Édition internationale

TORTUES MARINES – Laissons-les pondre en paix

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 février 2018

 

La tortue Caouanne, ou Caretta caretta, est l’espèce la plus commune de Méditerranée. Parcourant de longues distances, elle a l’habitude de pondre sur les plages de Grèce, Turquie, Libye, Israël… Des zones dans lesquelles le développement du tourisme de masse constitue une réelle menace pour la survie de l’espèce, pourtant strictement protégée par l’annexe II de la Convention de Berne.

En Turquie, 17 zones ont été ciblées par la Convention de Berne, comme étant “à protéger”. Le Centre de recherches des tortues marines de l’université de Pamukkale (DEKAMER) a récemment tenté de découvrir les routes migratoires empruntées par les Caretta caretta, dans le but de définir ensuite des méthodes appropriées pour protéger et sauver l’espèce, rapporte le Hürriyet Daily News.

Photo costanavarino, Flickr, CC

Les chercheurs ont donc placé des émetteurs satellite sur les carapaces de sept tortues. Ils ont suivi l’itinéraire qu’elles empruntaient à partir de la plage de Dalyan (province de Muğla). On savait déjà que ces tortues parcouraient d’immenses distances entre leurs lieux de reproductions, d’alimentation et de nidification. Mais les résultats récoltés sont impressionnants. La tortue nommée “Tuğçe Barış” a parcouru 1.233 kilomètres au départ de Dalyan, en passant par Fethiye, la bande de Gaza et la Cisjordanie. Quant à celle appelée “Fethiye” : 1.233 km via Fethiye, Datça, l’île Ano Symi, et l’île de Kos, Bodrum et Didim. La grande gagnante de ce marathon scientifique, “Songül”, s’est promenée sur 7.853 km en passant par l’île de Rhodes, la Crète et la Tunisie.

Description et menaces
La Caouanne doit son nom anglais, Loggerhead, à la grosseur de sa tête. C’est l’une des plus grosses tortues marines (de 9,4 grammes à la naissance à plus d’une centaine de kilos pour une longueur de 70 à 115 cm). Sa période de nidification s’étend sur trois mois, de fin mai à fin août, démarrant plus tôt en Turquie et à Chypre. Les femelles pondent approximativement trois à quatre fois, tous les deux ans.

Photo frankenschulz, Flickr, CC

Les tortues Caouanne ne pondent pas n’importe où. Elles reviennent souvent sur les plages où elles sont nées. Pour déposer leurs œufs (de la taille d’une balle de ping-pong), elles s’éloignent la nuit du rivage et creusent à presque un mètre de profondeur. Peureuses, elles rebroussent vite chemin si le lieu n’est pas calme. Conscientes des prédateurs naturels pouvant nuire à leur progéniture, elles ont l’habitude de camoufler leur nid, ou même de dérouter l’ennemi en creusant de faux nids sur la même plage. Puis elles s’en retournent dans les eaux. Une fois les œufs éclos, les bébés tortues sortent du sable et suivent la lumière de la lune pour trouver la direction de l’eau.

Pollution, changements climatiques, pêche et braconnage, constituent autant de menaces causées par l’homme qui viennent s’ajouter aux prédateurs naturels. L’espèce en voie de disparition doit se confronter aux conséquences du tourisme de masse et ne peut plus pondre en paix. Si les nombreuses constructions édifiées sur leurs plages de prédilection ne parviennent parfois pas à les décourager, les lumières et les bruits qui en émanent trompent les nouveau-nés. Croyant reconnaître la lueur de la lune, ils partent dans la mauvaise direction et se font écraser par les hommes ou dévorer par les autres animaux terrestres.

Les cas de Çiralı et Dalyan
L’urbanisation est la plus grande menace pour l’espèce en Turquie. Parmi les 17 sites turcs à protéger, on dénombre les plages de Fethiye, Anamur, Patara, Belek, et Dalaman. Organiser des campagnes de sensibilisation auprès des locaux et des touristes, interdire de dessabler, de construire trop près du rivage, d’ouvrir des restaurants, bars et clubs sur ces plages, les lumières artificielles et les bruits font  partie des consignes du Conseil de l’Europe.

Depuis 1994, la plage de Çiralı (photo WWF Turquie) est une zone protégée. Elle constitue désormais un modèle de réussite en la matière selon WWF. Accolée à la célèbre plage d’Olympos, elle est devenue “un modèle de tourisme durable, grâce à la participation active de la communauté locale de conservation et grâce aux avantages économiques procurés par l’environnement”. L’agriculture biologique a pris la place de celle, traditionnelle, qui polluait le sol et l’approvisionnement en eau. La communauté locale a créé une marque afin de commercialiser les produits de Çiralı. Le WWF a aussi formé des guides, et identifié des sentiers de randonnée. Enfin, “les activités éducatives pour les touristes, la promotion de meilleures pratiques de gestion des aires de nidification de la tortue marine et un contrôle continu des plages ont permis de réduire les menaces pour les tortues et le nombre de nids augmente chaque année.”

On peut aussi citerle site de Dalyan. Prisé des tortues caouannes pour pondre, il est aussi très convoité par les promoteurs immobiliers. Il aura fallu le panache de David Bellamy, un militant écologiste anglais. A la fin des années 80, il monte une campagne musclée afin d’empêcher la construction d’un hôtel. Depuis, le site est protégé. Une bande de sable est surveillée en permanence durant la pondaison et la plage interdite d'accès entre 18 h et 9 h. Et la Caretta caretta est même devenue l’emblème de la ville.

Fanny Fontan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 11 février 2013

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 11 février 2013, mis à jour le 9 février 2018
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