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A LA RENCONTRE DE NOS LECTEURS - Coraline Chapatte, Suisse de naissance, Turque d'adoption

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

Coraline Chapatte a découvert la Turquie lors d'un voyage sac-au-dos. De retour en Suisse, son pays d'origine, elle a démissionné de son poste de manager et est venue s'installer à Ka? dans le Sud, pour travailler dans un centre de plongée. Aujourd'hui à Istanbul, elle a l'impression d'y avoir toujours vécu au point d'oublier parfois qu'elle n'est pas turque mais étrangère

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Comment avez-vous débarqué en Turquie ?
Coraline Chapatte
au pied des tours Astoria à ?i?li (photo MA) : Mon histoire a commencé avec un voyage de trois semaines en Turquie durant l'été 2007. Quelques jours à Istanbul, puis la Cappadoce, Malatya, le Mont Nemrut, Pamukkale, Ephèse. Comme je faisais de la plongée, je suis aussi allée à Ka?, célèbre pour ses fonds sous-marins. Le centre de plongée m'a proposé de revenir l'été suivant pour faire un stage, passer mon brevet de guide de plongée et encadrer des plongeurs. A l'époque, j'avais un poste de Marketing et Product Manager en Suisse. Et pourtant, un an plus tard, je démissionnais et je faisais mes valises pour Ka? ! Cela faisait trois ou quatre ans que je travaillais dans un bureau, alors vivre sur un bateau et faire des tâches essentiellement manuelles et physiques m'attiraient vraiment. Pendant trois ans, j'ai bossé comme guide de plongée, photographe et vidéographe sous-marin, parfois comme guide de randonnée ou de kayak de mer. Je m'occupais à la fois des ventes, du marketing et des activités outdoor du centre de plongée. C'était une vie incroyable, proche de la nature et pleine d'aventures ! Je ne m'ennuyais jamais. Mais quelque chose me tracassait : comment expliquer à un employeur un " trou " de plusieurs années sur son CV ? C'est peut-être une façon très européenne de penser mais cela me tenait à c?ur d'assurer mes arrières. Je suis alors venue à Istanbul où j'ai rapidement trouvé un travail dans une société d'organisation d'évènements sportifs. J'y ai travaillé pendant un peu plus d'un an puis je suis passée dans une société internationale dans le domaine du marketing.
A chaque fois que j'ai cherché un emploi en Turquie, j'en ai trouvé un dans les trois ou quatre jours. Ça me paraît impossible en Europe, même si je parle couramment le français, l'allemand, l'anglais et le turc ! Le marché du travail est très dynamique ici. Ici tout bouge tellement rapidement. Bon il y a moins de sécurité, il faut avoir les épaules solides mais je vois ça comme un avantage car on peut rebondir très rapidement. Je souhaite vraiment continuer à évoluer dans cet environnement de sociétés internationales en Turquie. Je ne me vois pas retourner dans une entreprise européenne, en Suisse par exemple où tout est formaté et prévisible. Ici, j'ai l'impression que chaque jour est une petite aventure en soi.

Comment sont les Turcs au travail ?
Ils sont très travailleurs, plus que les Européens. Pendant le week-end, c'est tout à fait normal pour eux de prendre leur ordinateur portable à la maison et de travailler. On ne peut pas dire "il est cinq heures, je sors du bureau ", ça ne se fait pas. La carrière est quelque chose de très important, alors les gens sont prêts à se consacrer à 150% pour avoir une promotion. Il y a aussi un respect incroyable de la hiérarchie. Ils remettent moins en cause les dirigeants.

Depuis quand connaissez-vous lepetitjournal.com d'Istanbul ?
Depuis un peu plus d'un an. Je lis deux ou trois articles tous les jours en fonction de ce qui m'intéresse mais par manque de temps je ne vais pas naviguer sur le site internet.

Quels sont les articles qui vous intéressent le plus ?
Les brèves politiques si je les ai ratées dans les journaux turcs et la rubrique du restaurant du mois. J'aime bien aussi les bon à savoir , les comparatifs statistiques entre la France et la Turquie.

