

Michel Malandain, Français du Havre, installé pour de bon en Turquie depuis 2005 est un homme plein de bon sens et très intéressant. Hormis le fait qu'il ait été directeur général d'un grand groupe chimique et conseiller économique pour l'ambassade de France dans les années 2000, ce monsieur à la retraite aujourd'hui, exerce son ?il aiguisé sur les relations économiques franco-turques, et avec le recul dû à son expérience et aussi à son tempérament, nous parle avec beaucoup de justesse et de tendresse de la Turquie, ce pays qu'il aime tant
Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pouvez-vous vous présenter ?
Michel Malandain, (dans un café à Be?ikta? (photo MD) : Après plusieurs expatriations au Yémen, au Nigéria, au Maroc, je suis arrivé à Istanbul en 1995. A l'époque, je travaillais pour le groupe ELF en exploration-production, et je suis venu en Turquie pour démarrer une nouvelle société de chimie pour ce groupe. Cette société est devenue aujourd'hui ARKEMA, dirigée par Olivier Richet, que vous avez interviewé récemment dans les derniers RDV de l'ECO. Je suis resté à la tête de cette société pendant huit ans, elle s'est très bien développée car le marché était porteur, et nos produits très demandés. Quelques années après, de retour en France, à la retraite cette fois-ci, nous nous sommes établis avec ma femme dans le sud de la France, dans une petite station balnéaire, Saint-Cyr-sur-mer, mais très vite nous nous y sommes ennuyés, et nous avons décidé d'un commun accord de revenir dans un pays qui nous avait tant marqué, la Turquie, pour y vivre notre retraite. Aujourd'hui, nous sommes heureux du choix que nous avons fait, car nous avons trouvé à Istanbul un environnement stimulant et charmant à la fois.
Depuis quand connaissez vous lepetitjournal.com ?
Depuis pas très longtemps à vrai dire, une petite année je dirais? C'est Yves, un ami à moi qui m'en a parlé, et m'a encouragé à m'abonner à votre édition en me disant que j'y trouverais plein d'informations utiles en français.
Avec quelle fréquence nous lisez-vous ?
Quand je suis en Turquie, je le lis tous les jours, le matin après mon petit-déjeuner, c'est devenu quasiment mon rituel, je consulte mes mails et je lis votre journal.
Qu'est ce que vous aimez particulièrement dans notre édition ? Quels sont les articles qui vous intéressent le plus ?
J'aime lire les articles sur Istanbul, l'activité culturelle de cette ville. En tant qu'ancien directeur d'entreprise, j'aime particulièrement vos rendez-vous de l'éco et dans un autre genre, les chroniques de votre apprentie stambouliote, car elle a un regard très sensible et un ton très juste. Evidemment, j'aimerais trouver davantage d'articles économiques, et plus d'informations sur le monde de la finance en Turquie.
A Istanbul, qu'aimez-vous le plus ? Et le moins ?
Tout d'abord j'aime Istanbul car je la connais bien. Cette ville ainsi que toute la Turquie est stimulante, attachante et accueillante. Je m'explique sur le choix du terme " stimulante " : la population est stimulante car sa culture est tournée vers la performance, le Turc est basiquement performant, réactif et serviable. Cela doit venir de sa famille, de son éducation à l'école? Le Turc va chercher à faire un peu plus là où le Français va chercher à faire le plus confortablement pour lui. L'inconvénient dans la vie de tous les jours, ce sont les chauffeurs de bus, de vapur, ils vont vouloir faire la course, arriver avant l'autre. Autre exemple qui me stimule : le samedi et le dimanche dans le quartier de Be?ikta? où je vis, quartier truffé de dershane, et bien ça grouille de vie, d'étudiants le weekend ! En Turquie, les gens dans leur ensemble, font plus qu'il n'en faut, ils cherchent à se dépasser? Le Turc se fera une fierté de venir travailler, même en temps de neige. On ne trouve plus cette mentalité en Europe. En France, c'est le confort personnel qui prévaut.
Autre détail de la vie de tous les jours qui me choque aussi maintenant quand je rentre en France, c'est le mauvais accueil que l'on reçoit dans les bureaux ; en Turquie, où que vous alliez, vous serez bien reçu et la première chose que l'on vous proposera, c'est de boire du thé, du café, avant de passer aux choses sérieuses. En France, si vous allez dans des bureaux, et que vous avez la chance que l'on vous propose quelque chose à boire, c'est direction la machine à café avec un affreux gobelet en plastique.
En revanche, ce que je trouve épouvantable ici, ce sont les conducteurs de voiture individuelle, de taxis, de bus ; ils ne s'arrêtent pas aux passages piétons. Ils appliquent les règles du droit maritime ; c'est le plus gros qui a la priorité ! Voilà un élément de la culture turque que je trouve assez désagréable.
Quelle est votre adresse préférée de restaurant à Istanbul ?
Je ne suis pas une bonne référence en la matière car je suis resté fossilisé dans les années 80, et chaque fois que nous avons des amis de passage à Istanbul, les restaurants où je veux les sortir sont ceux où j'avais l'habitude de manger quand j'étais dans la vie active. Par exemple, un restaurant qui était très prisé à cette époque, c'est Set Bal?k, à Kireçburnu après Tarabya. On reste marqué par l'époque à laquelle on a découvert un endroit, on a du mal à évoluer avec l'évolution de la ville.
La mode actuellement, ce sont les steack house, et dans cette catégorie, j'ai de très bonnes adresses à vous conseiller : Günayd?n d'abord et le nouveau Nusr-et à Etiler, leur viande est délicieuse. Elle est cuite comme chez nous en France, et les morceaux de viande énormes, ressemblent à ceux que l'on vous sert aux Etats Unis.
Quels sont vos loisirs à Istanbul ?
Une vie sociale riche, des voyages culturels, l'archéologie sont nos principaux loisirs en Turquie. Nous participons aux voyages organisés par ARIT (Amerikan Research Institute in Turkey), c'est une association américano-turque dont les bureaux sont à Arnavutköy, qui organise des conférences et des voyages autour de l'archéologie enTurquie. Bilkent Üniversitesi à Ankara propose également des voyages à thème autour de l'archéologie, avec des accompagnateurs super calés dans leur domaine. On voyage en s'instruisant, notre rêve !
En conclusion, que diriez-vous ?
J'ai été navré récemment par la position du président de la République française par rapport à la loi qu'il a voulu faire passer sur la pénalisation de la négation des génocides, j'ai trouvé cette loi sans intérêt et essentiellement électoraliste. C'est stupide car dans les conditions actuelles où la France est en déclin économique de longue durée, et non en crise comme on veut nous le faire croire, c'est dommage de se priver des bonnes relations économiques avec un pays comme la Turquie qui peut nous apporter beaucoup. L'économie, c'est le soutien de tout, si un pays a une économie puissante, alors il a une vie culturelle puissante, une langue puissante, et si un pays a une économie déclinante, alors tous les secteurs déclinent les uns après les autres.
Propos recueillis par Meriem Draman (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 17 février 2012
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