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Roseline professeur d'Indonésien francophone à la croisée des cultures

Par Amélie Heim | Publié le 02/03/2020 à 00:35 | Mis à jour le 02/03/2020 à 08:28
roseline professeur francophone indonésie

Sa silhouette, ses robes en batik, son professionnalisme sont connus de plusieurs générations d'expatriés francophones, en quête d'apprentissage du « bahasa indonesia ». Guru Roselyne enseigne la langue indonésienne depuis une vingtaine d'années. Sa particularité : elle parle parfaitement le français et pour cause, c'est sa langue maternelle. Alors que les cours lui laissent peu de temps pour raconter son parcours, lepetitjournal.com/jakarta l'a questionnée et vous en dit un peu plus sur cette figure de la communauté francophone expatriée à Jakarta.

 

« Je suis née en Nouvelle-Calédonie, j'y ai vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Ma langue maternelle c'est le français et j'ai vécu à la française » explique d'emblée Roselyne, avec beaucoup d'émotion. Pourtant, aucun doute, Roselyne est indonésienne à 100% : ses grands-parents maternels et paternels sont indonésiens, ses parents sont nés à Java et la langue parlée à la maison, dans les faubourgs de Nouméa, était le javanais. Drôle de mélange et de parcours. Le père de Roselyne travaillait dans une mine de nickel en Nouvelle-Calédonie et lui a toujours rappelé de ne pas oublier ses origines. C'est lui, dernier d'une fratrie de sept enfants tous élevés en Nouvelle-Calédonie, qui a décidé de répondre au vœu du grand-père de Roselyne : qu'un de ses enfants devienne musulman et retourne vivre sur les terres ancestrales.

Le père de Roselyne a donc laissé sa fille passer son bac à Nouméa et une fois ce diplôme en poche, la famille est « revenue » à Java. Un retour qui n'en est pas un pour la jeune fille que Roselyne est alors, puisqu'elle n'a jamais vécu en Indonésie. C'est plutôt un choc, un arrachement qu'elle évoque encore aujourd'hui avec des larmes aux yeux.

Roselyne entame alors le parcours de n'importe quel expatrié, à ceci près qu'elle sait que sa vie est désormais en Indonésie. Elle se convertit à l'Islam et devient pratiquante, se passionne pour la langue indonésienne, dévore tous les manuels qui lui tombent sous la main et entame une carrière de professeur. De français d'abord, dans un lycée indonésien. Puis quand le ministère de l'éducation supprime l'obligation d'apprendre une deuxième langue étrangère au lycée en 1988, elle devient professeur d'indonésien pour les Français. Aujourd'hui, elle a créé sa propre méthode, ses propres livres et cahiers d'exercices.

L'autre grand challenge de la vie de Roselyne fut d'épouser un indonésien : « c'est un vrai mariage multi-culturel avec les conflits que cela suppose et les adaptations nécessaires ». Et si aujourd'hui après beaucoup de temps, Roselyne affirme se sentir javanaise, elle se surprend encore à avoir des réactions qui n'ont rien de javanaises : « L'autre jour, je suis allée au restaurant avec mon mari. J'ai commandé un plat dont je n'étais pas satisfaite et je l'ai dit au serveur. Mon mari s'en est étonné. Ma franchise le gêne toujours et il me la reproche bien souvent ! ».

Comme si elle avait une dette envers son pays et sa culture, Roselyne ne porte que du batik, le tissu national, et visite l'Indonésie de part en part pour mieux la connaître. Elle conserve néanmoins une forte imprégnation française et c'est sans doute ce qui fait d'elle une aussi bonne professeur pour les Français qui arrivent à Jakarta car elle permet de faire le pont entre nos deux cultures. 

Article publié : jeudi 26 janvier 2017

 

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Amélie Heim

Co-fondatrice de l'édition, j'aime porter un regard journalistique sur l'environnement et les gens qui m'entourent et le partager.
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