplace uniquement en scooter, tout est à 10 minutes, je n'ai jamais de bouchons. Il y a une saison des pluies mais il fait beau quasiment toute l’année », affirme-t-il. Le plus dur, remarque Steven, c’est la maintenance du matériel et le management avec une rigueur européenne pas toujours au rdv. « Mais en majorité le personnel est très à l’écoute et respectueux », tempère le chef d’entreprise qui tient à leur rendre hommage en soulignant « leur désir d’apprendre tout en donnant toujours le maximum ».
Autre difficulté, la partie transport pour le lait. Il arrive de Surabaya et il faut faire très attention à la chaîne de froid. Même chose dans leur labo et leur lieu de stockage. Pour faire face aux nombreuses coupures d’électricité, ils ont investi dans des générateurs et grâce à une carte SIM, leur téléphone bipe dès que le courant est à l’arrêt. Un système bricolé par un Indonésien déniché sur Tokopedia ! « En Indonésie, il y a beaucoup de problèmes mais il y a toujours des solutions », s’enthousiasme Steven.
Aujourd’hui, Maison Belmont compte seize employés et s’est récemment agrandie avec le local voisin. Steven et Mélanie réfléchissent aussi à ouvrir éventuellement une autre boutique sur une autre île. Mais rien de concret pour l’instant. En revanche, il y a eu un très grand changement le 25 décembre 2025. Ils sont devenus parents ! Helyan, leur petit garçon, est né à Labuan Bajo. L’aventure ne pouvait pas être plus belle !
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