A Istanbul qu'aimez-vous le plus et le moins ?
J'aime le fait que la vie ne s'arrête jamais. Par exemple, je sors du travail, je pars au fitness et sur le chemin du retour, je peux faire des courses parce que les magasins sont encore ouverts. Je trouve ça incroyable de rentrer chez moi à 22 heures avec mon sac de sport dans une main et mes courses dans l'autre! Il y a quelques semaines, je suis rentrée en Suisse et j'avais oublié mon chargeur de portable. C'était un dimanche et impossible d'en trouver un. A Istanbul, j'aurais juste eu à faire quelques mètres. Il y aussi un énorme respect et les gens sont très ouverts, toujours prêts à aider. Et finalement tout fonctionne, même le système de transports que beaucoup de gens critiquent. On peut aller n'importe où, n'importe quand. Évidemment il y a des problèmes mais comme dans chaque grande ville. Et puis les gens se soucient tellement des autres. Je pense que si je devais ne pas rentrer chez moi pendant deux jours, mes voisins s'inquièteraient. En Suisse, j'ai habité quatre ans au même endroit et je ne connaissais pas mes voisins !
Quant aux côtés négatifs... je n'en vois pas. J'ai l'impression d'avoir toujours vécu dans cette ville. Il n'y a rien qui me paraît étonnant ou bizarre. Je ne me sens pas vraiment étrangère. J'ai d'ailleurs une anecdote à ce sujet: il y a une semaine, je marchais dans la rue avec une amie turque qui est blonde. On parlait en turc mais quelqu'un s'est adressé à nous en anglais. Alors j'ai dit à mon amie " Il a  pensé que nous étions étrangères ". Donc en disant ça, j'ai oublié quelque part que moi je l'étais!

Quelle est votre adresse préférée à Istanbul ?
Mes endroits préférés à Ortaköy, où j'habite, sont le Kafe Pi pour boire une bière, le restaurant Ç?naralt? pour un rak?-bal?k et si j'ai envie de manger un bon morceau de viande, je vais à Kitchenette.  A Beyo?lu, j'aime beaucoup Ara Cafe, à côté du lycée Galatasaray. Déco originale, personnel super aimable et très bon rapport qualité-prix. Toujours à Beyo?lu, mais dans le passage Nevizade, Pano ?arap Evi, excellent restaurant qui produit son propre vin. Du côté asiatique, j'aime beaucoup les restaurants de poissons à Kad?köy. Et pour sortir le soir, j'aime Tünel Pasaj? et Parentez à Asmal?mescit et du côté de Taksim,  Munferit et Eski Beyrut.

Quels sont vos loisirs à Istanbul ?
Je fais beaucoup de sport, principalement de la course à pied le long du Bosphore ou à la forêt de Belgrade. J'ai également commencé la voile il y a quelques semaines. Je vais régulièrement voir des matchs de foot et de basket. Je supporte Fenerbahçe pour le foot et Be?ikta? pour le basket. Je suis quasi allée voir tous les matchs de la finale actuellement en cours entre Be?ikta? et Anadolu Efes. A chaque fois, j'ai vécu un moment sportif incroyable en me retrouvant dans un public de 15.000 personnes totalement acquis à la cause de Be?ikta?. Je pense que les Turcs font partis des plus fervents supporters.

En conclusion que diriez-vous ?
Je ne gravite pas du tout dans le milieu expat': 90% de mes amis ici sont Turcs. Mais avoir des amis étrangers me permet de conserver un ?il extérieur sur la Turquie, que je suis en train de perdre. Je ne me rends pas compte des difficultés que l'on peut avoir en étant étranger par ce que je ne les ai jamais partagées avec d'autres étrangers... Ceci dit, je trouve que les difficultés sont liées au caractère des personnes. Je suis de nature combative et moi je les vois comme des petites aventures quotidiennes. Tout dépend si l'on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein.

Propos recueillis par Margaux Agnès (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 8 juin 2012

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Publié le 8 juin 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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