

Depuis 7 ans, Émilie Langrené voyage régulièrement en Turquie et surtout en Cappadoce, région pour laquelle elle est tombée littéralement ?en amour?. Un nouveau voyage au ?Pays des Beaux Chevaux? et le passage des 30 ans ont été un véritable déclencheur. Elle quitte donc le monde des agences de publicité et Paris pour s'installer progressivement en Cappadoce. Une fois par mois, elle vous propose un tête à tête avec ceux qui peuplent son quotidien et qui lui ont donné le goût de rester.
Parmi la galerie de personnages turcs de Cappadoce, s'il y en a bien un que je dois vous présenter en premier, c'est lui, Sisik (prononcez "Chichik"). Personnage haut en couleur de Cappadoce, rencontré il y a quatre ans déjà. Sisik, cela veut dire "petit gros" en turc, sobriquet hérité de son enfance où manifestement son embonpoint existait déjà. En vrai, il s'appelle Mehmet, comme quelque 11 millions de Turcs. Alors Sisik, ce n'était pas si mal pour sortir du lot.
Il est propriétaire de la Kilim Pension à Uçhisar, petit bourg situé sur les hauteurs de la Cappadoce. C'est un enfant du pays, il connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Jovial, un brin moqueur, toujours prêt à faire la fête et surtout toujours désireux de vous faire découvrir le meilleur de la Cappadoce. C'est grâce à lui que nous sommes revenues chaque année avec Maïwenn, ma compère de toujours. Uçhisar, c'est un peu comme notre deuxième maison et Sisik, quelqu'un de la famille.
Sisik, issu d'une famille de paysans à Uçhisar, a démarré dans le tourisme il y a plus de 20 ans et a fait les cent métiers avant de se lancer dans l'hôtellerie. A contre-courant de sa famille et de ses amis, à l'époque, il a monté sa pension puis s'est construit une notoriété qui a grandi au fil du temps. Sa pension, c'est lui qui l'a faite et ce avec beaucoup de goût. Un jour, alors que je lui faisais remarquer que j'aimais beaucoup ses miroirs (de vieilles roues de carrioles recyclées), il m'a dit "quand on débute, on n'a pas d'argent mais on a des idées?. Et des idées, Sisik il en a plein, c'est un entrepreneur né. Il a commencé avec trois chambres il y a 16 ans et aujourd'hui sa pension en possède 26.
Au contact des touristes, majoritairement français à Uçhisar, il a appris à parler notre langue. Il a une façon très personnelle de la parler d'ailleurs, ce qui nous vaut de gros fous rires. Je tairai ici les doux noms d'oiseaux dont il nous affuble parfois Maïwenn et moi, ça ne serait pas très correct mais je l'avoue, j'aime bien quand il m'appelle ?ma biche?. Son expression préférée c'est ?il faut laisser du temps au temps?, cela lui ressemble et c'est un peu sa philosophie de vie, il a dû faire preuve de patience pour construire ce qu'il possède aujourd'hui.
Il a trois filles et pour avoir partagé un dîner familial, j'ai vu une véritable complicité, c'est un super hôte mais surtout un super papa. Ay?e, la grande, suit des études d'archéologie. La cadette, Fatma, des études de peintre ; lui qui aime tant les ruines de Cappadoce et l'art il est très fier de voir le chemin qu'elles empruntent. Quant à la petite dernière, Ebru, encore à la maison, c'est une chipie malicieuse également très proche de son ?baba?.
Pour ce qui est de la musique, alors là un seul mot "adi bakal?m!? Sisik n'est pas le dernier à mettre l'ambiance, bien au contraire et c'est souvent lui qui donne le ton et lance les hostilités. Si vous avez l'occasion de passer par le Mouton Rouge (restaurant sur la place d'Uçhisar) il accompagne au derbouka Mehmet (encore un), patron des lieux mais aussi grand joueur de saz. En général, la combinaison des deux donne toujours quelque chose de génial et la soirée part? en live.
Côté fourneaux, Sisik adore cuisiner. A la pension, il a un chef mais il n'est pas rare qu'il vous dise "ce soir tu viens manger à la pension, c'est moi qui fait la cuisine? et en général, c'est succulent !
Au fait Cappadoce, Uchisar, ça vous parle ? Littéralement, Cappadoce signifie ?le pays des beaux chevaux? en turc. Cette région se situe en Anatolie centrale, au coeur de la Turquie montagneuse. Connue des randonneurs et des cavaliers, elle est célèbre pour son relief fantasmagorique résultant des éruptions volcaniques et de l'érosion, ses églises chrétiennes creusées à même la roche, ses maisons troglodytiques et ses villes souterraines. Elle s'étend sur 15.000 km2 entre Kayseri et Aksaray. Uçhisar, notre deuxième chez nous, se situe au point culminant de la Cappadoce à 1.300 m de hauteur, grâce à son Kale (piton rocheux), elle est visible à plusieurs kilomètres à la ronde.
Le mois prochain je vous parlerai de Vahdi, le gardien des kilims?
Émilie Langrené (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 24 octobre 2013



























