En octobre dernier, nous faisions le portrait de Louis Margot, un Suisse, qui venait de poser le pied sur l’archipel des Raja Ampat en Indonésie après avoir traversé l’océan Pacifique à la rame. Une prouesse réalisée dans le cadre de son projet hors norme débuté il y a près de trois ans : un tour du monde intégralement à la force humaine, alternant rame et vélo, sans moteur ni avion. Après six mois de repos dans l’archipel qui l’a émerveillé, Louis s’apprête à reprendre la mer aujourd'hui pour boucler son aventure autour de la planète bleue. Nous avons pris des nouvelles de l’aventurier suisse avant qu'il reprenne les rames.


Un repos forcé en Indonésie en raison des éléments naturels
Cela fait désormais presque six mois que Louis est en Indonésie. Une durée bien plus longue que prévu, imposée non pas par la fatigue, mais par un adversaire invisible et implacable : le vent. « Je suis arrivé à un moment où les vents tournaient dans le mauvais sens », explique-t-il. Dans cette région du monde, les saisons dictent tout. Pendant près de six mois, les vents soufflent du nord-ouest exactement à l’opposé de la direction qu’il doit prendre. Résultat : impossible d’avancer à la rame vers Singapour sa prochaine étape avant de remonter sur son vélo pour rejoindre son point de départ : la Suisse. Et pour Louis, avancer à contre-vent n’est tout simplement pas une option. « Seul, c’est impossible », résume-t-il.

Une Indonésie aux mille visages
Durant cette pause forcée, Louis a parcouru une grande partie de l’archipel. De Java à Bali, puis Lombok, avant de pousser jusqu’aux confins plus isolés des îles Kei, dans les Moluques. Ce qu’il retient avant tout, c’est la diversité extrême du pays. « On a l’impression de voyager dans plusieurs pays en un seul », raconte-t-il . Dans les zones peu touristiques, il découvre une Indonésie radicalement différente : des cultures locales fortes, des populations physiquement et culturellement distinctes, une nature spectaculaire, encore préservée… Les îles Kei d’où il nous parle au téléphone l’ont particulièrement marqué. « C’est incroyablement beau… des plages magnifiques, presque irréelles » .Mais ce qui le touche le plus est l’aspect humain. « Les gens sont souriants, curieux, incroyablement accueillants », dit-il. Une spontanéité qui contraste fortement avec l’Europe. « Ici, le sourire est naturel. »

Dans les îles Kei, Louis découvre aussi une société profondément enracinée dans des traditions anciennes. Cérémonies d’accueil, rites liés aux ancêtres, savoir-faire ancestral dans la construction de bateaux… « On sent une vraie culture de navigateurs », souligne-t-il. Louis est aussi marqué par un autre aspect : malgré la pauvreté, il dit n’avoir jamais ressenti de misère profonde. « Les gens ont au moins de quoi vivre : un peu de riz, de l’électricité… » .
Le choc : la pollution plastique
Mais ce tableau lumineux a son revers. Le plus grand choc pour Louis ? La pollution plastique. « C’est la catastrophe », lâche-t-il sans détour. Dans certains endroits, le contraste est brutal : des plages paradisiaques… recouvertes de déchets. Des montagnes de plastique charriées par les vents et les courants. Le plus troublant reste le geste banal de certains qui jettent leurs déchets dans les rivières ou la mer. Louis ne blâme personne. Pour lui, le problème dépasse le simple manque d’éducation : c’est tout un système de consommation basé sur le plastique (emballages individuels, bouteilles, produits jetables ) qui est à revoir pour casser cette spirale mortifère.
Cap sur Singapour : une route complexe et sans escale
Dans quelques jours, si les conditions le permettent, Louis quittera l’archipel. Objectif : Singapour, en traversant l’Indonésie d’est en ouest… à la rame. Son itinéraire est aussi ambitieux qu’incertain : mer de Banda, passage sous ou autour de Sulawesi, cap vers Bornéo, puis remontée vers le détroit de Singapour. Un trajet entièrement en mer, sans escale prévue car il est trop difficile mentalement de reposer les pieds à terre alors que ramer demande une abnégation de chaque minute. « Une fois en mer, il faut aller jusqu’au bout. », affirme-t-il.
Rallier Singapour devrait lui prendre six à huit semaines. Une fois le pied posé à terre dans la cité asiatique se posera la question de l'itinéraire vers la Suisse très compliqué en raison de la guerre en Iran et en Ukraine. Possiblement : Singapour, Maladie, Thaïlande, Laos, Chine, Kazakhstan, une courte incursion en Russie avant de rejoindre la Géorgie. A partir de là, plusieurs choix s'offriront à lui mais d'ici là un énorme effort devra être déployé pour boucler ce tour du monde insolite. Alors Le Petit Journal Jakarta souhaite bon vent à Louis !
Sur le même sujet







