Lundi 29 novembre 2021
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Ce qui caractérise une crise, c’est son caractère imprévisible

Par Valérie Pivon | Publié le 07/06/2020 à 22:30 | Mis à jour le 08/06/2020 à 12:31
Photo : Olivier Chambard-Ambassadeur de France en Indonésie
ambassadeur Indonesie covid-19

Depuis trois mois, l’Indonésie vit à l’ombre du coronavirus. L’ambassade et ses services ont dû faire face à une situation  de crise exceptionnelle. Olivier Chambard, Ambassadeur de France en Indonésie, revient pour nous sur cette période : gestion de crise, aides à nos compatriotes et enjeux économiques.

 

Depuis trois mois, l’ambassade et ses services ont dû faire face à une situation de crise exceptionnelle, pouvez-vous revenir pour nous sur l’ensemble des mesures organisées pour gérer cette situation ?

Depuis le début de l’année, nous suivons de près l’évolution de l’épidémie. Dès la seconde quinzaine du mois de février, l’ambassade a mis en place des mesures de protection de ses agents et des usagers (gel hydro-alcoolique, prise de température). J’ai décidé d’annuler les manifestations dont la semaine de la Francophonie qui devait se tenir début mars. Le 16 mars, les services consulaires limitaient l’accueil du public aux seules situations d’urgence. Nous avons réparti les agents de l’ambassade en deux équipes, afin de permettre un travail en alternance sur le site de l’ambassade et à domicile. Ce qui nous permet, en cas de contagion, d’assurer la continuité du service public.

Mais ce qui caractérise une crise, c’est son caractère imprévisible. On a beau essayer de tout prévoir, on n’a pas la maîtrise des évènements et des conséquences en chaine qu’ils peuvent entraîner.

Tout s’est accéléré à l’annonce par le Président de la République de la fermeture des frontières françaises. Très rapidement, des compagnies aériennes ont massivement annulé leurs vols, laissant ainsi de nombreux touristes français bloqués en Indonésie. Nous avons mis en place une cellule téléphonique dès le 17 mars pour répondre à nos  compatriotes, avec 12 volontaires qui se sont relayés 7 jours sur 7 ; nous avons aussi reçu l’appui des chefs d’ilots pour nous aider à contacter nos compatriotes. Pour faire face à cette situation, l’ambassade et le gouvernement ont affrété spécialement 4 vols avec la compagnie Qatar Airways, trois au départ de Bali et un de Jakarta. 1.300 Français ont pu regagner Paris par ces vols avec des billets à tarif raisonnable : 450 euros, le reste étant pris en charge par le gouvernement. Aucun de ces vols n’est parti plein, bien que tous les sièges avaient été attribués et qu’il y avait des listes d’attente.

Depuis le 1er avril, l’ambassade fonctionne en totalité en télétravail. L’activité diplomatique et consulaire continue. Il est important de conserver un dialogue avec notre communauté, nos interlocuteurs indonésiens et la communauté européenne et étrangère. 

Le consulat continue d’apporter l’aide nécessaire à nos compatriotes résidents ou de passage : santé, accident, problèmes financiers, justice….et bien sûr toutes les démarches administratives sont assurées.

Je me suis attaché à conserver un lien avec notre communauté grâce à une communication soutenue à travers les informations mises à jour régulièrement sur le site de l’ambassade et relayées sur les réseaux sociaux, des courriels et messages vidéo adressés à nos compatriotes résidents.

Combien de touristes seraient encore présents en Indonésie ?

C’est une question à laquelle il est assez difficile à répondre. Nous avons enregistré tous ceux qui nous ont contactés. La situation est évolutive et régulièrement, noscompatriotes nous indiquent leur présence sur le territoire indonésien ; beaucoup estime qu’il est désormais temps de rentrer en France, certains sont dans des lieux reculés comme les îles Togian, Mentawai, Raja Ampat … Dans ce contexte où les vols domestiques sont limités à une certaine catégorie de voyageurs dont ne font pas partie les touristes étrangers, l’ambassade apporte son assistance souvent en intervenant auprès des autorités locales pour permettre aux Français de revenir sur Jakarta. Nous avons aujourd’hui 200 noms sur cette liste, mais considérer que tous ces Français sont bloqués en Indonésie ne correspond pas à la réalité, il y a toujours eu des vols commerciaux pour rentrer en France et en Europe au départ de Jakarta, au contraire de certains pays.

