La Galerie Metin est spécialisée dans la vente de tapis et kilims à Istanbul. Située à Sultanahmet, juste derrière la Mosquée Bleue, elle existe depuis une trentaine d'années. Ya?ar Aksoy, 26 ans de métier et Franco-Turc, en est le gérant. Lui et ses employés ont accepté de partager leurs expériences et leurs impressions sur cette activité avec les lecteurs du petitjournal.com d'Istanbul.
La Galerie Metin se compose de deux boutiques à quelques dizaines de mètres l'une de l'autre. La galerie est ouverte tous les jours de la semaine, même les dimanches, contrairement au Grand Bazar. Au total, cinq personnes travaillent pour la galerie : Ya?ar Aksoy le patron, Ebubekir Akbulut et Ahmet Aksoy tous deux vendeurs, Zeki Ç?nar restaurateur de tapis et Nagihan Gecin, qui s'occupe de la cuisine et du ménage.
La vitrine de la boutique (photo MS)
Depuis la rue, chacun peut apercevoir de nombreux coussins colorés disposés à l'extérieur des deux magasins, juste devant les vitrines qui, elles, présentent des tapis et laissent les curieux découvrir le magasin à l'arrière. En franchissant le seuil de la boutique principale, le visiteur est ébloui par les couleurs chaudes qui remplissent la pièce. De magnifiques tapis traditionnels de toutes tailles sont exposés sur les murs, d'autres sont roulés, ne demandant qu'à être découverts par les visiteurs. A l'étage, des centaines de tapis sont entreposés dans une large pièce. Cette taille est indispensable pour pouvoir déplier et admirer ces chefs d'?uvre de fils.
Ya?ar Aksoy, ?commerçant de tapis et de kilims?
Le patron de la galerie a commencé à travailler très jeune dans le monde des tapis pour des raisons financières. Il a ?uvré comme vendeur pour deux boutiques différentes avant d'ouvrir son propre magasin. Il a longtemps exercé son activité avec un associé mais depuis 2006, il s'est établi seul et s'est agrandi. Marié à une Française et père de famille, il ne souhaite pas forcément que ses enfants reprennent un jour l'entreprise, car selon lui les contraindre à exercer un métier n'est pas la solution, ?il faut être passionné?.
Les tapis, ?le beau fait du bien et le beau trouve vite un acquéreur?
Dans le magasin de Ya?ar, on trouve des pièces authentiques et uniques. ?Elles viennent des tribus nomades de Turquie, et il y a aussi beaucoup de tapis en provenance du Caucase : Arménie, Iran, Azerbaïdjan, Kurdistan, Afghanistan, etc.? explique-t-il. Pourtant, il devient de plus en plus difficile d'en trouver car la nouvelle génération est
Ebubekir Akbulut (photo de droite), 30 années de métier, présente les différentes sortes de tapis que l'on trouve dans la boutique : le kilim (tapis tissé et réversible), le tapis noué, le cicim (tissage uni, partiellement brodé) et le sumak (entièrement brodé). Le tapis qui se vend le mieux est le kilim car ?il est léger et son aspect contemporain lui permet de convenir à de nombreux intérieurs? précise Ya?ar Aksoy. On parle beaucoup de la fertilité dans les tapis car c'est un symbole de continuité. Ya?ar affirme que c'est ainsi qu'il continue de découvrir la culture de toutes les parties du territoire turc et celle des pays des alentours. ?Les tapis sont un symbole de métissage, ils témoignent d'une double culture? explique-t-il.
La clientèle : ?toutes les rencontres sont enrichissantes?
La clientèle est constituée en majorité d'étrangers, notamment des Français car Ya?ar et Ebubekir parlent couramment cette langue. Il y a aussi beaucoup d'Américain, Australiens, des visiteurs d'Amérique du Sud et des pays scandinaves. Ils vendent aussi à des expatriés. Certains clients ?sont devenus des amis, presque de la famille? précise Ebubekir.
?Il n'y a pas de vente facile? explique Ya?ar Aksoy. ?Par le passé, le tapis était un élément essentiel à la vie de ceux qui le concevaient. Il était multifonction, servant par exemple de sac à grain, sacoches et même à isoler la maison de l'humidité. Aujourd'hui ce n'est plus un besoin vital. Les touristes préfèrent voyager, ils ont moins d'argent et sont devenus pragmatiques. Mais malgré tout, il reste des amoureux, des gens sensibles au traditionnel? estime-t-il. Il explique qu'il y a eu une évolution dans les relations avec la clientèle. Il y a quelques années, il était normal de manger avec les visiteurs, mais aujourd'hui cela s'est perdu. ?Les gens ne comprennent pas que l'on puisse offrir le repas sans les forcer par la suite à acheter. On offre encore parfois le thé mais c'est rare, pourtant le thé c'est un peu comme le verre de l'amitié en Turquie? confie Ya?ar.
Il n'y a pas de journée type. Plusieurs ventes certains jours, aucune vente d'autres jours. ?Nous ne restons pas pour autant les bras croisés car il faut s'occuper d'amener les tapis au lavage, répondre aux courriels des clients, gérer les stocks,? explique Ya?ar Aksoy.
Touriste cherchant un kilim (photo MS)
Le commerçant livre avec plaisir quelques anecdotes sur ses clients. Il se souvient, le sourire aux lèvres, qu'un jour il a accosté Pierre Arditi (comédien français) dans le Bazar et l'a invité dans son magasin. ?Je ne savais pas qui il était jusqu'à ce qu'il me demande si je l'avais reconnu. Après avoir piqué un fou rire, il m'a acheté trois kilims et m'a laissé son adresse ! Le mot qu'il a laissé dans mon livre d'Or est un vrai cadeau.?

Tapis de 7 mètres de long (photo MS)
Quelle place pour la négociation ?
Il y a beaucoup de concurrence autour de Sultanahmet : peu d'acheteurs pour beaucoup de vendeurs. Mais dans sa boutique, assure Ya?ar Aksoy, les prix se fixent en fonction de la qualité du tapis et non des prix des concurrents. ?D'ailleurs si vous entrez dans la boutique, et demandez le prix, vous noterez qu'ils sont déjà inscrits à l'arrière du tapis?, montre-t-il. On trouve ainsi des pièces à des tarifs très divers (de quelques centaines de livres turques à plusieurs milliers). Le choix des matériaux utilisés, la quantité de travail nécessaire à la réalisation du tapis, la taille ou encore l'harmonie des couleurs font bien sûr varier le prix d'un tapis. Selon Ebubekir, pour s'acheter un tapis, ?il faut soit être connaisseur, soit faire confiance !?.
Ebubekir insiste sur le fait qu'il n'aime pas perdre de temps sur la négociation. Malgré tout, il effectue une remise symbolique de 10% environ. Ebubekir préfère parler de l'histoire des tapis en précisant aux clients potentiels : ?il faut que le tapis vous parle, c'est un objet d'art?. Les clients achètent parfois au bout de quelques dizaines de minutes, mais parfois restent plusieurs heures. Le vendeur estime donc qu'il ?faut être très patient et passionné pour exercer ce métier?.
Marion Sagnard (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 3 octobre 2014































