Le jeudi 24 septembre, l’association des étudiants en relations internationales UPK de Galatasaray a invité Tolga Bilener, professeur à l’université Galatasaray, pour sa conférence « Les lieux et la diplomatie à Istanbul ». Avec son regard aiguisé de chercheur, Tolga Bilener nous a présenté Istanbul sous le prisme des relations internationales.


À l’entrée, les membres de l’association servent le thé aux visiteurs dans un semaver. « On organise cette conférence chaque rentrée depuis cinq ans, parce que beaucoup d’étudiants ne viennent pas d’Istanbul, c’est l’occasion de leur faire découvrir la ville », affirme la présidente de l’association. Et les étudiants ne sont pas les seuls au rendez-vous : d’autres passionnés d’histoire ou simples curieux s’assoient dans l’amphithéâtre.
Dans l’imposante salle où trônent le masque d’Atatürk, le drapeau de la Turquie et l’emblème de Galatasaray, Tolga Bilener commence alors sa présentation, tranquillement assis à son bureau. « Istanbul est l’une des rares villes au monde où la diplomatie est partout et l’architecture reflète les anciens équilibres de pouvoir. » Pas de cours académique, mais une présentation qui nous mènera d’un bout à l’autre des deux rives d’Istanbul.
Une visite guidée d’Istanbul à travers l’histoire et la diplomatie
Partant d’Aya Sofia (Sainte-Sophie), ancienne basilique byzantine, Tolga Bilener évoque une légende selon laquelle, au Xe siècle, Vladimir de Kiev y aurait envoyé des émissaires dans différentes villes afin de choisir la religion de son peuple. Les envoyés auraient été particulièrement marqués par la majestueuse Sainte-Sophie : « Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur terre. » L’architecture de la cathédrale permettait d’offrir une liturgie somptueuse, créant une atmosphère divine.

Le diaporama nous emmène ensuite dans le quartier de Fener, où siège encore de nos jours le patriarche orthodoxe de Constantinople. En 2018, celui-ci a reconnu l’autocéphalie ukrainienne vis-à-vis de l’Église orthodoxe de Moscou.
Galatasaray, un héritage francophone au cœur d’Istanbul
Après une heure et demie de conférence, une pause est accordée, « un peu comme en cours », s’amuse Tolga Bilener. Un étudiant Erasmus français fraîchement arrivé à Istanbul, un peu désemparé par la conférence en langue turque, lance : « Je crois que je vais rentrer à la maison. » Pourtant, à la reprise, on entend un chuchotement au fond de la salle : l’étudiant est finalement resté. Une de ses camarades turques se livre à un exercice d’interprétation en simultané.
Une situation qui révèle toute la singularité de l’université de Galatasaray, établissement francophone dans un pays dont le français n’est pas la langue officielle. Mais cette présence n’a rien d’une coïncidence. Pour comprendre, il nous faut remonter au XIXe siècle.
Sur le projecteur s’affiche un immense portail du lycée de Galatasaray, sur l’avenue Istiklal. Au XIXe siècle, l’Empire ottoman, après des défaites militaires face aux Occidentaux, cherche à former une élite moderne. C’est dans ce contexte qu’est fondé le prestigieux lycée de Galatasaray, sur le modèle des lycées d’élite français. Mais celui-ci ne fait pas l’unanimité, critiqué à l’époque par la Russie, qui voit d’un mauvais œil l’influence française.
Puis défilent les lieux et les histoires, jusqu’à cette fois-ci arriver à l’université Galatasaray. Fondée en 1992, elle a pourtant déjà pris place dans l’arène internationale, accueillant George en 2004 lors du sommet de l’OTAN.
Tolga Bilener, étudiant à l’époque, raconte alors ses souvenirs : « Pendant quatre jours, l’université avait été fermée. » Nous étions alors en pleine période post-attentats de 2001. Les États-Unis, à travers leur doctrine néoconservatrice, prenaient la Turquie comme exemple de pays musulman démocratique.
En diplomatie, chaque détail, chaque symbole prend tout son sens. George Bush avait prononcé son discours du haut de la cantine de Galatasaray, avec une vue imprenable sur la mosquée d’Ortaköy et le pont reliant les deux rives.

Il est 21 heures. « Je sais qu’il est tard, mais je vais prendre les dernières questions. » Après trois heures de conférence, on sent bien que Tolga Bilener aurait pu continuer beaucoup plus longtemps sa visite. Et pourtant, l’actualité brûlante des relations internationales nous montre bien que cette histoire continue de s’écrire, et qu’Istanbul reste au cœur de ces enjeux géopolitiques.

