Nous apportons soutien et assistance à ceux qui ont des besoins particuliers comme manque de médicaments, problèmes de santé ou financiers.

Pour les résidents français en Indonésie, quelles sont les problématiques rencontrées ?

Outre les difficultés matérielles auxquelles font face nos compatriotes, les questions de santé arrivent en seconde place dans leurs inquiétudes, tant par l’absence d’un traitement allopathique disponible, que par l’impossibilité de consulter en-dehors de l’Indonésie. La mise en place de plateformes de consultations avec un médecin français a permis à certains d’être rassurés et pour d’autre de prendre les dispositions nécessaires pour un traitement ou prise en charge. Viennent ensuite les questions relatives aux projets de vacances en France, conditions d’entrée, visa pour les conjoints, modalités de retour en Indonésie…

Certains de nos compatriotes font face à des pertes de revenus importantes, quelles sont les aides mises en place pour leur venir en aide ?

Nous avons mis en place deux dispositifs, l’un concerne la scolarité et l’autre une aide de secours de solidarité.

Les familles les plus touchées par les conséquences de l’épidémie ont pu déposer un dossier de demande de bourse. Nous avons reçu 112 demandes ; compte-tenu du calendrier, les dossiers ont été constitués par les familles et ont été instruits dans des délais très courts grâce à une forte mobilisation des services consulaires et des deux établissements scolaires de Jakarta et Bali.

Une aide de secours occasionnel de solidarité a été versée à l’issue de l’étude des dossiers pour les familles les plus fragilisées qui s’élève à un montant de 96 euros, assortie d’un supplément de 64 euros par enfant à charge. Ces sommes sont attribuées à titre de solidarité, nous savons qu’elles ne suffiront pas à elles seules à résoudre les difficultés de nos compatriotes. Mais c’est un message fort que veut faire passer le gouvernement aux Français de l’étranger en étendant ces mesures au monde entier pour les Français les plus démunis.

Quels sont les secteurs d’activité les plus touchés en Indonésie et quels sont ceux qui sortent leur épingle du jeu ? Quels sont les enjeux pour les entreprises françaises ?

Peu de secteurs ont été épargné. Le tourisme et le transport aérien ont été  les premiers à subir la crise. Puis, avec le ralentissement de la demande mondiale, la crise s’est étendue à d’autres secteurs comme l’industrie manufacturière et celle des matières premières. Les secteurs liés au numérique, à l’alimentaire et à la santé s’en sortent le mieux. La croissance de l’économie indonésienne depuis janvier s’élève à 0,84%,  son niveau le plus bas depuis la crise asiatique. Certains économistes n’excluent pas une récession.

En ce qui concerne l’enjeu pour les entreprises françaises, il est d’abord humain, elles emploient en Indonésie plus de 500.000 personnes qu’il faut protéger du virus. Je tiens à saluer la réactivité des entreprises françaises qui ont réussi à mettre en place les mesures de protection nécessaires très rapidement. Viennent ensuite les enjeux économiques, notamment celui de maintenir une activité et une trésorerie suffisante pour pérenniser leurs filiales. Le gouvernement via la Banque Publique d’Investissements France est pleinement mobilisé pour aider nos exportations et filiales à l’étranger.

A l’heure du retour à « la nouvelle normalité » en Indonésie, comment voyez-vous la reprise économique du pays ?

La trajectoire de la reprise fait encore l’objet de discussions, plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte : la reprise de l’activité économique de la Chine, premier partenaire commercial de l’Indonésie, la durée des mesures de PSBB et du respect des consignes sanitaires ainsi que la poursuite des réformes de l’environnement des affaires afin d’attirer les investissements étrangers dont l’Indonésie a besoin pour se développer.

 

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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 15 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
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