Édition internationale

VIH/SIDA – L’épidémie progresse en Turquie

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida. Dans son rapport pour l'année 2010, l'Onusida révélait que le nombre de personnes infectées par le VIH dans le monde avait diminué de près de 20% depuis 1999. En Turquie pourtant, l'épidémie gagne du terrain. La prévention, notamment auprès des jeunes, laisse encore à désirer et la plupart des séropositifs vivent dans la crainte des discriminations

 

En 2005, à 26 ans, Yasin apprend qu'il est séropositif, sans savoir ce que cela veut dire. Sa première réaction, qu'il livre en toute sincérité, en dit long sur ses connaissances de l'époque :
?J'ai pensé : ?Mais je ne suis jamais allé en Afrique !' Je voyais le VIH comme un problème lointain, inexistant en Turquie. Et même s'il existait, quel rapport avec moi ??, se souvient-il.
Avec la même franchise, Yasin poursuit : ?Je me disais, entre guillemets, que j'étais quelqu'un de ?normal'. Au pire, je voyais à la télé une vingtaine de prostituées ukrainiennes arrêtées par la police et porteuses du virus mais encore une fois, je n'avais rien à voir avec ces prostituées ou avec l'Ukraine. C'est ce que je me disais? En réalité, le virus était très proche.?

  • Le ruban rouge, symbole de la solidarité avec les victimes du VIH/sida, que l'on accroche à ses vêtements en ce 1er décembre.

Mythes et désinformation
Les premiers temps, Yasin n'en parle à personne. Il passe des jours et des nuits à se demander, dit-il, ?ce qu'il a fait de mal?. Puis, il pousse la porte d'une jeune association, Vie positive (Pozitif Ya?am). Fondée en 2005, elle est la première et reste la seule de Turquie à soutenir les séropositifs et malades du sida. Sa deuxième mission, la plus difficile, est d'informer la société et de briser les mythes.
?Vous entendrez par exemple que les anchois de la mer Noire protègent du VIH ou encore qu'après une relation à risques, deux bières neutralisent le virus?, raconte Çi?dem ?im?ek, sa porte-parole. ?Vous entendrez aussi que le VIH touche uniquement les marginaux alors qu'en fait, notre association accueille aussi bien des femmes voilées que des transsexuels, des imams, des profs, des bouchers? Le VIH en Turquie, comme partout ailleurs, concerne et affecte tout le monde.?

En Turquie, l'épidémie gagne du terrain
Les premiers cas de VIH en Turquie remontent à 1985. En décembre 2010, le ministère de la santé en dénombrait 4.525. Dans 57% des cas, la transmission a lieu lors de relations hétérosexuelles. Mais il ne s'agit là que des cas dépistés.

"Le dépistage précoce sauve la vie. Le savoir, non la peur, te maintiendra en vie": slogan en Turquie de cette journée de lutte contre le VIH/sida.

?Nous estimons que 6.250 personnes vivent avec le virus en Turquie?, précise Ela Aktürko?lu, directrice du programme de l'Onusida dans le pays. Ce nombre peut sembler faible au regard de sa population (74 millions d'habitants) mais l'Onusida observe depuis cinq ans une nette augmentation des infections en Turquie.
?En 2010, 627 nouvelles personnes ont été infectées. De plus, alors que 70% des séropositifs sont des hommes, c'est chez les femmes, notamment chez les jeunes femmes, qu'on note la plus forte augmentation?, note Ela Aktürko?lu. Selon elle, ?les séropositifs de Turquie sont très souvent victimes de discriminations car la société est loin d'être suffisamment informée sur le virus.?

Vivre dans le secret, par peur des discriminations
À cause de ces discriminations, rares sont les séropositifs qui osent parler à leur entourage. Yasin en sait quelque chose. ?Je n'ai aucun problème pour accéder aux traitements, la sécurité sociale rembourse tous mes médicaments. Ce qui est difficile à gérer psychologiquement, ce sont les regards, les jugements?, raconte-t-il.
?J'aimerais être un exemple, pouvoir dire aux gens ?Regardez ! Je suis séropositif et pourtant je travaille, j'étudie, je vis'. Mais ce serait prendre un risque vis-à-vis de mon patron, de mon propriétaire, de mon entourage. Si vous n'avez pas la force d'affronter les conséquences, il est très difficile d'en parler?, estime Yasin.
L'association Vie positive poursuit en justice des employeurs qui licencient un salarié atteint par le VIH, ou même des médecins qui refusent d'opérer un patient infecté. Elle fait du lobbying auprès des parlementaires pour qu'ils adoptent une loi de lutte contre le virus, qui protégerait les droits des personnes infectées et ceux des malades du sida.

Mot d'ordre de ce 1er décembre : le dépistage précoce
L'association voudrait aussi s'adresser plus directement aux jeunes, notamment dans les collèges et les lycées, où l'éducation sur l'épidémie et la sexualité est quasiment inexistante. ?La sexualité reste malheureusement un tabou en Turquie?, estime Çi?dem ?im?ek. ?Par exemple, nous ne pouvons toujours pas distribuer de préservatifs dans la plupart de nos manifestations car cela est considéré comme une incitation à passer à l'acte voire à la prostitution.?
Pourtant, poursuit-elle, ?des enquêtes du Fonds des Nations Unies pour la population montrent très clairement que plus vous informez les jeunes, plus leur vie sexuelle commence tard et plus leurs rapports sont protégés.?
Comme tous les ans depuis quatre ans, l'association Vie positive organise ce 1er décembre la journée mondiale de lutte contre le sida en Turquie. Dans le cortège à Beyo?lu (Istanbul), les pancartes insisteront, plus encore que les années précédentes, sur le dépistage précoce.

Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 1er décembre 2011

Info : Le défilé organisé, entre autres, par l'association Pozitif Ya?am (http://www.pozitifyasam.org) partira du lycée Galatasaray à 10h30.

Rappel : Le terme VIH désigne le Virus de l'Immunodéficience Humaine. Lorsqu'une personne est infectée par ce virus, celui-ci va détruire progressivement certaines cellules qui coordonnent l'immunité. Au fil du temps, ces cellules deviennent de moins en moins nombreuses et l'immunité est de moins en moins efficace. Des maladies de plus en plus graves peuvent alors se développer. Certaines maladies sont appelées "maladies opportunistes" parce qu'elles profitent de la diminution de l'immunité pour se développer. Lorsqu'une personne a une ou plusieurs maladies de ce type, on dit qu'elle a le sida (Syndrome d'Immuno Déficience Acquise).

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Publié le 1 décembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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