Hervé Magro, Consul général de France à Istanbul, l'a récemment rappelé à l'occasion d'un déjeuner de presse : 45.000 lycéens et étudiants turcs apprennent le français en Turquie. Ce chiffre, très conséquent et peu connu, nous a donné envie de rencontrer un professeur de la filière FLE (Français Langue Etrangère) et vous faire partager son expérience.
Jean-Michel Ducrot, professeur de français langue étrangère au lycée Saint-Joseph
Lepetitjournal.com : Quelle est la spécificité d'un professeur de français à l'étranger ? Quel est le parcours qui vous a mené jusqu'à Istanbul ?
Jean-Michel Ducrot : Avant tout, le professeur de français langue étrangère a fait des études de langues ou de lettres, auxquelles il décide d'ajouter une option appelée «option FLE de la licence ». On complète généralement ce cursus par un master spécialisé dans le domaine de l'enseignement de la langue française à un public non francophone, avant de partir enseigner, le plus souvent, hors de l'Hexagone auprès des quelque 1.300 écoles du réseau de l'Alliance française ou dans des instituts de langues.
Pour ma part, après mon service national dans la coopération internationale, on m'a proposé de partir deux ans au Yémen pour enseigner la littérature française et francophone à l'Université de Sanaa. Je devais compléter mon emploi du temps au Centre Culturel Français : c'est là que j'ai découvert le FLE dans toute sa complexité. L'expérience fut si enrichissante qu'il était quasi évident pour moi que je devais continuer dans cette voie. J'ai ensuite obtenu un nouveau contrat à l'université de Damas, où j'ai enseigné cinq ans.
J'ai eu la chance d'obtenir ensuite la direction du Centre de Documentation Pédagogique d'Alep pour une durée de quatre ans ainsi que celle des cours du Centre Culturel Français. Le FLE m'a finalement donné la possibilité de connaître davantage le Moyen-Orient, les mystères des dialectes de la langue arabe, l'art de vivre à l'oriental, tout en travaillant dans mon corps de métier.
A la fin de mon contrat en Syrie, il y a de cela un an, ma femme et moi avons obtenu un double poste à Istanbul, à Saint-Joseph et Sainte-Pulchérie.
Quelles difficultés vous rencontrez dans cette profession ? Et quels sont vos bonheurs professionnels ?
Les difficultés dans ce corps de métier peuvent être nombreuses. Il suffit malheureusement de consulter la rubrique « emploi » des sites consacrés au Français langue Etrangère pour constater que les compétences des professeurs de FLE sont sous-rémunérées en général. Des associations tentent d'inverser la donne mais la principale difficulté pour un professeur de FLE reste sa rémunération. Ce type de problème se pose souvent moins dans les écoles que dans les instituts de langue.
Le plus grand bonheur d'un professeur de FLE réside dans le constat des progrès d'un étudiant, qui au fil des mois, voit son niveau de langue s'élever, son lexique s'enrichir, pour communiquer enfin, au vrai sens du terme, en parlant de tout, et en oubliant sa relation prof-élève. Il n'y a rien de plus exaltant que d'écouter ensuite nos propres apprenants converser dans notre langue !
Y a-t-il une "spécificité"Istanbul ?
Istanbul est un monde en soi ! ? Aucune expérience n'est égale à une autre !...Après des années de vie au Moyen-Orient, ma femme et moi, avions décidé de goûter à d'autres contrées ou de revenir en France. Istanbul faisait des premières villes de notre liste, et il s'est avéré que les écoles francophones d'Istanbul nous ont répondu quasi immédiatement. Nous connaissions tous deux la ville, l'avions aimé, et nous nous imaginions tout à fait y passer quelques années, d'autant qu'Istanbul représentait pour nous un compromis idéal entre Orient et Occident.
Vous pouvez nous parler de votre blog : quel est sa vocation ?
Le blog pédagogique se prête à la mutualisation, à la communication et à l'échange entre professionnels d'un même métier? INSUF-FLE a donc vu le jour en voulant mettre en contact les professeurs de FLE d'ici et d'ailleurs : http://insuf-fle.hautetfort.com/ Il grandit, grossit, mûrit? Et j'espère surtout qu'il sert à cette communauté de professeurs de FLE, aux quatre coins du monde !
Brigitte di Benedetto (www.lepetitjournal.com) vendredi 2 octobre 2009.



























