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FRANCO-TURCS, BELGO-TURCS… – Comment vivez-vous votre binationalité ?

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 26/10/2014 à 23:03 | Mis à jour le 29/04/2020 à 11:43
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Jeudi dernier, le restaurant Cajun accueillait la soirée d'inauguration du groupe franco-turc d'Istanbul, ouvert à toutes celles et ceux qui vivent ces deux cultures au quotidien. Son objectif : tirer parti de cette richesse et améliorer le potentiel d'action de cette communauté. Plus de cinquante personnes étaient présentes à cette première, préparée et pensée par deux Franco-Turcs Jülide Ya?ar et Ahmet Kiraz respectivement chef d'entreprise et avocat.

Soirée d'inauguration (photo-montage MD)

Après le discours d'inauguration des deux organisateurs sur la nécessité de la création de ce groupe et les différents objectifs à atteindre, Marie-Rose Koro, conseillère consulaire de Turquie, a renchéri sur les thèmes qui ont réuni les participants: la binationalité, la multiculturalité et la citoyenneté. Elle a rappelé que 60% des Français vivant en Turquie avaient la binationalité, et que leur rôle de liaison entre les deux cultures, avec ses avantages et ses inconvénients, était ?primordial? dans l'évolution des relations entre les deux pays.

Dans une ambiance décontractée, la soirée a donné l'occasion d'une prise de contact entre les personnes présentes, qui ont échangé sur leur parcours, leurs problèmes et leurs réussites. Chaque troisième jeudi du mois, le groupe se réunira au même endroit pour élaborer des projets concrets et discuter avec des gens confrontés aux mêmes problématiques.

Sept invités avec la binationalité ont répondu à nos questions:

1. Comment vivez vous votre bi-nationalité? Vous sentez-vous français, turc, ou plutôt un condensé des deux?

2. Que pensez-vous des relations franco-turques? Comment les améliorer?


Elmas (interviewée) et Ayd?n Aksu Karayel

1. ?Je suis née et j'ai vécu à Paris. Je suis venue à Istanbul il y a 6 ans dans le cadre d'un contrat de Volontariat international en entreprise (VIE). Maintenant j'ai un mari et un travail ici. Je vis mes deux nationalités dans les deux pays, mais je me sentais plus turque en France, alors que je me suis sentie plus française en Turquie. Je travaille dans une entreprise française, ce qui me permet de garder des liens avec la France, et de tirer profit de ma bi-culturalité: mon réseau est vaste et multiple.?

2. ?Au niveau économique, les relations sont tendues. Leroy Merlin et Conforama ont quitté la Turquie, et désormais il y a peu d'entreprises françaises, c'est un véritable manque, notamment par rapport à l'Allemagne. Il y a pourtant un potentiel énorme! Je pense que les gouvernements sont mal coordonnés sur ce problème.?

 

 

Clarisse-Ya?mur K?l?ç

1. ?Je suis venue en Erasmus à l'université de Galatasaray en 2011, et je ne suis pas repartie. Après deux années d'équivalence très dures, je suis désormais stagiaire dans un cabinet d'avocats. Je suis vraiment bilingue car mes parents m'ont fait prendre des cours de turc pendant mon enfance. Ma nationalité varie en fonction des personnes avec qui je suis, je m'adapte, mais je conserve toujours les deux au fond de moi. Je me suis rapidement adaptée à la vie ici.?

 

2. ?Les Turcs vivant en France sont victimes de préjugés, considérés comme conservateurs et fermés. J'invite tous les Français à venir en Turquie pour constater par eux-mêmes à quel point les Turcs sont ouverts.?

 

Murat Do?an (interviewé) et sa femme ?enay

1. ?Je suis parti en France pour le travail, puis mon entreprise française m'a renvoyé en Turquie il y a 10 ans. Je suis content de voir qu'il y a de plus en plus de Franco-Turcs en Turquie. Je retourne régulièrement en France, pour laquelle j'ai un attachement profond. Là-bas je me sens plus turc, et c'est l'inverse quand je suis en Turquie. Ma femme a la binationalité aussi, mais elle se sent plus turque ici. Nous sommes très attachés aux deux nationalités et aux deux cultures.?

 

2. ?Je travaille dans le textile, un milieu où les relations sont très bonnes, car le textile français est de meilleure qualité et permet de faire la différence. Nos relations sont florissantes.?

