CHRONİQUES D’UNE FRANÇAİSE À MARDİN – Un après-midi au hammam…

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 25/04/2013 à 22:03 | Mis à jour le 14/02/2019 à 10:18
hammam turquie Mardin

A Mardin, on peut choisir d'aller se faire masser dans le hammam cinq étoiles de l'un des hôtels de la nouvelle ville, ou bien on peut préférer faire un tour dans l'histoire et transpirer dans les vapeurs du hammam Émir situé le long de la grand rue, juste à coté de l'entrée principale du bazar. Pour les femmes, le hammam est ouvert tous les jours de 12h30 à 17h00, et pour les hommes de 9h00 à 12h00 et de 18h00 à 22h00.

Pour vous rendre au hammam Emir, munissez-vous d'un gros savon, d'un gant, d'un peu de tout ou bien de rien et osez passer la porte en bois. Un long couloir vouté semble alors descendre vers le centre de l'univers, et la chaleur moite qui se dégage de la porte suivante semble confirmer cette hypothèse.

Je n'oublierai jamais ma première impression, étrangère à tout ce décor et à cette culture, lorsque j'entrouvris cette porte pour la première fois, me retrouvant soudain au milieu des vestiaires, grande pièce octogonale, pleine de femmes à demi-nues riant et conversant, les joues et le corps rougis par la chaleur. Prise soudain d'une pudeur typiquement européenne, je n'ose plus regarder ni à droite, ni à gauche ces femmes et enfants plus amusés que gênés de ma présence. Au fond de cette grande pièce, deux femmes sont assises derrière une vieille caisse enregistreuse, la belle-mère et la fille tricotent le temps qui passe pendant que les femmes du quartier viennent prendre un bol de totale liberté. La plus jeune des deux femmes me remet une tasse en cuivre et une paire de claquettes oranges, les ?terlik?.

 

Tandis que les femmes présentes se déshabillent sans aucune gêne, je m'acharne à vouloir me cacher derrière ma serviette mise en paréo, qui finit par tomber, évidement ! Les deux femmes a cotés de moi, hilares, m'expliquent à l'aide de quelques gestes que je peux être tranquille, nous sommes entre nous, entre femmes... D'accord, je respire un grand coup, vêtue tout de même de mon bon vieux maillot de bain et m'élance vers la deuxième salle. Poussant la porte, je me retrouve submergée par une vague de chaleur intense. Il me faut un temps avant d'habituer mes yeux, ma gorge, mon corps et pouvoir enfin constater l'originalité du lieu.

Le hammam est vraiment magnifique, recouvert de marbre blanc du sol au plafond, son coeur est occupé par le ?ta?l?k?, grande pierre hexagonale, où les femmes allongées se font masser rudement. Autour de cette dernière sont disposées de petites loges où l'eau coule à flot dans de larges vasques en marbre.

Certaines femmes se sont enduites d'onguents et de potions à base de thé. Me voila donc dans l'envers du décor, ici on mange, on rit, on fume, on parle bruyamment, on se montre et l'on repère? Ici les femmes se laissent vivre gaiement, sans carcan, ni voile, ni pardessus. Mais cette apparente liberté possède aussi de nombreux codes, car si le hammam est l'occasion de se détendre, c'est aussi le moment ou les mères du vieux Mardin, désireuses de marier leur fils, repèrent les jeunes candidates potentielles qui se dévoilent ingénieusement. Ce qui pourrait être de simples conversations se transforme vite en questionnaires en bonne et due forme. Oui, au hammam, les ragots circulent et s'échangent, et les femmes organisent ici un bout de leur monde où elles se retrouvent sans complexes.

Voilà, être une femme ici n'a rien de simple mais Mardin me réserve de nombreuses surprises, j'en apprends chaque jour, et malgré l'apparente rigueur, les femmes ont su avec le temps s'organiser des espaces de vie, où la solidarité est de mise dans ce monde d'hommes. Le hammam est l'un de ces lieux, où la vie s'organise autrement, entre femmes, dans un bonheur évident, loin des codes de l'Occident...

Myrtille Jacquet Duyan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 25 avril 2013

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