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Entretien avec Gisèle Durero-Köseoglu sur son roman ''Lascaris, le Sang de Byzance''

Gisèle Durero-Köseoglu, fidèle contributrice du petit journal qui nous fait régulièrement partager son amour et sa connaissance de la Turquie avec des articles tout aussi divers que passionnants, vient de publier une grande fresque historique qui nous transporte du XIIIe au XVIIIe siècle entre Constantinople et Nice. Lepetitjournal.com d’Istanbul est allé à sa rencontre pour en savoir plus sur les ressorts de ce nouveau roman… Avis aux amateurs de littérature et d’histoire!

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Écrit par Pauline Sorain
Publié le 13 mai 2024, mis à jour le 30 mai 2024

 

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Quel est le sujet de votre roman ?

Gisèle Durero-Köseoglu : Le roman Lascaris, le Sang de Byzance, qui vient de paraître en France aux Éditions Ovadia, raconte l’histoire de la famille byzantine des Lascaris entre le XIIIe et le XVIIIe siècle. Un matin de juin 1203, à Constantinople, Théodore Lascaris, gendre de l’empereur Alexis III, découvre, dans le Bosphore, la flotte de la quatrième croisade, dont fait partie le jeune écuyer Bartolomeo. En dépit d’une année de résistance des Byzantins, les croisés conquièrent la ville et y instaurent l’Empire latin. Théodore Lascaris s’enfuit et fondera quatre ans plus tard l’Empire de Nicée… Mais lorsque Michel Paléologue reprend Constantinople, pour se débarrasser des Lascaris, il marie la princesse impériale Eudoxie Lascaris à Guillaume-Pierre de Vintimille, seigneur de Tende. C’est le début d’une nouvelle épopée rebondissant sur plusieurs siècles, qui conduit les descendants des Lascaris mais aussi de Bartolomeo, de Nicée au comté de Tende, où s’illustrent des héroïnes légendaires ; puis à Nice, dans les fastes du Palais Lascaris, jusqu’à la Révolution française, où, le ravage du palais par les Sans-culottes et la fuite du dernier Lascaris symbolisent la fin de cette lignée mythique des empereurs d’Orient.

 

Enluminure, attaque de Constantinople par les croisés
Enluminure, attaque de Constantinople par les croisés

 

Lascaris, le sang de Byzance
Gustave Doré Alexis V négociant avec le doge Dandolo / Théodore Lascaris premier empereur de Nicée

 

Combien de temps avez-vous travaillé ce livre ?

À partir de 2017, ma première étape a été la collecte et l’étude des sources qui sont abondantes sur l’histoire byzantine, un peu moins nombreuses pour l’Empire de Nicée et le comté de Tende. Ensuite, j’ai commencé la rédaction en février 2018, mais c’est la première fois que je traverse tant d’épreuves lors de l’écriture d’un livre ; tout d’abord, la perte soudaine de ma mère en 2020, qui a freiné mon travail pendant des mois ; et juste après, le vol de mon ordinateur lors du cambriolage de mon appartement, ce qui m’a privée d’une grande partie du texte dont je n’avais pas de copie et qu’il a fallu recommencer.

La première partie du roman raconte la conquête de Constantinople par les croisés ?

Oui, j’ai voulu raconter ce qui se passe entre l’arrivée des croisés en 1203 et l’idée qui germe l’année suivante, celle de conquérir la cité millénaire. Il ne faut pas oublier que Constantinople, c’est la capitale de l’Empire romain d’Orient, la ville la plus riche et la plus raffinée du monde occidental. La quatrième croisade est généralement racontée à travers le point de vue des croisés, que l’on trouve par exemple dans les chroniques de Geoffroy de Villehardouin ou Robert de Clari. Mais j’ai voulu m’inspirer aussi de ce qu’en ont dit les Byzantins, qui déplorent le pillage de leur ville et le vol des reliques sacrées du christianisme, que l’on translate en Europe. La plupart des trésors religieux de Constantinople se trouvent aujourd’hui dans des églises étrangères, en particulier à Saint-Marc de Venise. Pour ne citer que trois exemples, le Calice des Patriarches en sardoine du trésor de la basilique, c’est celui de l’église byzantine des Saints-Apôtres ; la fameuse icône de la Vierge ''Nicopeie'', c’est la ''Nicopeia'' de Constantinople, attribuée à saint Luc, l’une des trois plus célèbres icônes mariales que l’on promenait sur les remparts en cas d’attaque ennemie. Quant au Saint Suaire de Turin, il ne serait autre que le ''Mandylion'' des Byzantins, qu’ils conservaient dans la chapelle impériale de la Vierge du Phare, la liste est immense. Je peux dire en plaisantant, qu’aidée par les travaux d’éminents spécialistes qui ont étudié les registres de l’époque, je me suis lancée ''sur la piste'' des objets, car ce sujet m’a passionnée.

 

Lascaris, le sang de Byzance
La Madone Nicopeia / Calice des Patriarches, Saint-Marc de Venise

 

Les chevaux de l'hippodrome à Saint-Marc
Les chevaux de l'hippodrome à Saint-Marc

 

Les descendants de Théodore Lascaris partent à Tende et à Nice ?

