Édition internationale

MÉMOIRE – La Turquie présente des excuses pour le massacre de Dersim

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdo?an a présenté hier des excuses pour la répression sanglante menée contre les Kurdes de la province de Dersim entre 1936 et 1939. Formulées au nom de l'État, ces excuses sont une première dans l'histoire de la République

 

La Turquie vient de briser l'un des tabous de son passé. En s'excusant ?au nom de l'État?, en décrivant Dersim comme ?l'un des événements les plus tragiques et douloureux de notre histoire contemporaine?, Recep Tayyip Erdo?an a donné aux survivants et aux descendants des victimes l'espoir que la lumière soit faite sur cette période sombre.

Statue de Seyit Riza, leader de la révolte de 1937, à Tunceli/Dersim (Flickr, gecetreni, CC)
Citant un document officiel de l'époque, le premier ministre turc a évoqué un bilan de 13.806 tués au cours de bombardements aériens et terrestres, suivis d'exactions et d'exécutions sommaires dans la province de Dersim. Peuplée majoritairement de Kurdes de confession alévie, Dersim est aujourd'hui connue sous le nom de Tunceli.

Des décennies de silence
Les premières années de la République, fondée en 1923, sont marquées par une série de révoltes dans les régions kurdes du pays. La plus connue et la dernière d'entre elles à l'époque, celle de Dersim, éclate au printemps 1937 sous la conduite du chef de tribu Seyit R?za. La rébellion durera plusieurs mois, jusqu'à l'été 1938. Elle coûtera la vie à des milliers de personnes et forcera des dizaines de milliers d'autres à l'exode.
Après la répression, un strict contrôle militaire est instauré dans l'est du pays. La région tombe sous un état d'exception qui perdurera, sous des appellations et selon des modalités variables, jusqu'à la fin des années 1990.

Mais après plus de 70 ans de silence officiel, les victimes de Dersim ont enfin droit à des excuses. ?S'il est nécessaire que l'on s'excuse au nom de l'État (...), je m'excuserai et je m'excuse?, a déclaré le Premier ministre devant des membres de son parti à Ankara.

Calcul politique

Bien qu'elle reçoive de nombreuses louanges, la démarche du Premier ministre turc n'est pas dénuée de calcul politique. Recep Tayyip Erdo?an en a ainsi profité pour appeler le principal parti d'opposition (CHP ou Parti républicain du peuple) et son dirigeant, Kemal K?l?çdaro?lu (lui-même originaire de Tunceli), à assumer leurs responsabilités dans cet épisode tragique.

Le Premier ministre a ainsi souligné que le CHP, fondé par Mustafa Kemal Atatürk, gouvernait en tant que parti unique à l'époque des massacres. ?Ceux qui n'ont pas le courage de faire un travail de mémoire sur les pages sombres de leur histoire ne peuvent bâtir d'avenir?, a-t-il été jusqu'à déclarer.

Dans le même temps, le vice Premier ministre Bülent Ar?nç a proposé l'ouverture des archives et une commission d'enquête parlementaire sur les massacres de Dersim.  Un député du parti au pouvoir, Mehmet Metiner, a même suggéré de débaptiser l'aéroport international Sabiha Gökçen (Istanbul), du nom de la fille adoptive d'Atatürk, qui avait participé en tant que pilote aux bombardements de Dersim. Mehmet Metiner propose également, avec d'autres, de rendre à la ville de Tunceli son nom d'origine.

Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 24 novembre 2011

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 24 novembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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