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MA FAMILLE FRANCO-TURQUE – Les Chapdelaine : “On a dépassé les frontières de la famille franco-turque”

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 février 2014

Yaprak est turque et elle enseigne les mathématiques. Laurent est français et il enseigne les sciences de la Vie et de la Terre. Tous deux sont professeurs au lycée francophone Saint-Joseph. Ils se sont rencontrés il y a douze ans à Istanbul, où ils se sont mariés et où ils élèvent maintenant leurs deux enfants dans le quartier de Kad?köy. Pour le second article de sa nouvelle rubrique, lepetitjournal.com d'Istanbul est allé à leur rencontre. C'est l'occasion pour eux de nous parler de leur mode de vie, de leur histoire et de leurs projets?

lepetitjournal.com d'Istanbul : Décrivez-nous votre famille mixte...

Laurent : Nous avons tous les deux 47 ans. Nous sommes presque nés le même jour à quelques heures de différence. Lila va avoir 10 ans le 26 avril et Teo aura 7 ans le 30 mars. Et puis il y a dans la famille un petit chat aussi, qui compte beaucoup et qui s'appelle Sunshine.   

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Yaprak : Nous nous sommes rencontrés lors d'un projet. Il y a douze ans de cela, j'avais organisé avec des collègues les ?Journées mathématiques?, c'était un colloque pour les profs qui travaillent dans les différents lycées francophones d'Istanbul. Je l'organisais en tant que prof à l'université de Galatasaray et au lycée Saint-Joseph. On avait un atelier de mathématiques et biologie. Laurent était prof au lycée de Galatasaray et il est venu.

Où vous êtes-vous mariés ensuite ?

Yaprak : A Istanbul.

Laurent : A la mairie de Kad?köy. Très rapidement parce qu'on s'est rencontrés en novembre et que l'on s'est mariés en juin. Yaprak est tombée enceinte de Lila en août.

Lila : En août ?

Laurent : Oui, ensuite il faut neuf mois?

Teo : Et moi ?!

Yaprak : Ça va arriver. Je suis tombée enceinte de Teo trois ans plus tard.

Vous avez toujours habité à Istanbul ?

Yaprak : Oui.

Teo : Et à Ku?adas? aussi !

Laurent : Oui mais c'est pour les vacances.

Comment s'est déroulé votre mariage à Istanbul ?

Laurent : Alors, ni d'un côté ni de l'autre il n'y a eu de mariage religieux. Ça a seulement été un mariage civil. C'était un mariage turc, je ne sais pas si on a pensé faire un mariage au consulat et je ne sais même pas si c'est possible? Les mariages turcs se font dans des grandes salles de la mairie, ce sont des mariages qui se suivent, les uns après les autres.

Yaprak : Il  a presque un mariage tous les quarts d'heure, on s'est mariés dans la foulée.

Laurent : Déjà, il a fallu prendre rendez-vous. Notre décision était assez rapide et on a dû trouver une date. Mais comme on voulait se marier avant l'été, il y avait très peu de places possibles. Quand la mairie a entendu que j'étais étranger, ils ont dit ?Il n'y a pas de problème, on va vous trouver un moment ! Donc le 15 juin, à 9h30, le premier mariage de la journée. On vous case là, alors vous voyez, on accueille très bien les étrangers?. On ne voulait pas d'un mariage en grande pompe avec la grande robe de mariée, le costard et tout ça. On avait des tenues assez simples, mais pas de tous les jours non plus. Du coup quand on a appelé le couple à marier, les personnes de la mairie refusaient de croire que c'était nous.

Yaprak : Ils ne pouvaient pas croire que je pouvais me marier sans robe de mariée et Laurent sans costard cravate.

Laurent : Le mariage s'est fait, notre famille était là. Pour le mariage civil, il y avait peu de personnes de notre côté.

Yaprak : On n'a pas voulu qu'il y ait beaucoup de monde parce qu'on a surtout fait l'après-midi un petit cocktail dans un endroit en Europe où tous les gens qui voulaient venir le pouvaient.

Laurent : Mais au niveau du mariage civil, comme ils se suivent, il y a d'autres familles qui attendent. Du coup, sur la photo de mariage globale, il y a des gens qui n'ont rien à voir avec nous ! Yaprak a un peu pleuré sous le coup de l'émotion et des gens dans la salle ont pensé qu'elle était mariée de force à un étranger.

Yaprak : Pourtant je souriais comme tout, on voyait mes 32 dents?

Laurent : Et donc ensuite on a organisé une sorte de cocktail ou brunch dans un jardin de ITÜ, l'Université technique d'Istanbul. Il y avait un café donc c'était super. On n'avait pas de plan de table, tous ceux qui voulaient venir le pouvaient. Et ensuite le mariage a été officialisé par le consulat et par la France, mais c'était des papiers.

