

Le Franco-Espagnol Frédérick Carrera a posé ses valises à Istanbul il y a un peu plus de deux ans pour lancer la filiale turque de la marque de cosmétiques Nuxe. Il nous livre ses bonnes adresses, ses impressions sur le pays et quelques anecdotes de sa vie de Stambouliote.
Lepetitjournal.com d'Istanbul: Comment êtes-vous arrivé à Istanbul ?
Frédérick Carrera (photo AA): Je travaille depuis six ans pour une entreprise française, Nuxe, qui m'a proposé de m'expatrier en Turquie fin 2011 pour ouvrir sa filiale à Istanbul en partenariat avec un distributeur local, Salute. Nuxe s'occupe de tout ce qui est commercialisation et marketing, et sous-traite le back office à Salute, notre distributeur historique en Turquie.Je suis arrivé ici avec un contrat de deux ans. Je ne connaissais absolument pas Istanbul, ni personne en Turquie avant d'y atterrir. Je savais situer la ville sur une carte? mais c'est tout !
Avez-vous hésité avant d'accepter cette proposition ?
Absolument pas. Je suis assez globe-trotter. Je n'habite plus en France depuis six ans. J'ai travaillé pour Nuxe en Italie, Allemagne, Belgique, Suisse, Pologne, Espagne et Dubaï sur des missions plus ou moins longues. Je suis donc assez flexible, un vrai caméléon (rires). J'étais très curieux de découvrir la Turquie. J'ai beaucoup d'amis turcs en France. Et puis c'était un contrat de deux ans... Même si ça ne marchait pas, cela valait le coup de tenter l'expérience.
Comment s'est passée votre installation ?
J'ai débarqué au c?ur de l'hiver. J'ai été très surpris. Pour moi, Istanbul, c'était les Caraïbes ! Je m'attendais à voir des cocotiers, la plage? (rires) Mais quand je suis arrivé, nous avons eu 20 centimètres de neige pendant cinq semaines ! Il faut dire aussi que j'ai tout de suite été charmé. Etant d'origine espagnole, je me suis très vite retrouvé dans le côté méditerranéen et chaleureux des Turcs. Cette façon de vivre dans la rue, de parler fort, de se tutoyer, de se toucher, de se regarder dans les yeux? Ce sont des choses que j'ai en moi donc je n'ai pas du tout été choqué, au contraire.
Votre contrat devait durer deux ans? et vous êtes toujours là. Vous avez demandé à rester ?
On m'a offert la possibilité de rester pour une année supplémentaire. J'ai évidemment accepté. Mais si un nouveau pays se présente, toujours dans le cadre de Nuxe, pourquoi pas revivre une aventure? Le pays devra toutefois être sympa et la destination agréable... car Istanbul a placé la barre très haut !
Qu'est-ce qui vous plait tant ici ?
Sans vouloir être péjoratif, j'aime le ?bordel organisé? qui règne ici. Cette mégapole où tout est possible, où tout se fait de manière hyper chaotique mais où, malgré tout, tout tient, tout fonctionne... Les premiers temps, chaque fois que je prenais la voiture, je me disais que je n'arriverais jamais au travail en un seul morceau ! Mais finalement, bon an, mal an, tout le monde s'adapte. C'est vivant ! J'aime cette espèce de chaos dans lequel on trouve rapidement sa place et où l'on se sent bien.
Et la vie sociale ?
Les premiers temps ont été assez difficiles car je suis arrivé seul, sans connaître personne. J'ai fait mes premières rencontres dans mes cours de turc, surtout avec des étrangers. Mes rencontres avec des Turcs ont surtout eu lieu grâce à la musique. Je vais souvent à des concerts ? je me suis abonné dès le début à Salon ? et dans une salle de sports. A force de revoir les mêmes personnes, des amitiés se nouent, falan filan (rires).
Aimez-vous sortir ?
Je reconnais que j'aime sortir ! Habitant à Cihangir, je suis assez servi (rires). Istanbul n'a rien à envier aux capitales européennes, sauf peut-être pour ce qu'on appelle les ?after?, c'est-à-dire ce moment vers 5h du matin où les boîtes ferment leurs portes. Même si vous avez toujours la pêche, à Istanbul malheureusement il faut rentrer chez vous ou alors partager une mercimek çorbas? (soupe de lentilles, ndlr) au lever du jour?
