

Depuis décembre dernier, Marion Lanceau et Brice Dufour parcourent les eaux de la Méditerranée sur leur voilier Landéan, dans le cadre d'un projet baptisé "Capoupakap". Ils partent à la rencontre de cette Méditerranée à la fois une et plurielle et en dessinent un portrait intime, au travers de ses habitants. Au fil de leur voyage, ils entretiennent une correspondance avec des écoliers et des enfants hospitalisés. Toutes les deux semaines, chaque vendredi, ils nous font parvenir une page de leur carnet de bord, illustrée d'une belle aquarelle de Marion
Et soudain ce fut l'Orient, sublime, étouffant, grandiose, coloré, excessif et merveilleux.
Ce fut le soleil qui domine comme un maître et prend possession des corps, de la terre, de la lumière, ce fut le grand renouveau de l'été qui palpite au milieu d'une brume blanche de chaleur.
Et soudain, ce fut Istanbul qui darde ces rayons urbains vers le ciel plombé et immense. Istanbul est une fournaise à ciel ouvert, on s'y colle et on s'y perd.
De Taksim à Sultanahmet, de Galata à la partie asiatique d'Istanbul, la ville est irriguée d'un flot continu d'humains, de cultures et d'eau. Elle est un croisement, un immense carrefour ou se démultiplient en puissance les senteurs, les goûts, les sons. Le Grand Bazar, les bazars et les ruelles adjacentes retranscrivent à merveille ces pluralités humaines.
Toutes les religions sont là, elles déambulent depuis la plus grande discrétion à la plus affirmée des positions, elles paradent sur les bords des quais et ce grand désordre spirituel se lie dans la plus grande indifférence.
Ce qui frappe, c'est surtout la multitude de la foule, compacte, immense et flamboyante de couleurs. Après ces longues journées séchées de la mer et du vent, après ces grands espaces vides de la Grèce et de Marmara, le monde surprend, oppresse quelque peu et l'espace vert et immense du parc de Topkap? soulage comme une grande respiration.
La fraîche grandeur des mosquées n'amoindrit pas la puissance de la lumière extérieure, elle vous traque partout et on cherche l'ombre encore brûlante sur les terrasses des cafés ou l'on boit des thés à longueur d'après-midi, regardant passer les remous du Bosphore avec une sorte d'hébétude qui frôle la somnolence.
Puis la ville allait finir par nous absorber tout entier, elle nous attirait comme des insectes autour de la lumière, on s'y engouffrait, l'arpentait jusqu'à user nos semelles... Nous sommes repartis, nos deux petites s?urs à bord, à la découverte de cette Turquie nouvelle et surprenante.
Les petits ports de pêche accueillants se succèdent, nous retraversons Marmara, dans le bon sens, avec un courant portant et arrivons de nouveau à Çanakkale, entrée des Dardanelles.
Bientôt, nous retrouvons la belle Bleue, en robe de vent au portant, toujours au portant désormais, à la découverte de ce pays dont Douceur est synonyme !
Marion, Brice et Landéan (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 21 septembre 2012
A noter: Retrouvez ici notre interview des auteurs du projet Capoupakap et de cette chronique. Visitez aussi leur site, http://capoupakap.blogspot.com



