Comment s'est passée l'adaptation dans vos belles-familles respectives ?

Yaprak : Il n'y a eu aucun problème. De mon côté, ma famille est francophone. Il n'y a eu aucun problème de communication.

Laurent : D'autant que je n'étais pas turcophone à ce moment-là.

Yaprak : Oui, ça a aidé. Je vivais seule depuis des années, sans mes parents. Pour ça non plus ça n'a pas posé de problème. J'ai juste commencé à habiter avec Laurent et ma famille l'aimait bien.

Laurent : Ni d'un côté ni de l'autre, je n'ai ressenti de l'appréhension quant au fait que nous nous apprêtions à vivre avec une personne étrangère. Je pense même que c'était quelque chose de logique, de normal, sans problème. C'est vrai que le fait que Yaprak soit parfaitement francophone a sans doute servi une certaine harmonie. Le fait de vivre à Istanbul dans un environnement francophone, avec une éducation francophone, ça permettait aussi d'avoir un mélange culturel directement à la base. Cela a été important parce que tu étais d'une famille qui connaissait et avait vécu en France, donc il n'y a pas eu de barrière.

Parce que Yaprak a vécu en France ?

Yaprak : Oui, j'ai vécu à Paris entre deux et six ans, donc je ne me rappelle pas mais mes parents oui.

Laurent : Mais au niveau de l'apprentissage du français et de l'accent, ça joue énormément. Son papa travaillait à l'ambassade de Turquie à Paris. Comme il était écrivain, il a même été traduit en français à un moment. Il y a vraiment un mélange naturel qui s'est fait entre nos deux pays, peut-être via la langue française, je ne sais pas. En tout cas, tout s'est fait très simplement.

Laurent, depuis combien de temps habitiez-vous en Turquie quand vous vous êtes rencontrés ?

Laurent : Je suis arrivé en septembre 2000.

Yaprak : Ça faisait deux ans environ.

Laurent : C'est pour ça que je ne parlais pas vraiment le turc. Ma venue en Turquie était basée sur le fait de ne plus être en France. J'avais eu plusieurs petites expériences à l'étranger et en venant ici, je ne savais pas si ce serait pour un an, deux ans? Finalement, ça va faire 14 ans !

Yaprak : Je l'ai pris au piège !!

Du coup, est-ce que vous parlez le français entre vous et dans la famille ?

Laurent : Eh bien non !

Yaprak : C'était le français pendant longtemps, parce que Laurent ne parlait pas turc. Mais lorsque les enfants sont nés, on a décidé de parler avec eux chacun dans notre langue maternelle pour qu'ils puissent apprendre les deux. Toutefois, on vit en Turquie et les nounous que nous trouvions étaient turques. Alors Lila a commencé à parler plus rapidement le turc. Elle n'entendait que ça. Donc petit à petit, Laurent a appris le turc grâce à sa fille. Maintenant, il nous arrive de parler en turc. C'est un mélange.

Laurent : Concernant Lila, elle a été directement immergée dans les deux langues. Contrairement à beaucoup d'enfants bilingues, elle les a parlées très rapidement toutes les deux. A deux ans et demi, elle était déjà ma traductrice. Par contre, son petit frère a mis plus de temps à se débloquer en français mais c'est normal aussi.

Du coup, je pouvais parler avec Yaprak et Lila en français et elles parlaient turc entre elles. Quand le niveau de turc de Lila a dépassé le mien, ça m'a poussé à m'améliorer. J'avais besoin de mieux comprendre comment ça allait se passer dans la discussion tripartite.

Quand Teo est né trois ans plus tard, ça a été un peu l'inverse. Mon niveau de turc avait progressé. Même si je lui parlais en français, il a compris que je comprenais le turc et me répondait donc dans cette langue. Ce n'était pas le cas avec Lila qui était obligée de me parler en français. Teo le comprenait complètement, que ce soit dans notre famille ou en regardant des films, mais il avait du mal à s'exprimer. Il a fait un petit voyage de trois semaines chez sa grand-mère et ça l'a débloqué. Il a dû être immergé dans un environnement francophone et pas du tout turcophone pour qu'il soit obligé de s'exprimer en français.

Yaprak : Maintenant, c'est un vrai mélange.

Laurent : Parfois, on est obligé de parler en anglais pour que les enfants ne comprennent pas mais Lila commence à comprendre certaines choses.

Yaprak : On va apprendre autre chose?

Teo : Mais moi je ne comprends rien du tout !

Yaprak : Ça viendra quand tu apprendras l'anglais à l'école.

En parlant d'école, sont-ils scolarisés dans une école internationale ?

Yaprak : Non, ils vont dans une école publique turque.