 

Sabine B.

1. ?A la maison je parlais français avec mes frères et s?urs, et à moitié turc avec mes parents. Mon entourage était belge, ma vie plutôt européenne : j'ai saisi l'opportunité d'allier les deux cultures. Je suis partie en Erasmus pour découvrir la Turquie, dont je suis tombée amoureuse. Je suis donc revenue pour travailler, ce qui fut assez facile grâce à mes contacts et au fait que je suis bilingue. Mon pays est la Belgique car c'est là que j'ai vécu, mais je n'oublie pas pour autant mes racines turques. Les Turcs ne comprennent pas que je me dise belge. Les Turcs à l'étranger sont souvent mal vus, surtout s'ils ne s'adaptent ni à la langue ni à la culture locale. Les parents poussent les enfants à s'attacher à leur culture par peur de la voir disparaître, à se dire turcs, à parler turc à la maison... Quand je suis dans un pays, je suis fière de l'autre? pendant la Coupe du monde de football par exemple.?

 

2. ?Les relations belgo-turques sont quasiment inexistantes. Pourtant, il y a beaucoup d'associations turques à Bruxelles, dont le centre de télévision kurde. Il y a aussi un quartier turc, où les enfants grandissent dans un environnement clos. Ils ne profitent pas des deux cultures et n'évoluent même pas avec la culture turque. Lorsqu'ils grandissent, ils se retrouvent perdus au milieu des deux cultures, sans vrai repère.?

 

Céline-Gonca Er

1. ?Je suis née en France, et j'ai choisi une école internationale pour passer deux ans à l'étranger. Je suis venue à Istanbul car cette ville m'attirait et ma famille venait d'y emménager, c'était une tentative dans laquelle je n'avais rien à perdre. J'ai trouvé un travail facilement, il n'y a pas beaucoup de bilingues. Lorsque j'étais jeune, je parlais plus turc que français car il y avait une grosse communauté turque, mais à la maison c'était le français. En France, je me sens plus turque, en Turquie je me sens plus française, mais je n'ai jamais vraiment vécu ?à la turque?. J'ai deux prénoms, que j'utilise tous les deux, en fonction de la nationalité de mon entourage.?

 

2. ?Les relations politiques sont assez tendues. Lorsque Nicolas Sarkozy a décidé de punir le déni du génocide arménien de 45.000 euros d'amende et deux ans de prison, j'ai décidé de quitter la France, il y avait une ingérence. Les relations ne sont pas stables, la France lance des piques et la Turquie contre-attaque. Mais je suis confiante : heureusement, la Turquie ne rentrera pas dans l'Union européenne. Cela poserait problème, elle est trop puissante pour ne pas bouleverser les équilibres déjà fragiles.?

 

Mathieu Koro (à droite)

1. ?Mon père est turc et ma mère française, mais ils sont séparés. J'ai vécu en France avec ma mère jusqu'à la fin de mes études, puis j'ai voulu tenter l'expérience à Istanbul. C'est temporaire? depuis déjà deux ans et demi! Je connaissais un peu la culture et la langue, mais je me définirais comme un Français d'origine turque, je ne suis pas turc à 100%.?

2. ?Je pense qu'il y a un avant et un après Sarkozy, il n'était pas apprécié par les Turcs, et c'était peut-être réciproque. Maintenant avec François Hollande, les relations sont plutôt bonnes, du moins pas inamicales.?


Orhan Milli ( à gauche)

1. ?J'ai fait mon collège et mon lycée en Turquie, puis j'ai passé 11 ans en France à travailler en cuisine. Je suis revenu en Turquie pour ma carrière et pour exporter la gastronomie française. Ici, le marché n'est pas saturé comme dans l'Hexagone. Je suis perdu entre les deux pays: quand je suis dans l'un je voudrais être dans l'autre, c'est un grand écart constant. Je suis attaché à mes deux nationalités, et j'espère que ce sera pareil pour mon enfant.?

2. ?La mondialisation permet un mélange des cultures et une ouverture professionnelle, c'est un avantage dont il faut profiter. Les relations franco-turques sont une chance à saisir.?

Pour rejoindre le groupe "Franco-Turcs d'Istanbul",

voici la page facebook du groupehttps://www.facebook.com/francoturcsistanbul?fref=ts

 

Propos recueillis par Meriem Draman et Thomas Desset (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 27 octobre 2014

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