Mardi 19 janvier 2021

MON INCROYABLE HISTOIRE - “J’ai vécu la magie d’Erasmus tout en restant à Istanbul”

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 10/12/2015 à 23:02 | Mis à jour le 20/11/2018 à 16:24
Photo : Photo ABG
erasmus istanbul

En janvier dernier, lepetitjournal.com d'Istanbul publiait la troisième édition de son Almanach 2014 "Un an en Turquie". En plus d'un retour sur l'actualité, nous vous proposions une série inédite de dix témoignages. Dix récits, à la première personne, de lecteurs qui ont accepte? de nous confier un e?pisode marquant de leur vie en Turquie. Nous les avons voulus aussi diffe?rents que possible, dro?les ou tragiques, cocasses, insolites, tristes, e?mouvants... espe?rant qu'ils vous inte?resseront. Chaque semaine, nous vous proposons de retrouver l'un de ces dix témoignages. Aujourd'hui, celui de Ay?enaz A?k?n, contrôleuse de gestion sociale

?En ce jour de septembre 2010, j'entame ce qui est censé être ma dernière année d'études. Je suis en licence de Design industriel à l'université de Yeditepe et ce jour-là, je manque particulièrement d'enthousiasme car mes plus proches amis sont déjà diplômés. Je me sens abandonnée et m'apprête donc à passer l'année avec des gens que je connais mais avec lesquels je n'ai aucune véritable affinité. De fait, je prévois d'être sérieuse et de me concentrer sur mes études afin d'obtenir moi aussi mon diplôme au plus vite.

 

Le premier cours porte sur l'élaboration d'un projet. C'est une sorte d'atelier qui dure toute la journée, dans lequel nous sommes assis en cercle et procédons à un brainstorming. À tour de rôle, nous devons lancer une idée. Rapidement, je remarque deux garçons que je n'ai jamais vus au cours des années précédentes. Alors que vient leur tour de partager leur inspiration vis-à-vis du projet, le professeur passe directement à la personne suivante. Je les regarde et constate qu'ils ont l'air un peu perdus face à la situation.

Tout à coup, ils sortent leurs ordinateurs. Comment peuvent-ils oser faire cela ? Lorsqu'un enseignant parle, nous sommes tenus de lui accorder toute notre attention. D'autant plus que l'enseignant en question n'est pas réputé pour sa clémence... Ma curiosité est à son comble quand je finis par demander à mon voisin qui sont ces deux garçons : ?Ce sont des étudiants Erasmus.? Je n'en crois pas mes oreilles. C'est la première fois que je vois un étudiant Erasmus car ils sont très peu nombreux à venir dans notre université, surtout dans le département des Beaux-Arts. Cette année-là, Istanbul commence tout juste à être à la mode chez les élèves internationaux.

C'est l'heure de la pause et tout le monde quitte la salle. Sauf les Erasmus, qui restent assis et ne savent pas quoi faire, car le professeur n'a pas prononcé un mot d'anglais et personne ne leur a adressé la parole. Comme c'est la dernière année, les étudiants ne font pas l'effort d'aller vers les nouveaux, aussi perdus soient-ils. En ce qui me concerne, je n'ai pas d'amis dans la classe et j'aime rencontrer des étrangers quand j'en ai l'occasion. Je fais donc la démarche d'aller vers eux et je sais que je l'aurais tout autant fait si mes amis étaient encore là. Je leur propose de prendre l'air. Ils semblent contents que quelqu'un leur manifeste un peu d'attention.

Nous sortons de la classe et commençons à discuter. Ils sont tous les deux italiens, l'un s'appelle Andrea et l'autre Tommaso. En quelques minutes, nous n'échangeons que des banalités. Lorsque vient l'heure de la deuxième pause, je suggère que nous quittions définitivement le cours. Nous troquons la salle de classe contre un café à quelques mètres de l'université. Nous y restons un assez long moment, enchaînant les verres de thé. Nous nous entendons bien et décidons finalement de prendre la direction de Kad?köy, où nous trouverons à coup sûr des endroits plus agréables où nous installer.

Après quelques heures d'une conversation à laquelle nous n'avons pas envie de mettre fin, ils me proposent de dîner chez eux. Ils habitent à Kad?köy, dans un secteur que je connais mal mais que je vais apprendre à découvrir et apprécier. C'est d'ailleurs là que je m'installerai quelques années plus tard, lorsque je quitterai le domicile de mes parents. L'appartement d'Andrea et Tommaso est très international puisqu'ils le partagent avec deux Français, une Italienne, un Allemand et deux Turcs. J'aime d'emblée cette ambiance. Ils me préparent mes premières pâtes italiennes : symboliquement, cela marque le début de notre amitié. Nous passons la soirée chez eux, sur leur immense terrasse. Je viens de rencontrer ceux avec qui je vais passer toute l'année, ceux avec qui je vais vivre nombre de péripéties, ceux dont je pleurerai le départ pendant plusieurs jours.

Le fait est que j'aurais aimé participer au programme Erasmus, mais mes notes ne me l'ont pas permis. Avec Tommaso et Andrea, j'ai vécu la magie d'Erasmus, de ses rencontres et de ses rebondissements, tout en restant à Istanbul. Cette année-là, je n'ai pas obtenu mon diplôme mais je n'ai aucun regret, car l'aventure humaine vaut bien plus à mes yeux. Je leur ai rendu visite à plusieurs reprises et ils sont également revenus plus d'une fois. Ils ont même assisté aux fiançailles ainsi qu'au mariage de ma cousine. Aujourd'hui, je ne fais aucune différence entre mon amitié avec mes amis turcs et celle qui me lie à Andrea et Tommaso.?

Propos recueillis par Amélie Boccon-Gibod (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 11 décembre 2015

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