Édition internationale

ITALIE– Berlusconi, corrompu, volage … et pervers ?

Ce n'est pas une simple histoire de désamour ou de mésentente que le divorce des Berlusconi annoncé ce week end dans la presse italienne. Les déclarations de Veronica font peser des soupçons gênants sur le chef du gouvernement italien à l'image déjà peu glorieuse

Un divorce qui fait la une de la presse internationale (Capture dcran du site internet du Guardian)

(Milan)- Un chef d'Etat qui divorce en plein mandat, quoi de plus actuel ? Silvio Berlusconi ne fait qu'imiter son homologue français, Nicolas Sarkozy. Pourtant la comparaison ne tient pas du tout. Lâchés tous deux par leur femme, l'un acquit alors une auréole de martyr, tandis que l'autre en sort plus sali que jamais. Le Français a fait figure d'homme délaissé par une épouse amoureuse d'un autre. L'Italien tromperait sa femme, négligerait sa famille et aurait même des tendances perverses (son grand âge ? 72 ans ? ne l'empêcherait pas de courtiser des mineures). C'est ce qui ressort des déclarations de Veronica, son épouse, à la presse ces derniers jours. De simples accusations et pourtant, Silvio Berlusconi, coupable ou non cette fois, traîne déjà un passé pas vraiment lisse?

Pas moins d'une dizaine de procès? notamment pour corruption
Etonnant en effet qu'il plafonne encore dans les sondages 15 ans après sa première élection à la tête du gouvernement italien, car l'homme a accumulé au cours de toutes ces années, des étiquettes pour le moins gênantes. Ainsi, il apparaît ?
? corrompu : Silvio Berlusconi avait de quoi à la base susciter la méfiance quant à son impartialité : à la tête d'un empire entrepreneurial essentiellement médiatique et de la première fortune d'Italie*. Il a été poursuivi dans une dizaine de procès principalement pour corruption, fraude fiscale ou financement illicite de parti. Ainsi aurait-il acheté un juge -condamné à 7 ans de prison ferme - dans une affaire concernant un rachat d'entreprise (SME) ou un avocat (David Mills) en échange de faux témoignages et de la destruction de documents. A chaque fois Silvio Berlusconi s'en est néanmoins sorti, relaxé ou bénéficiant de prescriptions. Et pour un temps il ne risque plus rien judiciairement puisque le 23 juillet dernier, sous son gouvernement, a été instaurée l'immunité judiciaire du président du conseil italien.
? homme à femmes : officiellement, il se borne à propulser en politique de jolies actrices ou présentatrices télé au nom de la féminisation et du rajeunissement du personnel politique, pour le marketing aussi, évidemment. Sauf qu'il est soupçonné de faire plus que simplement s'en « entourer politiquement », des mauvaises langues évoquent son « harem »? Il y a deux ans, il n'a pas caché son attrait pour l'une d'entre elles : Maria Carfagna, ancienne présentatrice d'une de ses chaînes de télé et aujourd'hui ministre de l'Egalité des chances. Il a dû présenter publiquement des excuses à sa femme qui les exigeait et se dit aujourd'hui « excedée » par ces pratiques.
? septuagénaire en quête de jeunes filles : désormais il ne fait plus figure de simple Don Juan, c'est plus grave. Veronica déclare qu'elle « ne peut rester aux côtés d'un homme qui fréquente des jeune filles mineures », un député du parti IDV (Italia dei Valori) demande que le chef du gouvernement s'explique devant les citoyens à ce sujet. A 72 ans, il est en effet soupçonné par les déclarations de son épouse et celles -ambigües - d'une jeune napolitaine d'entretenir des relations avec des mineures. Accusations démenties par l'interessé lors d'une émission télévisée (Porta a Porta) hier soir.

Cette fois, c'en est fini de Berlusconi ?
L'affaire tombe en pleine campagne électorale (européenne et locale), quid de son influence sur l'électorat ? Silvio Berlusconi évoque un complot (sa femme serait tombée dans un « piège » de l'opposition) - démenti par la gauche. Pourtant son expérience passée devrait lui garantir une certaine sérénité. Malgré la dizaine d'affaire en justice, il a réussi à se faire réélire à deux reprises et détient le record du plus long mandat de chef du gouvernement de l'histoire de la République italienne (de 2001 à 2006). Les Italiens semblent en effet avoir totalement distingué vie privée et action politique, s'attachant exclusivement à son programme, jugeant visiblement les réformes qu'il envisageait nécessaires au pays. Et selon les analystes leur attitude ne devrait pas être différente cette fois ci. A suivre?
Gersende DELCROIX (Lepetitjournal.com Milan) jeudi 7 mai 2009

*Classement Forbes 2004 des plus grosses fortunes

Silvio Berlusconi, vie politique et privée en quelques dates
1936 : naissance à Milan, fils d'un directeur de banque
1960 : commence sa carrière d'entrepreneur
1965 : épouse en premières noces Carla Dell'Oglio, avec qui il a deux enfants :
Maria Elvira (appelée Marina), née en 1966 et Piersilvio (Dudi), né en 1968.
1980 : Il se remarie avec une actrice de cinéma, Veronica Lario, qui lui donne trois enfants :
Barbara, née en 1984, Eleonora, née en 1986 et Luigi, né en 1988.
1994 : entre en politique, gagne les élections législatives avec le parti Forza Italia qu'il a fondé et devient président du Conseil jusqu'en 1995
1997 : il est guéri d'une tumeur
2001 : à nouveau élu président du Conseil jusqu'en 2006 (plus long mandat de l'histoire de la République italienne)
2006 : il est pris d'un malaise en plein discours en Toscane, à la suite de quoi il est hospitalisé et opéré dans un hôpital américain où il se fait poser un pacemaker.
2008 : à nouveau élu président du Conseil
mai 2009 : son épouse, « excédée par son comportement », décide de demander le divorce

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