Plus de 200 000 hectares de forêts, en majorité des tourbières, ont déjà brûlé depuis le début de l’année 2026 en Indonésie affectant plus de trois millions d’habitants. Alimentés par la déforestation, la sécheresse et El Niño, les incendies touchent principalement Sumatra et Kalimantan. La plupart sont liés à l’activité humaine. Plusieurs entreprises d’huile de palme et de papier sont accusées d’avoir défriché par le feu, pour augmenter leur surface de production, déclenchant des incendies incontrôlables. Par ailleurs, face au retour du haze, ce brouillard de fumée qui atteint désormais les pays voisins, le président Prabowo Subianto a décidé de prendre directement en main la lutte contre les feux.


Plus de 200 000 hectares déjà partis en fumée sur l’archipel indonésien
La saison sèche n’est pas encore terminée et l’Indonésie fait déjà face à l’une de ses plus importantes vagues d’incendies de ces dernières années. Selon les dernières données du ministère des Forêts, plus de 200 000 hectares ont brûlé à travers l’archipel depuis janvier 2026, plus de trois millions de personnes sont affectés, des écoles fermées et un quotidien très perturbé pour de nombreux Indonésiens des zones touchées.
Les incendies se concentrent principalement sur les grandes îles de Sumatra et Kalimantan. Six provinces sont considérées comme prioritaires par les autorités : Riau, Jambi et Sumatra du Sud, ainsi que Kalimantan occidental, central et du Sud. Le phénomène ne se limite toutefois pas à ces régions. À Java oriental, le parc national de Bromo-Tengger-Semeru a lui aussi été touché début août, avec plus de 550 hectares parcourus par les flammes.
La sécheresse, mais surtout l’activité humaine mise en cause
La sécheresse explique la propagation rapide des incendies, mais beaucoup de départs de feu sont d’origine humaine. Le brûlis reste une technique peu coûteuse pour nettoyer une parcelle avant sa mise en culture, notamment pour les plantations de palmiers à huile ou de bois à papier.
La police indonésienne a déjà interpellé 72 personnes dans neuf provinces et ouvert 89 enquêtes. La majorité des suspects sont accusés d’avoir volontairement incendié des terrains afin de réduire le coût du défrichage. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer si certaines entreprises ont financé ou commandité ces opérations. Des ONG affirment grâce à l'observation d'images satellitaires que de nombreux feux ont commencé au sein même de concessions d'huile de palme souhaitant augmenter leur surface de production. Ces ONG dénoncent comme le souligne le Jakarta Post une gouvernance forestière défaillante "permettant la persistance de pratiques néfastes et obsolètes".
Les tourbières des bombes de feu
Le danger est particulièrement important dans les zones de tourbières, très présentes à Sumatra et Kalimantan. Asséchés par le drainage et le défrichage, ces sols riches en matière organique peuvent brûler sous terre pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Ils deviennent alors particulièrement difficiles à éteindre et produisent d’immenses quantités de fumée.
Le haze franchit les frontières
C’est l’une des conséquences les plus visibles de ces incendies. Les particules produites par les feux forment un épais brouillard, appelé haze, qui dégrade fortement la qualité de l’air et peut provoquer des troubles respiratoires et cardiovasculaires.
Poussée par les vents, la fumée a désormais franchi les frontières indonésiennes pour atteindre la Malaisie et Brunei. En Malaisie, près de 600 écoles du Sarawak ont dû fermer, affectant environ 200 000 élèves. Le phénomène ravive le souvenir des grandes crises de pollution transfrontalière qui avaient affecté l’Asie du Sud-Est, notamment en 1997 et 2015.
Prabowo s’implique directement dans la gestion des opérations de crise
Face à l’aggravation de la situation, Prabowo Subianto s’est personnellement impliqué dans la gestion de la crise. Après avoir demandé dès le 10 août une mobilisation maximale des moyens de l’État, le président s’est rendu à Kalimantan central le 22 août, puis à Riau et Sumatra du Sud.
Sa priorité : intervenir dès l’apparition d’un hotspot, sans attendre qu’il se transforme en véritable incendie. Prabowo a notamment demandé l’installation de forages permettant de disposer rapidement d’eau à proximité des zones sensibles. Il réclame également davantage de prévention dans les villages et une application stricte de la loi contre les responsables des incendies.
Plus de 24 000 personnes sont mobilisées sur le terrain à Sumatra et Kalimantan. Des dizaines d’hélicoptères et d’avions effectuent des largages d’eau et des patrouilles aériennes. Les autorités utilisent également la modification artificielle de la météo, ou cloud seeding, pour tenter de provoquer des précipitations au-dessus des régions touchées. L’Indonésie a même ouvert son espace aérien à la Malaisie afin de permettre des opérations conjointes d’ensemencement des nuages.
Une situation qui pourrait encore s’aggraver
La bataille est cependant loin d’être gagnée. La BMKG prévient que les conditions sèches devraient persister dans plusieurs régions. Un El Niño puissant pourrait se maintenir jusqu’au premier trimestre 2027, tandis qu’un dipôle positif de l’océan Indien risque lui aussi de réduire les précipitations dans une partie de l’archipel. Le dipôle est un phénomène climatique lié aux différences de température de l’eau entre l’ouest et l’est de l’océan Indien.
Les prochaines semaines seront donc décisives. Au-delà des moyens spectaculaires de lutte contre les flammes, le défi reste surtout préventif : protéger les tourbières, empêcher leur assèchement, contrôler les concessions agricoles et mettre fin au défrichage par le feu.
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