Quelles sont vos adresses préférées pour faire la fête?
Je suis assez fidèle aux lieux que j'aime. Cela commence toujours par un meyhane entre amis, soit à Asmal?mescit soit à Çukur Meyhane près du Lycée Galatasaray. Comme son nom l'indique, ce meyhane est situé en sous-sol. Mezze, rak?? Ensuite, j'aime beaucoup le bar Gizli Bahçe sur Nevizade, surtout pour la musique, son ambiance un peu rococo, ses gros poufs, sa terrasse ouverte l'été où de très bons DJ se produisent. Après, je vais souvent au Wake Up Call, un endroit très sympa avec de bons DJ et où j'ai eu l'occasion de voir Jennifer Cardini et d'autres grands noms de la scène électro.
Et quand vous avez envie de calme, où allez-vous ?
J'aime courir. Je remonte le Bosphore vers Bebek ou bien je descends dans un petit çay bahçe de F?nd?kl?? Je trouve le contact de l'eau très apaisant et j'ai aussi la chance d'avoir un appartement avec un petit balcon qui donne sur le Bosphore. Le seul fait de m'y asseoir me change les idées.
Parlons de nourriture?
Avec plaisir, j'adore manger ! J'ai pris cinq kilos depuis que je suis arrivé en Turquie ! (rires)
Quels sont vos plats préférés ?
Les mezze pour commencer, notamment ceux à base d'aubergines ou la salade de maydanoz (persil) avec les grains de grenades? C'est succulent et toujours très frais. D'ailleurs, j'aime le fait qu'il n'y ait quasiment pas de nourriture industrielle en Turquie. Tout est fait en cuisine, cela se sent au niveau du goût. Ensuite, je suis plutôt carnassier : kebap, döner? J'aime beaucoup Karde?ler, à Cihangir, où l'on peut manger une soupe ou un kebap à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. A Asmal?mescit, j'aime beaucoup Yakup 2. Ils ont de très bons köfte?
Apprenez-vous le turc ?
Oui, je vais à l'école tous les jours et je fais mes devoirs le soir (rires). M'inscrire à des cours, d'est la première chose que j'ai faite quand je suis arrivé : je voulais en profiter pour apprendre une nouvelle langue, d'autant que j'étais sûr de rester au moins deux ans. J'ai d'abord pris des cours intensifs et je continue aujourd'hui de manière moins intensive. Toutefois, je travaille avec des Turcs qui pour la plupart ne parlent ni français ni anglais. Ce qui rend d'ailleurs les visites sur le terrain assez cocasses, quand il faut prendre la voiture avec l'un de nos représentants et que nous avons trois heures de route? On se parle comme on peut, avec nos mains, nos pieds? (rires)
Comment avez-vous connu lepetitjournal.com d'Istanbul ?
Je ne m'en souviens pas du tout ! Mais je me souviens qu'avant de venir à Istanbul, j'avais commencé à chercher des blogs ou des sites qui parlaient de la Turquie. Je suis tombé sur le blog Du miel aux épices et il me semble que c'est comme cela que j'ai atterri sur la page du petitjournal.com d'Istanbul.
Qu'est-ce qui vous plaît ou vous déplaît dans votre journal ?
J'aime ses informations toujours très variées, du culturel au politique en passant par des infos plus insolites? Je trouve les articles concis, agréables à lire. Que faire pour l'améliorer ? Tout me va très bien pour l'instant, je vous laisse me surprendre (rires) !
Si vous deviez partir d'Istanbul demain?
Ah non !
Mais si c'était le cas, qu'est-ce qui vous manquerait le plus ?
J'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup? la chaleur humaine en Turquie. Dans mon quartier, les gens me disent ?bonjour? dès que je passe. On peut demander un service à n'importe qui, à n'importe quelle heure. Comme les Turcs, j'ai même un petit panier que je suspends à une ficelle pour demander à mon épicier de me livrer ce qui me manque. Je crie ?Ömer !? par la fenêtre et je suis servi tout de suite. Je me sens chez moi ici. Je m'en suis rendu compte récemment en rentrant de Paris. Après avoir attendu une heure dans l'avion au-dessus d'Istanbul parce que l'aéroport était saturé, je me suis surpris à soupirer dans la voiture: ?Enfin à la maison !?
Propos recueillis par Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 21 février 2014































