Édition internationale

SOLI ÖZEL CRITIQUE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE TURQUE – “L’ère des grands succès est révolue’’

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 novembre 2013

La Chambre de commerce française en Turquie accueillait hier Soli Özel, professeur en Relations internationales à l'Université Kadir Has, chroniqueur au quotidien Habertürk et membre du Comité scientifique de l'Institut du Bosphore. Considéré comme l'un des plus éminents spécialistes turcs du Moyen-Orient, Soli Özel, est intervenu à l'hôtel The Marmara Taksim sur le thème : ?la politique étrangère turque face aux périls de la crise syrienne?.

Après le tournant géopolitique global engendré par les attentats du 11 septembre 2001, la planète s'est tournée vers le Moyen-Orient et ?l'Europe a cessé d'être le centre stratégique du monde'', explique Soli Özel (photo LL). La politique extérieure turque fut dès lors considérée comme ?le modèle laïc et démocratique? de la région face à son adversaire iranien. Mais la Turquie, selon ce spécialiste, aurait aujourd'hui perdu son influence régionale, marquant ainsi l'échec de sa politique étrangère. Le temps d'une conférence, il est revenu sur les raisons qui ont fait la grandeur de la Turquie mais également celles qui ont contribué, selon lui, à son ?échec? en matière de diplomatie.

Modèle turc et doctrine Davuto?lu : comment la Turquie s'est imposée ? un temps ? comme leader au Moyen-Orient

?Profondeur stratégique'' : ce concept mis en place par le ministre turc des Affaires étrangères a fait son temps, à en croire ce spécialiste. La politique étrangère voulue par Ahmet Davuto?lu, d'abord conseiller du Premier ministre avant son entrée au gouvernement en 2009, consistait à pacifier l'espace régional du Moyen-Orient pour en assurer la sécurité et la prospérité économique. D'où ses efforts de médiation avec ses voisins ? entre Israël et la Syrie en 2008 ? sa motivation à négocier avec l'Iran sur le nucléaire, sans oublier l'épisode du Mavi Marmara. L'objectif étant de ?créer une zone économique de libre échange au Moyen-Orient, où la Turquie serait l'économie dominante''. Ankara a pour ce faire participé activement au processus de paix entre les pays de sa zone géographique, ?poursuivant ses politiques de fraternisation avec la Syrie et l'Iran contre la volonté de ses alliés et des Etats-Unis''.

La politique étrangère de la Turquie lui a permis de devenir le modèle politique à suivre dans sa zone géographique. Comme le souligne Soli Özel, si en 2006, ?quand le Hezbollah a attaqué le Liban pendant 32 jours, l'Iran était le grand héros, deux ans plus tard, après qu'Israël a attaqué les Palestiniens à Gaza, les portraits de Recep Tayyip Erdo?an étaient affichés dans les rues.''

Quand ?l'épingle à nourrice'' se fissure?

Si cette politique de ?soft power? a fonctionné un temps, permettant à la Turquie de s'imposer comme leader au Moyen-Orient du fait notamment de l'échec des Etats-Unis en Irak, depuis, de nombreux éléments sont venus bouleverser cette réussite. Pour Soli Özel, la Turquie est ?l'épingle à nourrice entre l'Europe et la Russie, le Caucase et le Moyen-Orient.'' A partir du moment où survient un déséquilibre avec ces acteurs, la politique étrangère de la Turquie perd de son efficacité.

Si l'AKP (Parti de la justice et du développement) a, pendant ses huit premières années au pouvoir, trouvé ?la formule qui marche, (?) c'était l'époque où l'Union Européenne était encore un rêve et non un cauchemar'' estime Soli Özel. Pointant du doigt ce qu'il appelle la ?France sarkozienne'', ce dernier insiste sur la ?responsabilité de la France? dans la dégradation des relations franco-turques et donc des relations turco-européennes, mais reste toutefois positif quant à l'avenir.

Printemps arabe et crise syrienne : l'équilibre brisé

L'équilibre nécessaire à la réussite de la politique étrangère turque aurait ainsi été fissuré, avant le Printemps Arabe, par la mésentente entre la Turquie, l'Europe et surtout la France. Lorsque le Moyen-Orient a ?implosé?, le problème selon Soli Özel est que les dirigeants turcs ont voulu changer le Moyen-Orient, le façonner. Alors qu'il aurait fallu, selon lui, ?laisser le Moyen-Orient tranquille'', ?L'ubris'' turque a fait couler sa politique étrangère, martèle ce spécialiste. Conséquence : ?les despotes sont partis, les islamistes ont pris le pouvoir''. La crise syrienne est représentative de cet échec, explique-t-il encore. La Turquie, qui s'était donnée pour mission de convaincre Bachar el-Assad, a clairement échoué. Pour l'expert, c'était une façon imprudente d'agir.

Laura Lavenne (http://lepetitjournal.com/Istanbul) vendredi 8 novembre 2013

 

 

 

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Publié le 7 novembre 2013, mis à jour le 8 novembre 2013
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