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PAROLES DE CONSULS HONORAIRES – Raymond Makzume à Iskenderun : "Mon souvenir le plus poignant a été de devoir attester la mort de deux journalistes français en Syrie"

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 novembre 2013

Ils sont six à servir les citoyens français sur le territoire turc aux côtés de l'ambassadeur, Laurent Bili, et de la consule générale à Istanbul, Muriel Domenach. A Izmir, Bursa, Edirne, Bodrum, Antalya et Iskenderun, qui sont vos consuls honoraires ? En quoi consiste leur mission ? Sollicités pour expliquer leur engagement, nous publions leurs réponses à partir d'aujourd'hui, à raison d'une interview par semaine. C'est Raymond Makzume, consul honoraire de France à Iskenderun, dans le sud de la Turquie (non loin de la frontière syrienne), qui ouvre le bal.

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases? Qui êtes-vous? Quel a été votre parcours?

Raymond Makzume (photo personnelle): Je suis né en 1947 à Iskenderun, où j'ai suivi des études élémentaires, puis ma famille ayant emménagé au Liban, à Beyrouth, j'ai poursuivi mes études chez les frères de La Salle et je suis titulaire d'un baccalauréat en Sciences expérimentales. J'ai continué à Beyrouth, dans la succursale de la faculté de Lyon, pour une maîtrise en physique et mathématiques que j'ai conclue avec un diplôme d'ingénieur en électronique à l'Ecole supérieure d'électricité de Paris (communément appelée Supelec). J'ai ensuite effectué mon service militaire à Ankara pendant 18 mois (quel gâchis !), suivi par mes débuts dans les affaires, en 1975, à Istanbul pour trois ans avant un retour au bercail, à Iskenderun. J'y suis devenu président de notre société familiale, qui s'occupe d'agencement de navires, de manutention dans les ports, ainsi que de logistique. La compagnie créée par mon père, Lyonel Makzume, porte son nom (LAM-Lyonel A.Makzume Shipping Agency). Son siège social est à Iskenderun et elle possède des succursales dans tous les port turcs (Trabzon, Samsun, Izmir, Istanbul, Gemlik, Izmir, Antalya, Mersin, Iskenderun et Ankara) ainsi qu'a Batumi et Poti en Géorgie, à Baku en Azerbaïdjan et à Erbil en Irak. Mon épouse, Neval Makzume, est elle aussi francophone, ayant suivi un parcours similaire au mien. Nous avons un fils et une fille tous deux établis en Suisse, à Genève, et sommes les heureux grands-parents de trois petits-enfants.

Quels sont vos liens avec la francophonie? A quand remontent-ils?

Le français a toujours été parlé à la maison et n'a donc jamais été une langue étrangère.

Les études à Beyrouth se déroulaient principalement en français (l'arabe y était obligatoire). Mes enfants ont suivi leurs études en français, et nous utilisons principalement le français dans la vie courante. Etant donné la situation d'Iskenderun, proche de la Syrie, l'arabe, le turc évidemment et l'anglais sont également des outils indispensables dans la vie commerciale.

Quand et comment êtes-vous devenu consul honoraire de France?

Je suis devenu consul honoraire de France à Iskenderun et pour la province du Hatay en 1985, prenant le relais de mon père, qui avait atteint l'age limite pour cette fonction. Il est d'usage que le consul en fonction fasse une proposition pour son remplaçant et c'est ainsi que l'Etat français a approuvé la passation, décision ratifiée par le Président de la République de Turquie. A la même date, j'au aussi pris le relais de mon père pour la fonction de consul honoraire des Pays-Bas pour la région du sud-est de la Turquie, fonction que je n'exerce plus depuis 2012, les Pays-Bas ayant décidé de fermer leur représentation consulaire a Iskenderun.

Iskenderun, aussi connu en français sous le nom d'Alexandrette, est le plus grand district de la province de Hatay.

Que pouvez-vous nous dire sur la communauté française et francophone à Iskenderun?

Suite au mandat français et à la présence d'officiels et de civils français jusqu'en 1938, l'influence francophone a grandement imprégné la région. Maintes familles ont fait perdurer cette influence en envoyant leurs enfants suivre des études en français au Liban principalement, mais aussi en Syrie. La taille de la communauté francophone d'Iskenderun à l'époque (évaluée en milliers) a fondu avec les années et peut être évaluée à quelques dizaines seulement aujourd'hui, principalement parce que les générations suivantes se sont établies en dehors du pays, ou ont préféré s'installer à Istanbul, qui offre bien plus d'avantages commerciaux et sociaux qu'Iskenderun. Il est difficile de mentionner un quelconque dynamisme de la communauté francophone actuelle, vu son âge assez avancé et le cloisonnement de la francophonie. La communauté française elle-même se limite aux familles françaises de passage et établies à Iskenderun pour raisons de travail. En ce moment, on en compte trois. A part eux, il y a également les Français possédant la double nationalité, dont le nombre ne dépasse pas la vingtaine, et qui sont principalement établis à Antioche et dans ses environs.

Comment concevez-vous votre rôle de consul honoraire?

Mon rôle de consul honoraire consiste à représenter l'Etat français quand il me sollicite, et ce à tous les niveaux: officiel, commercial ou social. L'existence d'un cimetière militaire français à Iskenderun (pour les combattants de Cilicie entre 1919 et 1921), comportant plus de 400 tombes de soldats morts pour la France, procure une occupation régulière, dans le sens où ce cimetière a besoin en permanence d'entretien. Tous les 11-Novembre, je dépose une gerbe aux pieds de la coupole du cimetière.

Quelles sont les qualités requises pour bien remplir cette mission?

Je considère que la qualité principale est d'avoir bien conscience du rôle que le consul honoraire a accepté et, auxiliairement, d'avoir de bonnes relations avec les autorités de la région représentée.

Quelles sont les difficultés liées à cette mission?

Personnellement, je considère que la plus grande difficulté consiste à accompagner les ambassadeurs, ou autres membres de l'ambassade de France, lors de leurs visites officielles dans la région, et lors des entretiens avec les officiels où il est souvent nécessaire d'agir en tant que traducteur... surtout quand les propos échangés politiquement ne sont pas du goût de l'un ou de l'autre interlocuteur.

Quels sont les avantages et les côtés que vous préférez?

Franchement, il n'y a pas d'avantages particuliers car les droits d'un consul honoraire sont très limités et ne sont pas différents de ceux d'un citoyen normal. Quant au côté que je préfère, c'est de pouvoir rencontrer les Français qui sont au courant de l'existence de ce bureau consulaire, qui sont de passage, et qui ont chacun une histoire intéressante.

Racontez-nous un souvenir marquant de vos années de fonction...

Mon souvenir le plus émouvant remonte à la visite d'un car entier de personnes âgées, entre 50 et 80 ans, venues se recueillir sur la tombe de leurs parents au cimetière militaire français d'Iskenderun. Le souvenir le plus poignant a été de devoir reconnaître et attester la mort de deux journalistes français en Syrie cette année.

Propos recueillis par Anne Andlauer (http://lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 27 novembre 2013

Plus de détails sur la mission et les coordonnées des consuls honoraires de France en Turquie sur le site du consulat de France à Istanbul.

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 26 novembre 2013, mis à jour le 27 novembre 2013
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