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Olivier Chambard « Renforcement du dialogue stratégique avec l’Indonésie »

Par Valérie Pivon | Publié le 16/01/2022 à 17:45 | Mis à jour le 18/01/2022 à 01:47
O.CHAMBARD Ambassadeur France Indonesie interview

En ce début d’année 2022, lepetitjournal.com de Jakarta a rencontré Olivier Chambard, Ambassadeur de France en Indonésie.

 

Nous venons de passer une année avec des restrictions liées au Covid-19, une année difficile pour beaucoup de nos compatriotes tant sur le plan familial que professionnel. Pouvons-nous faire un mini-bilan ?

Nous avons passé effectivement une année difficile, nous sommes aujourd’hui dans une phase d’amélioration en Indonésie. L’ambassade est en contact régulier avec l’OMS qui nous confirme d’ailleurs cette tendance. La question est aujourd’hui de savoir quelle sera l’évolution du variant Omicron. En Europe, le variant Omicron a atteint des pics sans précédent. Pour autant, les chiffres nous permettent de penser que la grande majorité des cas positifs sont asymptomatiques.

La situation en Indonésie est actuellement bien meilleure qu’en Europe. Les facteurs rassurants sont : une campagne de vaccination importante, une population jeune et ensuite une certaine forme d’immunité collective acquise, mais je ne suis pas scientifique. J’encourage nos compatriotes à être prudents et à respecter toutes les mesures barrières.

Comme vous le savez, une règlementation a été mise en place le 7 janvier 2022, interdisant l’entrée en Indonésie pour tous les voyageurs en provenance de France, y compris les résidents détenteurs de KITAS/KITAP. Cette interdiction a été levée le 13 janvier. Désormais, nos compatriotes peuvent revenir en Indonésie, en se soumettant à une quarantaine de 7 jours.

En ce qui concerne les écoles françaises, pour l’instant la rentrée s’est déroulée, comme prévu, en mixte présentiel et cours en ligne. Si la situation sanitaire le permet, nous préparons une reprise à 100% de cours en présentiel à compter du lundi 24 janvier à Jakarta et à Bali.

En ce qui concerne le registre consulaire, la communauté française enregistrée en Indonésie a diminué de 12% en 2021, soit environ 400 personnes. En 2020, on avait enregistré une stabilité car les inscriptions de résidents avaient compensé les départs. Mais il est certain que plusieurs de nos compatriotes ont subi la crise de plein fouet, je pense à ceux qui travaillent dans le tourisme notamment et qui ont dû quitter le pays.

On nous demande régulièrement quand un nouveau consul honoraire sera nommé à Bali. Il faut savoir que la législation indonésienne impose que les consuls honoraires soient indonésiens. Nous souhaitions qu’il soit aussi francophone, c’est important vis-à-vis de notre communauté. C’est un poste lourd en responsabilité, nous avons soumis notre proposition à la validation du gouvernement indonésien. Cela prend du temps, mais j’ai bon espoir qu’il sera bientôt nommé.

Tous les trimestres, des membres du consulat vont à Bali 2 ou 3 jours pour répondre aux demandes de nos compatriotes qui sont informés par e-mail du passage des équipes consulaires. La prochaine visite est prévue du 17 au 19 janvier. Les Français établis à Bali pourront rencontrer un agent consulaire dans les locaux du Lycée français de Bali.

 

Un des sujets qui concerne grandement la communauté : la vaccination. Vous aviez communiqué sur l’arrivée de vaccins pour la communauté francophone mi-juillet, à ce jour il semble que cela soit difficile de faire venir ces vaccins en Indonésie. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous avons communiqué en juillet sur cette vaccination. Nous pensions que les choses seraient plus faciles et je comprends la frustration de certains compatriotes. Je vous rassure : la situation évolue favorablement et la communauté française va recevoir dans ces tout prochains jours les détails de cette campagne de vaccination. Un message sera envoyé par les services consulaires à nos compatriotes. Cette vaccination, qui sera mise en œuvre par SOS Medika à Bali et à Jakarta, sera ouverte à tous les ressortissants français ainsi qu’à leurs familles. Le vaccin utilisé sera le Pfizer.

 

M. Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères vient de quitter Jakarta ; nous avons eu auparavant en juin la visite de Mme Girardin, ministre de la mer, et celle en décembre dernier de Monsieur Riester, ministre délégué en charge du commerce extérieur. Trois ministres en un an, du jamais vu. Quels retours pouvez-vous faire sur cette dernière visite ?

 

Trois ministres en période Covid, c’est un signe qui montre que la France souhaite intensifier ses relations avec l’Indonésie, et cela déjà depuis plusieurs années. Sans la situation sanitaire, nous aurions eu une visite présidentielle en 2020. En octobre 2022 à Bali, se tiendra le sommet du G20 et nous aurons une visite de chef d'état.