C’est un aspect qui m’a beaucoup impressionnée. Une princesse byzantine élevée dans la soie à Nicée, Eudoxie Lascaris, qui est mariée à trois-mille kilomètres de son lieu de naissance, et son époux, seigneur de Tende, un petit comté de montagne, qui adopte son nom et ses armoiries ! Leurs descendants s’enorgueilliront toujours de cette ascendance impériale. À Tende, ils sculpteront partout où ils le peuvent l’aigle bicéphale des Byzantins et en feront le blason de la ville. Et à Nice, le plafond de l’entrée du palais Lascaris est orné d’un immense aigle à deux têtes avec la devise ''Nec me fulgura'', ''Rien ne peut me foudroyer''. Mon travail m’a d’ailleurs permis de répertorier ce motif dans tous les lieux où se déroule le livre et m’a donné l’idée de reprendre deux héros de mes romans sur les Seldjoukides, dont l’aigle bicéphale était aussi l’emblème et qui se passent à la même époque, La Sultane Mahpéri et La Sultane géorgienne ou Sultane Gurdju Soleil du Lion.

 

Lascaris, le sang de Byzance
Aigle bicéphale byzantin / Aigle bicéphale du palais Lascaris, Nice

 

Aigle bicéphale de Tende
Aigle bicéphale de Tende

 

Qui sont vos personnages ?

J’ai mis en scène des personnages historiques célèbres tout en essayant de rester fidèle à ce qu’en disent les chroniqueurs afin que le récit soit plausible. J’ai aussi tenté de mettre en valeur certaines héroïnes, comme les filles de l’empereur byzantin Alexis III, dont Anne Ange, l’épouse de Théodore Lascaris, ou les femmes célèbres qui ont marqué l’histoire du comté de Tende. Mais mon livre est un roman, ce qui signifie que je me suis permis aussi d’imaginer ou d’utiliser des mythes. De toute façon, on sait bien que le ''vrai'' en histoire est relatif, surtout pour des périodes aussi lointaines. Néanmoins, pour disposer de plus de liberté d’écriture, j’ai fait accompagner les Lascaris par des figures du peuple qui les servent sur plusieurs générations et pour lesquelles je me suis inspirée de toutes les légendes que j’ai entendu raconter dans ma propre famille. C’était une façon indirecte de donner la parole à mes ancêtres silencieux et de leur rendre hommage, même sous forme de fiction, une sorte d’histoire familiale entièrement réinventée. 

L’importance de ce livre pour vous ?

Ce livre est très important pour moi car il se déroule dans les trois endroits qui ont joué un rôle capital dans ma vie. Les premier et deuxième chapitres se passent à Constantinople et à Nicée. Or, il se trouve que c’est à Istanbul que j’ai passé des décennies de ma vie, que j’ai travaillé comme professeur, que je me suis mariée et que j’ai élevé mes enfants ; c’est une ville que j’adore et que j’ai beaucoup visitée, tout comme d’ailleurs la cité d’Iznik, l’ancienne Nicée de deux conciles. Il m’a été aisé de me mettre ''dans la peau des Byzantins''.

 

Lascaris, le sang de Byzance
Sainte-Sophie / Blachernes, Palais de Constantin Porphyrogénète / Le lion du palais du Boucoléon

 

Le troisième chapitre se déroule à Tende et à Nice. Pour ceux qui ne connaissent pas Tende, c’est un bourg des Alpes maritimes à la frontière entre la France et l’Italie mais c’était jadis un comté convoité par des puissances différentes, jusqu’à son rattachement à la France, en 1947. Or, il se trouve que c’est aussi, depuis le Moyen-âge, le berceau de mes ancêtres paternels ; j’y croise leurs fantômes, j’y vois leurs tombeaux, mon nom de famille sur les listes de Pénitents ou sur le retable qu’ils ont fait construire dans la Collégiale et cela me fascine. Ce n’est pas pour rien que l’écu de la chapelle funéraire des Lascaris nous met en garde : ''Ce lieu est terrible'' !

 

La Collégiale de Tende
La Collégiale de Tende

 

Lascaris, le sang de Byzance
Chapelle funéraire des Lascaris, Tende / Autel du Rosaire, Collégiale de Tende

 

Quant à la fin du roman, elle se passe à Nice, au palais Lascaris, qui est aujourd’hui l’une des merveilles emblématiques de la ville. Nice occupe aussi une place immense dans ma vie, c’est ma région, je suis née à Cannes, j’ai effectué toutes mes études à Nice, je vais très souvent dans la vieille ville et j’y entre dans le palais Lascaris. J’ai toujours passé mes périodes de vacances scolaires là-bas et j’y réside actuellement une partie de l’année. J’aime tant ma région natale qu’en 2015, en collaboration avec mon époux, Taceddin Köseoglu, j’ai écrit un guide touristique, La Côte d’Azur, destiné aux touristes turcs.

 

Façade du Palais Lascaris, Nice
Façade du Palais Lascaris, Nice

 

Lascaris, le sang de Byzance
Armoiries au Palais Lascaris, Nice / Palais Lascaris de Nice

 

C’est dire que j’ai conçu le roman Lascaris, le Sang de Byzance, ''de tout mon cœur'', à partir de mes trois lieux incontournables. Même si cela peut paraître absurde, j’ai considéré l’écriture de ce livre comme une sorte de mission qui m’était assignée ou un devoir de mémoire que je devais absolument accomplir…

 

Affiche du livre

 

 

Vous pourrez trouver ce roman en France dans les librairies, à la Fnac, sur Amazon ou le commander directement chez l’éditeur ICI.

 

 

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