

Le nouveau musée archéologique de Hatay est en proie depuis quelques jours à une polémique concernant les travaux de restauration de certaines de ses mosaïques. Alors que ce deuxième plus grand musée de mosaïques au monde a été inauguré en décembre 2014, plusieurs articles de presse affirment que des œuvres auraient été endommagées au cours des travaux de restauration consécutifs au déménagement, quand d’autres démentent ces allégations. Qu’en est-il ?
Renommée depuis toujours pour sa richesse et sa diversité, Hatay, ville du Sud-Est de la Turquie, fera dire au célèbre historien Ammianus Marcellinus, au IVème siècle, “qu’aucune ville dans le monde ne pouvait concurrencer Hatay du point de vue de la richesse de ses terres ou de celle de son commerce”. Très convoitée, elle occupa une place centrale dans l’Empire romain d’Orient. Lorsque les premières fouilles furent entreprises en 1932, elles portèrent au jour l’ampleur des richesses qui y avaient été enfouies par les civilisations successives. Afin d’éviter que les mosaïques découvertes, dont la plupart datent de l’époque romaine, ne soient toutes entreposées dans des musées à l’étranger, un premier musée fut construit à Antakya en 1939. Mais ne possédant la place nécessaire pour exposer les 35.000 œuvres historiques existantes, un nouveau musée, le Hatay Arkeoloji Müzesi, fut construit dès 2011. Sur une surface de 53.500 m2, il expose aujourd’hui pas moins de 17.000 œuvres et est renommé pour la richesse inégalable de sa collection. Or, depuis quelques jours, de curieuses rumeurs circulent à son sujet…

“Avant-après” publié par la presse turque cette semaine
Tout commence lorsque la presse nationale relaie, ce lundi 4 mai, les déclarations d’un spécialiste local des mosaïques, Mehmet Daşkapan, faites au journal local d’Antakya en février. D’après lui, certaines œuvres auraient subi une mauvaise restauration depuis leur déplacement dans le nouveau musée : leur aspect et leur couleur se trouveraient profondément modifiés, altérés, abîmés.
Les mosaïques ne pouvant être emmenées dans le nouveau musée en un seul morceau, elles ont d’abord fractionnées avant d’être reconstituées par des professionnels. Et c’est précisément au moment de cette “reconstitution” que Mehmet Daşkapan décèle l’apparition d’erreurs: “Ils ont transformé ces mosaïques représentant les temps somptueux de l’Empire romain en pures caricatures, à tel point que certaines sont très éloignées de la version originale et ont perdu beaucoup de leur valeur” affirme-t-il. Ces déclarations, reprises lundi par la revue turque d’archéologie Arkeofili, vont peu à peu se diffuser dans la presse nationale et susciter réactions et émoi. Déjà, certains médias parlent de mosaïques ayant subi “un traitement au botox”.
L’entreprise accusée dément
Mise en accusation, l’entreprise en charge de la restauration réagit immédiatement. Elle souligne que les travaux ne sont pas encore achevés et assure que les photos publiées – représentant les mosaïques altérées – ne sont que des photos-montages. Dans une interview au quotidien Radikal, l’entreprise explique aussi que les mosaïques ont été restaurées par des experts français dans les années 1930. Or, les pratiques de restauration différaient à l’époque de celles appliquées aujourd’hui, puisqu’on recourrait par exemple – selon cette entreprise – à l’ajout de pierres peintes pour les pièces manquantes, et au vernissage des œuvres. Ces procédés ayant été abolis dans les années 1980, les mosaïques romaines récemment restaurées peuvent sembler plus pâles et comporter des pièces manquantes. Mais d’après ces spécialistes, elles n’en seraient que plus fidèles à la version originale.
Première réaction des autorités : des “erreurs” commises
Assurant avoir lui-même constaté des “erreurs” dans l’assemblage des mosaïques depuis leur déménagement au Musée Archéologique, le préfet de Hatay affirme en avoir informé en mars le ministère du Tourisme et de la Culture, qui lance immédiatement une enquête visant à révéler d’éventuelles négligences dans le travail de restauration, indique le quotidien Radikal. Le ministère du Tourisme met alors sur pied une commission pour procéder aux examens nécessaires.
“L’important est que ces œuvres soient “reconstituées” en adéquation avec la réalité, dans ce nouveau musée. L’entreprise menant ce projet est une entreprise très compétente qui a, par le passé, réalisé les restaurations au Musée Zeugma de Gaziantep. Cependant, nous avons constaté ici qu’après le “montage”, certaines erreurs avaient été commises et nous avons interrompu les travaux (…) à partir du 31 mars. Dorénavant, nous cherchons en priorité à rectifier ces erreurs”, explique à la presse le préfet Ercan Topaca. En attendant les conclusions de cette commission d’experts, la partie du musée où sont exposées les mosaïques en question est fermée au public, précise alors le journal Radikal.
“Les mosaïques n’ont subi aucune destruction”
C’est finalement le 6 mai 2015 qu’intervient le “dernier mot” de l’histoire: dans une déclaration écrite du ministère du Tourisme et de la Culture citée par l’agence semi-officielle Anadolu, la commission d’experts formée le 16 février explique qu’en retirant la couche de vernis pour la restauration, le teint jaunâtre des mosaïques d'origine a disparu. La commission ajoute “que c’est pour cette raison qu’on peut observer une différence de couleur entre les anciennes et les nouvelles photographies. C’est seulement lorsque la restauration sera terminée que la mosaïque retrouvera sa couleur originale. Il a été confirmé que les mosaïques n’ont subi aucune destruction, qu’elles continuent à être conservées, que les photographies publiées étaient des clichés réalisés au cours de la première étape de la conservation, utilisés à mauvais escient par des personnes ayant de mauvaises intentions.”
Haluk Dursun, secrétaire au ministère du Tourisme et de la Culture, apporte également des précisions sur l’affaire : “Il a été dit au correspondant du journal Hürriyet qui avait contacté notre ministère avant que ne soit terminé le rapport d’étude que l’analyse technique se poursuivait et que l’explication serait fournie une fois l’examen terminé. Malgré cela, un article portant le titre “des mosaïques botoxées” et ne reposant sur aucun fondement scientifique a été publié. […] De la même façon, cette mauvaise foi s’est poursuivie avec l’annonce de la fermeture du musée alors qu’il n’a absolument pas été fermé au public.”
Les mosaïques du nouveau musée Archéologique de Hatay n’auraient donc subi aucune détérioration et attendraient la fin de leur restauration pour retrouver leur teint original.
Marion Truffinet (www.lepetitjournal.com/Istanbul) vendredi 7 mai 2015