La visite de Jean-Yves Le Drian a été particulièrement réussie, l’accueil indonésien a été chaleureux et constructif. Il y a eu notamment une décision commune de mettre en place des réunions 2 + 2, c’est-à-dire que les Ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays se rencontreront régulièrement. C’est vraiment important, c’est le signe d’un renforcement stratégique. L’Indonésie applique ce format avec le Japon et l’Australie, et la France avec seulement 5 pays.

 

Quelles sont les conséquences de l’annulation du contrat des sous-marins avec l’Australie sur nos relations avec l’Indonésie ?

Jean-Yves Le Drian a rencontré le président Jokowi, et son homologue, le Secrétaire Général de l’Asean. Nous avons échangé sur des questions stratégiques, bilatérales, d’investissements et économiques avec des proximités de vues réelles.

On pense que l’Aukus, en renforçant la « logique de blocs » entre la Chine et les Etats-Unis, a peut-être donné à la stratégie française et européenne une tonalité différente auprès des Indonésiens et un moyen de réduire les tensions régionales. Notre vision de l’Indopacifique, ce sont des partenariats qui interagissent et qui s’articulent. Ils visent avant tout à la stabilité et à la paix dans la région.

L’Indonésie a un programme de modernisation de son armée et la France, comme d’autres pays, propose du matériel de défense. Si on développe des contrats avec des pays, c’est aussi parce que l’on a de bonnes relations.

Cette année, la présidence du G20 par l’Indonésie et celle du Conseil de l’Union européenne par la France, devrait nous permettre d’avoir des synergies pour avancer sur les questions relatives au changement climatique, à la santé, la stabilité régionale.

 

Suite à la COP 26 qui s’est déroulée à Glasgow et les positionnements respectifs de l’Europe et de l’Indonésie sur la déforestation et le charbon, comment peut-on concilier les deux ?

Avec l’augmentation de la population et le développement de l’Indonésie, les besoins du pays en matière de production, de transport et de distribution d’électricité sont en effet immenses. Les investissements publics et privés du secteur de l’énergie, la progression des énergies renouvelables (géothermie, solaire, éolien, hydroélectricité) et une meilleure efficacité énergétique (bâtiment et transport) stimuleront le développement du pays. Ces efforts soutiendront également le gouvernement indonésien pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Dans le cadre de l’Accord de Paris, l’Indonésie a publié en juillet 2021 la mise à jour de sa contribution déterminée au niveau national, les programmes d’adaptation ont été précisés. Elle a également publié sa stratégie à long terme bas carbone pour 2050, qui doit permettre selon le plus ambitieux scénario d’atteindre le pic des émissions de gaz à effet de serre en 2030 et de préparer l’atteinte de l’objectif de zéro émission nette en 2060 ou avant. Ce scénario reposerait tout d’abord sur le secteur de la foresterie et de l’utilisation des terres qui devrait devenir un puits de carbone net d’ici 2030, tandis que le secteur de l’énergie serait toujours émetteur en raison de l’importance persistante du charbon dans le mix énergétique d’ici 2050.

 

Quel peut être le rôle de la France ?

La France se place aux côtés de l’Indonésie pour soutenir sa transition énergétique. L’Agence Française de Développement (AFD) dispose de différents outils de financement voués aux investissements et aux réformes sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Ces outils mis à disposition se composent de prêts dédiés aux politiques de développement, de prêts directs à la compagnie publique d’électricité (PLN) et de lignes de crédit dédiées aux banques locales soutenant les investisseurs privés ou publics. Ainsi, lors du déplacement du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères à Jakarta, une lettre d’intention franco-indonésienne pour mobiliser 500 millions d'euros de l’AFD en faveur des énergies renouvelables a été signée. Nous avons des entreprises françaises sur place qui travaillent également dans ce sens.

 

En ce début d’année, avez-vous un message plus particulier à adresser à la communauté française ?

Je voudrais d’abord me féliciter de la résilience de la communauté française face à cette pandémie, cela a été difficile pour certains d’entre eux spécialement les personnes travaillant dans l’industrie du tourisme. L’ambassade a mis en place un système d’aide certes modeste, mais qui existe. Je voudrais dire à la communauté qu’il ne faut pas hésiter à faire appel à nous, nous ne pouvons peut-être pas répondre à tout. Mais à travers différents mécanismes via le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, l’association Caisse de Solidarité des Français en Indonésie nous avons pu apporter une aide à certains de nos compatriotes. Le système des bourses scolaires, il faut le rappeler, c’est une solidarité de la communauté française envers les Français qui veulent scolariser leurs enfants dans le système français et qui n’ont pas forcément les moyens. Tous ces moyens permettent d’apporter une aide, je sais que les Français en sont conscients. L’ambassade essaie au maximum d’aider les Français, c’est parfois compliqué, cela prend du temps, mais cela nous mobilise complètement.

 

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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Responsable éditorale, expatriée depuis 16 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
1 Commentaire (s) Réagir
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Virballey@yahoo.fr lun 17/01/2022 - 11:24

Merci Valerie pour cette interview très instructive sur les échanges franco-indonésien. Espérons qu'un jour proche l'Indonésie soit enfin reconnue comme un pôle économique important.

 

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