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Culture – Cinéma – Ahok retrouve la tête d’affiche

Par Joël Bronner | Publié le 14/11/2018 à 23:30 | Mis à jour le 14/11/2018 à 23:30
Photo : A man called Ahok ©TutaFilms
Ahok politique indonésie gouveneur

En attendant d’être libéré de prison l’an prochain, c’est sur les écrans de cinéma que vient de sortir depuis le 8 novembre l’ancien gouverneur de Jakarta. Le film A man called Ahok - adapté du livre éponyme de Rudi Valinka - présente les années de jeunesse et le contexte familial de celui que l’état civil connait sous le nom complet de Basuki Tjahaja Purnama.

 

Techniquement, le long-métrage offre des plans bien léchés, un jeu d’acteur de bon niveau, quelques paysages insulaires sublimes, bref, un sens certain de l’esthétique. En revanche, si vous attendez de ce film qu’il vous éclaire sur les tenants et les aboutissants de l’affaire très politique de blasphème qui a conduit Ahok en prison au moment de la campagne pour le gouvernorat de Jakarta, vous risquez d’avoir le pop-corn triste.

 

À l’exception d’allusions à son incarcération pour introduire et conclure la narration, il n’en est tout simplement pas fait mention. Pas plus que de son expérience à la tête de la capitale. Son passage par Jakarta se résume en effet à un simple plan de quelques secondes, où l’ex-gouverneur apparait en costume blanc face au Monas, au moment du générique de fin.

 

Un non-dit qui en dit long

 

Dans une interview au Jakarta Post, le réalisateur Putrama Tuta justifie ce choix. « Je n’ai pas voulu raconter la partie de l’histoire où Ahok est à Jakarta. Cela me semblait inutile, puisque tout le monde la connait déjà. Ceux qui veulent savoir ce qui s’est passé peuvent aller se renseigner dans la presse ou sur YouTube. J’ai préféré partager l’histoire d’Ahok du seul point de vue que ne connait pas le grand public, à savoir la manière dont son personnage s’est construit et dans quel contexte. »

 

L’argument se tient… même s’il évacue un peu vite la dimension proche du tabou qui entoure le questionnement d’une affaire politico-religieuse, qui est souvent apparue en dehors des frontières indonésiennes comme un fiasco judiciaire et le signe d’une irrésistible montée en puissance des radicaux à travers l’archipel. Difficile de ne pas voir aussi en creux dans ce portrait partiel d’Ahok, le portrait d’une Indonésie qui peine à se regarder dans le miroir.

 

Saga familiale autour du ‘grand chef’

 

C’est donc loin de Jakarta que le spectateur est convié à voyager sur la petite ile de Belitung, au large de Sumatra, d’où l’ancien gouverneur est originaire. Durant 1h40, il verra alors grandir Ahok dans l’ombre d’un père charismatique que tout le monde au village appelle ‘tauke’, c’est-à-dire ‘grand chef’. On se demande d’ailleurs par moments si ce n’est pas lui, le père, le personnage principal de cette mini saga familiale qui s’étend sur deux générations.

 

Ahok finira par s’opposer à cette figure paternelle tout en se dressant parallèlement contre la corruption, personnifiée à l’écran par un personnage antipathique de mafieux aux lunettes fumées. Le film s’achève enfin sur les premiers succès politiques du jeune homme sur le plan local.

 

Reste le portrait flatteur d’un homme intègre, au caractère fort, que l’origine sociale et ethnique – Ahok est issu de la minorité chinoise – ne prédestinait de loin pas à une carrière politique nationale de premier plan. À travers ce film, certains partisans de l’ancien gouverneur de Jakarta contribuent ainsi à remettre symboliquement sur pieds la statue d’Ahok, violemment déboulonnée par les manifestations islamistes géantes dans la capitale, quelque deux ans plus tôt.

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A man called Ahok ©TutaFilms

 

 

Attention, certains cinémas diffusent le film en bahasa sans sous-titres en anglais, renseignez-vous avant d’acheter votre ticket.

Joël Bronner

Joël Bronner

Après Islamabad puis Kaboul, Jakarta est la 3e ville où j’expérimente l’expatriation. Au paradis du macet, je suis notamment le correspondant de Radio France Internationale (RFI)
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