Laurent : On aurait préféré je pense les mettre dans le système français comme à Pierre Loti mais le rythme était beaucoup trop décalé, avec des horaires qu'on estimait ne pas convenir. Etant du côté asiatique, pour les envoyer en primaire, les services scolaires passent à 6h15 ou 6h30.

Yaprak : En plus il y a le problème des vacances scolaires qui ne correspondent pas du tout à notre travail, comme on est prof dans des lycées turcs. Et puis ici, on n'a pas de famille qui pourrait nous dépanner. A Pierre Loti, les enfants rentrent très tôt à la maison et nous, on travaille. Donc les envoyer à Pierre Loti, avoir une nounou qui les recevrait à la maison, c'était beaucoup trop de contraintes. On a décidé de les envoyer à l'école publique la plus proche possible?

Laurent : ?ce qui leur a permis de s'immerger dans la culture du pays dans tous les aspects, d'avoir leurs copains de quartier. Maintenant que Lila va aller au collège, la question s'est reposée. On pense continuer dans un système turc, proche dans la maison.

Comment avez-vous choisi les prénoms de Lila et Teo ?

Yaprak : On n'a vraiment pas eu de problème. On a voulu prendre des prénoms lisibles, compréhensibles et facilement prononçables dans les deux langues et qui avaient une symbolique.

Laurent : Un peu comme les prénoms à la turque qui évoquent quelque chose. C'était le point de départ en quelque sorte. On ne voulait pas non plus que ce soit des prénoms trop longs, notre nom de famille l'est suffisamment ! Pour Lila, on a commencé par faire une liste de prénoms des deux sexes avant de savoir si ce serait un garçon ou une fille. Bizarrement, le prénom Lila n'est pas apparu. On a eu l'idée un peu avant la naissance. J'écoutais la chanson d'Eric Clapton Layla. J'ai dit à Yaprak que c'était joli, mais elle trouvait que c'était un trop vieux prénom en Turquie. C'est comme ça que Lila est sorti. Il répondait à tous les critères mais en l'écrivant sans le ?s?. Contrairement au français, ce n'est que la couleur en Turquie, pas la fleur.

Pour Teo, c'était à peu près les mêmes critères. On était partis sur Leo, mais ce n'est pas un prénom turc. Ce n'était pas vraiment un problème ceci dit. Par contre, Yaprak trouvait que ça aurait fait trop de ?L? dans la famille, après Laurent et Lila. On est donc partis sur Teo, diminutif de Teoman en turc. Il se prononce aussi en français, mais sans le ?h?. Il y a moins de symbolique derrière son prénom mais ce n'est pas un critère essentiel non plus. Dans n'importe quel pays où nous irons, il n'y aura pas de problème de lecture.

Parce que vous comptez déménager ?

Laurent : Si l'occasion se présente, il faut voir. Si on peut trouver des opportunités ailleurs en Turquie, surtout pour le développement culturel de nos enfants, oui. Mais on en vient à un autre sujet. Elever des enfants à Istanbul, comme on l'a dit tout à l'heure avec Pierre Loti, c'est très difficile. Il y a souvent des problèmes de services scolaires, de perte de temps. Les bonnes écoles sont très chères, il y a un vrai commerce de l'éducation.

On est obligés de penser à leur avenir. Actuellement, on ne sait pas trop où se dirige la Turquie donc on ne sait pas si on veut que nos enfants grandissent dans la Turquie de demain. Si une opportunité se présentait dans un autre pays, Canada, Etats-Unis, je ne sais pas où, on y réfléchirait. Si c'est pour le bien de nos enfants, on le ferait.

Si vous aviez le choix, vous préfèreriez donc l'Amérique du Nord ?

Laurent : A priori, on tenterait plutôt le Canada, comme c'est un pays basé sur l'immigration. On pense que les côtés francophones, anglophones et l'ouverture sur beaucoup de cultures sont importants. C'était la raison de ma venue en Turquie. Je pense que ce serait une chance pour eux d'être dans un pays qui sait ce que l'immigration veut dire et qui est prêt à accueillir. Alors si le Canada pouvait se faire, je pense que oui, on prendrait le Canada.

Après, il y a d'autres pistes. L'Asie du sud-est me tenterait beaucoup aussi. Néanmoins, on ne veut pas partir dans des pays en guerre ou en risque de guerre. L'Afrique noire nous tenterait beaucoup mais il y a beaucoup de problèmes en ce moment et on ne veut pas l'imposer à nos enfants.

Vous ne souhaitez donc pas spécialement que vos enfants grandissent en France à un moment ou un autre ?

Laurent : Si l'opportunité se présentait, on ne dirait pas non.

Yaprak : On n'est pas contre.

