

La tortue Caouanne, ou Caretta caretta, est l’espèce la plus commune de Méditerranée. Parcourant de longues distances, elle a l’habitude de pondre sur les plages de Grèce, Turquie, Libye, Israël… Des zones dans lesquelles le développement du tourisme de masse constitue une réelle menace pour la survie de l’espèce, pourtant strictement protégée par l’annexe II de la Convention de Berne.

Photo costanavarino, Flickr, CC
Les chercheurs ont donc placé des émetteurs satellite sur les carapaces de sept tortues. Ils ont suivi l’itinéraire qu’elles empruntaient à partir de la plage de Dalyan (province de Muğla). On savait déjà que ces tortues parcouraient d’immenses distances entre leurs lieux de reproductions, d’alimentation et de nidification. Mais les résultats récoltés sont impressionnants. La tortue nommée “Tuğçe Barış” a parcouru 1.233 kilomètres au départ de Dalyan, en passant par Fethiye, la bande de Gaza et la Cisjordanie. Quant à celle appelée “Fethiye” : 1.233 km via Fethiye, Datça, l’île Ano Symi, et l’île de Kos, Bodrum et Didim. La grande gagnante de ce marathon scientifique, “Songül”, s’est promenée sur 7.853 km en passant par l’île de Rhodes, la Crète et la Tunisie.
Description et menaces
La Caouanne doit son nom anglais, Loggerhead, à la grosseur de sa tête. C’est l’une des plus grosses tortues marines (de 9,4 grammes à la naissance à plus d’une centaine de kilos pour une longueur de 70 à 115 cm). Sa période de nidification s’étend sur trois mois, de fin mai à fin août, démarrant plus tôt en Turquie et à Chypre. Les femelles pondent approximativement trois à quatre fois, tous les deux ans.

Les tortues Caouanne ne pondent pas n’importe où. Elles reviennent souvent sur les plages où elles sont nées. Pour déposer leurs œufs (de la taille d’une balle de ping-pong), elles s’éloignent la nuit du rivage et creusent à presque un mètre de profondeur. Peureuses, elles rebroussent vite chemin si le lieu n’est pas calme. Conscientes des prédateurs naturels pouvant nuire à leur progéniture, elles ont l’habitude de camoufler leur nid, ou même de dérouter l’ennemi en creusant de faux nids sur la même plage. Puis elles s’en retournent dans les eaux. Une fois les œufs éclos, les bébés tortues sortent du sable et suivent la lumière de la lune pour trouver la direction de l’eau.
Pollution, changements climatiques, pêche et braconnage, constituent autant de menaces causées par l’homme qui viennent s’ajouter aux prédateurs naturels. L’espèce en voie de disparition doit se confronter aux conséquences du tourisme de masse et ne peut plus pondre en paix. Si les nombreuses constructions édifiées sur leurs plages de prédilection ne parviennent parfois pas à les décourager, les lumières et les bruits qui en émanent trompent les nouveau-nés. Croyant reconnaître la lueur de la lune, ils partent dans la mauvaise direction et se font écraser par les hommes ou dévorer par les autres animaux terrestres.
Les cas de Çiralı et Dalyan
L’urbanisation est la plus grande menace pour l’espèce en Turquie. Parmi les 17 sites turcs à protéger, on dénombre les plages de Fethiye, Anamur, Patara, Belek, et Dalaman. Organiser des campagnes de sensibilisation auprès des locaux et des touristes, interdire de dessabler, de construire trop près du rivage, d’ouvrir des restaurants, bars et clubs sur ces plages, les lumières artificielles et les bruits font partie des consignes du Conseil de l’Europe.

On peut aussi citerle site de Dalyan. Prisé des tortues caouannes pour pondre, il est aussi très convoité par les promoteurs immobiliers. Il aura fallu le panache de David Bellamy, un militant écologiste anglais. A la fin des années 80, il monte une campagne musclée afin d’empêcher la construction d’un hôtel. Depuis, le site est protégé. Une bande de sable est surveillée en permanence durant la pondaison et la plage interdite d'accès entre 18 h et 9 h. Et la Caretta caretta est même devenue l’emblème de la ville.
Fanny Fontan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 11 février 2013



























