

Suite de notre série d'interviews de francophones connus et reconnus. Mario Levi, écrivain d'Istanbul, nous parle de son amour pour la littérature française, de son dernier roman, de ses projets et du quartier où il vit et qui lui ressemble: Kad?köy
lepetitjournal.com d'Istanbul: Quel a été, pour vous, l'événement de 2013?
Mario Levi (photo AA): Gezi m'a marqué très profondément. Je suis d'un tempérament pessimiste, c'est d'ailleurs ma source d'inspiration dans l'écriture. Mais Gezi m'a rendu optimiste pour l'avenir de mon pays. C'était une première en Turquie, un soulèvement spontané, très sincère, avec beaucoup d'humour. C'est pour moi la nouvelle Turquie. Je suis très content et un peu fier d'y avoir participé. Ce qui me rend aussi optimiste, c'est que nous étions de différents bords politiques : des gens de gauche, pour ne pas dire gauchistes, anarchistes, communistes mais aussi nos amis musulmans. C'était un rêve pour moi.
Et le rêve est fini ?
Le rêve est en état léthargique. Cela peut recommencer à n'importe quel moment. Peut-être Gezi pourra-t-il, un jour, trouver sa place dans un parti politique, je l'ignore? C'est une probabilité. On a la croyance en une probabilité, ce qui n'est pas à dédaigner. Mais nous avons besoin de temps.
Où avez-vous appris le français ?
À la maison. Ma grand-mère maternelle et mon grand-père, qui avaient reçu une éducation française, étaient convaincus que pour être intellectuel, il fallait parler français. Je considère le français comme l'une de mes langues ?grand-maternelles? (rires). J'ai fait mes études primaires dans une école turque puis je suis entré au collège à Saint Michel. Là-bas, j'ai étudié les auteurs et les philosophes du 18ème siècle, le siècle des Lumières. Mais ce qui m'a vraiment marqué, c'est la littérature française du 20ème siècle et notamment Marcel Proust, qui a vraiment influencé dans mon écriture. J'ai été traduit en 23 langues mais lorsque j'ai reçu la traduction française de mon roman Istanbul était un conte, j'ai immédiatement pensé à mes grands-parents et à mon professeur de littérature et de philosophie française à Saint Michel, ?Monsieur Pierre?. Il a été le premier à me laisser penser que je pourrais, un jour, devenir écrivain.
Quel quartier d'Istanbul vous ressemble le plus ?
Je suis né à Osmanbey. J'y ai vécu jusqu'à mes 18 ans avec mes parents, puis nous nous sommes installés sur la rive asiatique. Désormais, je vis à Kad?köy et je me sens vraiment ?Kad?köy'lü?. Être ?Kad?köy'lü?, c'est être un peu plus romantique... parce que les habitants de Kad?köy contemplent le coucher du soleil. Kad?köy a moins changé que les autres quartiers, il est un peu plus ?ancien Istanbul?.
Parlez-nous de votre dernier roman, Size Pandispanya Yapt?m...
C'est un roman sur la cuisine séfarade d'Istanbul et sur les repas, sur les histoires qui proviennent des repas, sur des réminiscences. C'est une petite saga, une histoire de famille mais le personnage principal, c'est le repas. J'ai aussi mis des recettes dans ce roman, des plats que j'ai appris de ma grand-mère paternelle. Le roman sera probablement publié en 2014 en Espagne. On attend des réponses positives d'une maison édition française...
Comment expliquez-vous que, sur dix livres écrits à ce jour, un seul a été publié en français ?
Parce qu'on a trop peu de bons traducteurs et parce que les maisons d'édition françaises ne sont pas encore très ouvertes à la littérature turque. Il y a certes beaucoup d'écrivains turcs traduits en français, mais pas suffisamment. Les maisons d'édition pensent en termes financiers et si les livres ne se vendent pas, alors elles ne sont plus intéressées. Le pourcentage de littérature étrangère publiée en Espagne est de 30 à 35%. En Allemagne, 20%. En France, 8%, et aux États-Unis, 2%. Le premier pas est toujours important. Mon seul roman traduit en français a été très bien accueilli et j'ai bon espoir de voir un jour mon deuxième ou troisième livre publié en français. La littérature, c'est aussi une question de patience.
Quels sont vos projets pour 2014 ?
En 2014, je célèbrerai la trentième année de ma carrière d'écrivain. Je suis en train de rédiger un livre de nouvelles, que je pense faire publier cette année en Turquie.
Propos recueillis par Anne Andlauer (http://lepetitjournal.com/istanbul) lundi 21 avril 2014
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Cette interview est extraite de l'Almanach 2013 "Un an en Turquie" du petitjournal.com d'Istanbul. Sorti fin janvier 2014, cet ouvrage richement illustré de 60 pages revient sur l'actualité en Turquie l'an dernier et vous propose une dizaine d'interviews de personnalités turques francophones qui, comme Mario Levi, se distinguent par leurs talents et leur contribution à la relation franco-turque. L'Almanach 2013, tiré comme le précédent à 10.000 exemplaires, est gratuit! N'hésitez pas à vous procurer un exemplaire, notamment à l'Institut français d'Istanbul ou d'Ankara; ou à nous contacter par e-mail: istanbul@lepetitjournal.com |




















