Rencontre à Istanbul avec le pianiste et compositeur Franck Ciup

Par Gisèle Durero-Köseoglu | Publié le 13/11/2022 à 10:09 | Mis à jour le 13/11/2022 à 18:41
Photo : Marie-Christine Barrault et Franck Ciup, lors du concert littéraire autour des textes de Marcel Proust, au lycée Notre Dame de Sion le 8 novembre
Spectacle sur Proust à Notre Dame de Sion

Le pianiste et compositeur Franck Ciup est à Istanbul pour un séjour artistique. En effet, le 8 novembre, au lycée Notre Dame de Sion, à l'occasion du vernissage de l’exposition "Regards croisés sur Proust et Tanpınar", il a donné, avec Marie-Christine Barrault, un envoûtant "spectacle piano littéraire". En outre, il est aussi consultant et Directeur du Jury des élèves du Concours international de piano de Notre Dame de Sion, dont la finale aura lieu le 18 novembre, à la salle Cemal Reşit Rey.

Les spectateurs stambouliotes avaient déjà eu l’occasion d’apprécier à plusieurs reprises, à Notre Dame de Sion, les spectacles littéraires-musicaux conçus par Marie-Christine Barrault et Franck Ciup, comme "L’Amour de lire" (2015), "Vol de Nuit" (2016) ; et, la même année, pour le 160e anniversaire de Notre Dame de Sion à Istanbul, "Sœur Emmanuelle" ; ensuite, "Le vieil homme et la mer" (2017) et "La Peste" (2021). 

 

concert piano istanbul
Marie-Christine Barrault et Franck Ciup, au lycée Notre Dame de Sion le 8 novembre

 

Pour la soirée d’hommage à Marcel Proust, Franck Ciup accompagnait au piano Marie-Christine Barrault, qui a merveilleusement lu des extraits choisis du grand écrivain. J’ai eu la chance de rencontrer le pianiste le lendemain du spectacle, ce qui m’a permis de lui poser quelques questions. 

La conception du spectacle d’hommage à Marcel Proust, par le duo d’artistes Marie-Christine Barrault et Franck Ciup

Le duo d’artistes a choisi des textes emblématiques de Proust, comme l’incipit du roman À la recherche du temps perdu rapportant la scène du baiser maternel, l’extrait de la petite madeleine et la scène des catleyas, pour ne citer que quelques exemples. Franck Ciup explique que le point le plus délicat a été de réaliser l’équilibre entre les textes de Proust et les morceaux de piano, joués en alternance, mais parfois avec des contrepoints musicaux ponctuant la lecture. Le seul moment où le piano joue à l’arrière du texte la Prière du Soir, de Charles Gounod, est celui où la comédienne lit le passage consacré à la mort de la grand-mère du narrateur. Les morceaux interprétés en écho aux textes de Proust étaient un mélange de compositions personnelles et d’extraits des Scènes d’enfants, de Robert Schumann, de la Pavane pour une infante défunte, de Maurice Ravel, mais aussi de deux œuvres utilisées en leitmotiv, A Chloris, de Reynaldo Hahn, et le fameux Clair de lune, de Claude Debussy. Et des créations d’un compositeur un peu oublié, Déodat de Séverac, que le pianiste Aldo Ciccolini avait remis à l’honneur en 1974, et qu’il admirait au point d’émettre le vœu d’être enterré à côté de sa tombe. 

Il s’est dégagé du spectacle d’hommage à Proust une poésie extrême, qui a ensorcelé les spectateurs. Franck Ciup se dit, d’ailleurs, ému par l’écoute presque religieuse du public fasciné par la magie conjointe des mélodies au piano et de la musique intrinsèque du texte proustien.

Franck Ciup, un pianiste heureux de son sort 

Diplômé de l’Ecole Normale de musique Alfred Cortot, l’artiste explique qu’il aurait sans doute pu rechercher à accroître sa renommée internationale mais que cela n’avait jamais été son objectif premier. Car il a la chance de voyager dans une multitude de pays en enchaînant les concerts et se sent privilégié, car ce sont les rencontres humaines qui le gratifient chaque jour d’une découverte nouvelle et font ricocher son inspiration. "Quand je pense que Bizet, dont Carmen est l’une des œuvres les plus connues du répertoire mondial, est tombé malade à trente-six ans et a fini par mourir, parce que son opéra n’avait pas remporté le succès escompté, ça me tourmente encore, il avait trop d’attente…" explique-t-il.

Franck Ciup, quant à lui, se déclare comblé lorsqu’il peut "apporter à d’autres personnes" et me lit une des notes de son carnet personnel : "J’ai vécu les honneurs des regards brillant d’admiration les soirs de concert, les poignées de main cordiales et vigoureuses, les sourires contentés de tant de gens  à qui la musique et les mots ont tant apporté ce soir-là, que je crois en cette immense absolution qu’est la messe du partage, ensemble, cette communion d’âme à âme que l’on aimerait faire durer toute une journée, rien qu’une année, seulement une vie…" 

 

Partitions des compositions de Franck Ciup
Partitions des compositions de Franck Ciup

 

C’est dans ce but qu’il a transformé sa demeure de Bourges en "maison d’artistes", en y créant, dans une ancienne grange, le "Théâtre Saint-Bonnet", une salle à l’italienne bénéficiant, de plus, d’une excellente acoustique, où des interprètes internationaux viennent jouer ou enregistrer leurs œuvres ; la grande pianiste Idil Biret a d’ailleurs surnommé, "paradis du piano", cette salle qui, en 2023, accueillera Alexandre Kantorow.

 

Le théâtre Saint-Bonnet de Franck Ciup
Le théâtre Saint-Bonnet de Franck Ciup

 

Ressuscitant la tradition des ménestrels français, Franck Ciup a aussi développé son concept du "Piano Saltimbanque", un piano itinérant accroché à une automobile, qui permet de donner des concerts dans des jardins ou sur le parvis des églises.

 

Concert du Piano Saltimbanque
Lors d'un concert du Piano Saltimbanque

 

Le PIano Saltimbanque
Le Piano Saltimbanque

 

Franck Ciup à Istanbul

Notons que dans les rares moments de liberté qui lui restent, le pianiste se rend souvent au parc de Maçka pour y boire un thé dans un des petits cafés au milieu de la verdure, dont il apprécie la multiplicité à Istanbul. Il aime aussi les paysages maritimes de la ville, en particulier ceux des Îles des Princes ou des villages de pêcheurs, comme Rumelikavağı…

Quant aux Stambouliotes, il ne fait aucun doute qu’ils attendront avec impatience le retour du compositeur, pour une nouvelle création...

Gisèle Durero-Köseoglu

Gisèle Durero-Köseoglu

Native de Cannes, professeur de Lettres à Istanbul depuis trente ans, elle est l’auteur de plusieurs livres sur Istanbul et de romans historiques sur la Turquie médiévale.
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