Édition internationale

TAHİR ELÇİ – Un célèbre avocat assassiné à Diyarbakır

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Le bâtonnier de l’ordre des avocats de Diyarbakır, Tahir Elçi, a été tué par balle samedi. Ses obsèques ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dimanche

C’est un médiateur respecté qui meurt avec Tahir Elçi (photo Twitter), le bâtonnier de Diyarbakır. Un avocat engagé, un défenseur des droits de l’Homme, une figure très connue et appréciée en Turquie, notamment dans le sud-est à majorité kurde, où il était né et qu’il n’avait jamais quitté.

Un homme de dialogue, dont la voix portait autant jusqu’à la capitale Ankara, centre du pouvoir politique, que dans les monts Kandil, en Irak, où se cachent les chefs du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK. Le barreau de Diyarbakır a immédiatement dénoncé samedi un “attentat” visant son président, alors que l’enquête s’annonce difficile.

Tahir Elçi a été mortellement touché à la tête alors qu'il faisait une déclaration à la presse devant le “minaret aux quatre pieds” (Dört Ayaklı Minare), monument historique de la vieille ville de Diyarbakır endommagé ces derniers mois par des affrontements réguliers entre la police et des sympathisants du PKK.

“Deux hypothèses”

Les circonstances de son décès restaient incertaines dimanche. Une vidéo de surveillance montre deux hommes armés ouvrant le feu sur des policiers qui venaient d’arrêter leur taxi. Un policier a été tué sur place, un second est décédé dans la soirée de samedi des suites de ses blessures. Après cette fusillade très brève, la vidéo montre les deux assaillants prenant la fuite en direction du monument où venait de se tenir la conférence de presse de Tahir Elçi. Des images tournées par les nombreux journalistes sur place témoignent d’un échange nourri, policiers en civil ripostant aux coups de feu dans la plus grande confusion. Selon le rapport préliminaire d'autopsie, l’avocat aurait été touché d'une balle “tirée de loin”.

Samedi, le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a avancé deux hypothèses : celle d’un assassinat politique – thèse défendue par les proches de Tahir Elçi – et celle d’une balle perdue lors de l’échange de feu entre la police et les assaillants, toujours recherchés selon un communiqué du ministère de l’Intérieur samedi soir. “Le crime ne restera pas impuni”, a promis le chef du gouvernement.

Depuis que la guerre a repris, cet été, entre l’armée turque et le PKK, Tahir Elçi n’avait cessé d’appeler les deux parties à baisser les armes et à se retrouver à la table des négociations. Il n’avait pas été entendu. Tout en exprimant sa “tristesse” après la mort du bâtonnier et de deux policiers, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a ainsi estimé que ce drame prouvait “à quel point notre détermination contre le terrorisme est justifiée. Nous irons jusqu’au bout, nous ne reculerons pas”.

Menacé de mort et de prison

L’attaque a éclaté à Sur, dans le centre historique de Diyarbakır, un quartier endeuillé depuis cet été par des affrontements réguliers entre la police et le YDG-H, une branche de jeunesse urbaine du PKK. La préfecture de Diyarbakır a décrété un couvre-feu dans le quartier samedi. Le procureur chargé de l’enquête a tenté à deux reprises de se rendre sur les lieux. Il a dû rebrousser chemin, en raison d’affrontements violents.

Avocat connu et engagé de la cause kurde, Tahir Elçi faisait l'objet de poursuites judiciaires et de nombreuses menaces de mort pour avoir affirmé mi-octobre, sur la chaîne CNN Türk, que le PKK "n'est pas une organisation terroriste (...) même si certaines de ses actions sont de caractère terroriste". Le parquet avait requis contre lui une peine d'un an et demi à sept ans et demi de prison.

Près de 100.000 personnes ont assisté, dimanche, à ses obsèques à Diyarbakır. Tahir Elçi était marié et père de deux enfants. Juste avant de mourir, il avait conclu sa déclaration par ces mots: "Nous ne voulons pas de combats, d'armes à feu, d'opérations dans ce lieu historique."

Istanbul (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 30 novembre 2015 

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 29 novembre 2015, mis à jour le 8 février 2018
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