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MUSULMANES ET FASHIONISTAS – Comment elles allient mode occidentale et hijab

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 28 avril 2014

Les blogs de mode destinés aux femmes voilées se multiplient en Turquie, tout comme les groupes revendiquant à travers leur style vestimentaire l'appartenance à une double tradition musulmane et occidentale. Ces femmes mettent en avant l'alliance entre le hijab et la mode telle qu'elle est conçue en Occident. Deux phénomènes pas forcément inconciliables selon nos témoins.

Mipster. Mariage entre "muslim" et "hipster", un courant alternatif de la mode né dans les années 1940 et qui s'est imposé ces dernières années. Le phénomène Mipster est né aux Etats-Unis en décembre 2012, d'une vidéo qui a fait le tour d'Internet. On y voit des jeunes filles voilées, mannequins ou anonymes, déambuler dans les rues de New York, arborant toutes un style vestimentaire très étudié. Le hijab devient comme un accessoire de mode que l'on assortit à sa guise. Les "mipsters" revendiquent une double culture : celle de l'islam, auquel ils croient et qu'ils pratiquent, et la culture occidentale à laquelle ils appartiennent. Un thème en vogue dans le milieu de la mode, exploité sur internet et par les agences de mannequins.

Quelle place pour la mode quand on porte le hijab ?

"Je ne suis pas le diktat de la minijupe ou des petits hauts car ce n'est pas la manière dont ma religion veut que je m'habille", explique Bengisu, 24 ans (photo de gauche). "Mais je m'arrange, je peux m'habiller comme j'aime, d'une manière que même mes amies non musulmanes apprécient."

Si elles revendiquent une certaine liberté, tout n'est effectivement pas possible selon ces jeunes femmes. La mode est internationale, et ne se préoccupe pas de religion. "On peut voir des femmes portant le hijab, mais également des jeans serrés et des hauts moulants. Ce n'est pas comme ça que nous sommes supposées nous habiller", défend Bengisu.

Ces musulmanes s'approprient la mode occidentale et jouent avec ses codes. "La mondialisation affecte ma manière de porter le hijab parce que nous choisissons aussi nos vêtements en fonction de la tendance", raconte Merve, 22 ans. "J'ajuste mon style aux règles de ma religion."

"La mode est aussi quelque chose que l'on crée pour soi, en tenant compte de la tendance", ajoute Merve. La jeune fille explique porter des jeans sous ses robes Mango, et échanger des habits avec des amies qui ne portent pas le hijab. "Une synthèse entre ce que je dois porter et ce que je veux porter", résume-t-elle.

Un état d'esprit critiqué

"Ici, les filles qui portent le hijab sont taxées d'anti-modernisme, et celles qui portent le hijab et suivent la mode sont aussi critiquées", déplore Merve.

Un phénomène qu'a également constaté Hülya Aslan, rédactrice en chef du magazine de mode basé à Istanbul, Âlâ (photo de droite), à destination des femmes voilées. Dans une interview accordée au Today's Zaman, elle dépeint les critiques adressées au magazine, accusé notamment de contredire les valeurs islamiques. "Il y a une différence entre la religion de l'islam et la culture dans laquelle [nos lectrices] vivent, et les gens oublient souvent de distinguer les deux", explique-t-elle.

Des critiques qui viendraient surtout de la communauté musulmane. "J'ai l'impression que les personnes qui sont peut tolérantes envers le port du hijab ne sont pas négatives envers moi", remarque Bengisu, qui n'a pourtant pas l'impression de faire de compromis.

"Je veux montrer que porter le hijab ne veut pas dire que je l'on ne se préoccupe pas de son apparence, ni que l'on ne peut pas être élégante", souligne Bengisu. "Il n'y a pas besoin de montrer son corps pour recevoir des compliments."

Sarah Baqué (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 28 avril 2014

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 27 avril 2014, mis à jour le 28 avril 2014
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