Laurent : Mais ce n'est pas une exigence. On se rend compte qu'en vivant à l'étranger, on s'éloigne de cette culture. Tout ce qui est nouveau musicien, nouveau film, nouvelle pièce de théâtre, on en est loin. On a plus une culture de l'information. On parle aux enfants de l'histoire, de la culture? Si l'opportunité se présentait, on y réfléchirait, mais ce n'est pas le cas pour le moment.

Yaprak : C'est plus par rapport à nous, on ne peut pas partir en France sans travail.

Laurent : On n'est pas titulaires de l'Education nationale, ce qui pose un problème d'intégration. On pourrait plutôt viser des établissements français à l'étranger et via cela, peut-être un jour rebondir en France. Cependant, en tant que Français, je préfèrerais découvrir autre chose. Revenir en France, ce serait plus un rebond qu'un port d'attache définitif. Mais on ne sait jamais.

Quelles fêtes célébrez-vous à la maison ?

Yaprak : Toutes ! Toutes les occasions sont prises !

Laurent : Toutes les occasions de nos deux cultures. On ne va pas prendre des choses que l'on n'a pas l'habitude de fêter.

Yaprak : Les fêtes des deux côtés.

Laurent : On enchaîne Noël, le premier de l'An, la galette des rois? On enchaîne aussi Kurban (la fête du sacrifice), ?eker Bayram? (la fête des bonbons)? Avec une énorme précision : il n'y a ni d'un côté ni de l'autre une quelconque connotation religieuse. On fait Noël comme une fête de famille, le Premier de l'An et la galette des rois aussi?

Yaprak : D'ailleurs, le premier de l'An comme le réveillon et comme vraiment ?faire la fête?.

Laurent : Voilà. La galette des rois, c'est l'occasion pour les enfants de voir une tradition. Les autres comme le Ramadan?

Yaprak : ?c'est plus culturel. Ce sont des occasions de vacances, de partir d'Istanbul plus qu'autre chose.

Laurent : On fête tout sans problème. D'ailleurs, pour Noël, on invite aussi des Turcs qui ne sont ni catholiques, ni protestants, ni chrétiens en tout cas. On a invité une copine de Lila. On le fait avec un costume de Père-Noël. C'est très laïc, c'est très ouvert. D'ailleurs on voit de plus en plus le Père-Noël ici en Turquie et à Istanbul. Il y a quatre ou cinq ans, on a voulu acheter un costume de Père-Noël mais c'était très difficile. Maintenant, c'est un peu comme Halloween dans certains pays. C'est quelque chose qui s'est développé depuis quelques années.

Vous parliez de religion. Qu'avez-vous choisi pour vos enfants ?

Laurent : Ils sont sans religion. Cela ne veut pas dire qu'on les éduque dans un système anti-religion. On a choisi de ne pas leur en donner. S'ils en veulent une un jour, ce sera leur choix.

Yaprak : Mais quand il y a des occasions, on leur parle de toutes les religions. On leur parle de la culture des religions.

Laurent : On ne va pas dire philosophie mais bon?

Yaprak : Quand leur grand-mère paternelle est là, elle leur parle un peu de Jésus?

Laurent : Bien qu'elle ne soit pas religieuse non plus?

Yaprak : Oui mais elle aime bien leur parler de ce côté-là. Vivant en Turquie avec leurs amis, ils entendent forcément la culture de l'islam. A la maison, on leur dit ?de ce côté, il se passe ça ; là-bas, c'est ça??. On verra plus tard ce qu'ils veulent. Ni l'un ni l'autre ne sommes croyants donc ce sera à eux de voir ce qu'ils veulent.

Laurent : Ils seront croyants un jour s'ils ont envie de l'être. Pour Lila, ça va même un peu plus loin. Cette année elle avait normalement des cours obligatoires de religion dans le système turc mais elle en est dispensée.

Est-ce que vous avez une dernière remarque sur votre famille franco-turque ?

Laurent : Sincèrement, je pense qu'on ne se considère plus comme une famille franco-turque. Je pense qu'on dépasse ces frontières-là de deux pays. C'est plus un mélange. Nos enfants ont la double nationalité, ce qui ne veut pas dire qu'ils ont une moitié de chaque, mais que c'est vraiment un double. On éduque aussi nos enfants dans cette optique : on ne se dit pas que la Turquie c'est cette frontière, la France telle autre. On a une petite part d'éducation française. On essaye de les conduire sur une image où on ne se ferme pas sur des frontières, dans une certaine manière de penser? C'est pour cela qu'on voudrait peut-être un jour partir ailleurs.

Propos recueillis par Julie Meynier (http://lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 14 février 2014

Si vous aussi, vous avez envie de nous présenter votre famille franco-turque, écrivez-nous un email (istanbul@lepetitjournal.com) et nous viendrons recueillir votre histoire!

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Publié le 13 février 2014, mis à jour le 14 février 2014
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