

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) accuse le gouvernement turc de mener une “vaste offensive pour faire taire” les médias d’opposition en usant d’intimidation et de poursuites judiciaires. L’ONG basée à New York a recensé 76 journalistes dans les prisons du pays

Dans son rapport de 55 pages intitulé “La crise de la liberté de la presse en Turquie”, disponible en anglais et en turc, le CPJ pointe du doigt les lois anti-terroristes en vigueur et dénonce la “tendance du pouvoir à assimiler journalisme critique et terrorisme”. “Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan devrait arrêter ses attaques contre la presse et, au lieu de cela, assurer la justice aux journalistes tout en menant des réformes qui garantissent la liberté d’expression”, souligne Joel Simon, directeur de l’ONG.
Le gouvernement turc est régulièrement critiqué, dans le pays et à l’étranger, pour le traitement des journalistes dont les écrits “dérangent”. Dans son dernier rapport de suivi, la Commission européenne dénonçait “les restrictions imposées dans la pratique à la liberté des médias et le grand nombre de procédures judiciaires dont font l'objet des écrivains et des journalistes”, concluant à “une autocensure généralisée”.
Lettres de prison
Dans son rapport, le CPJ publie les lettres de journalistes emprisonnés et s’attarde sur certains noms, identifiés comme ayant payé de leur métier, de leur liberté ou de leur vie (Hrant Dink) leur opposition au gouvernement ou à l’Etat. L’ONG fournit aussi en annexe les réponses officielles à ses requêtes. Le ministre de la Justice, Sadullah Ergin, l'informe notamment que les procès sont sous la responsabilité “d’autorités judiciaires indépendantes et impartiales” et que “les activités journalistiques en elles-mêmes sont en dehors du champ d’intérêt des autorités qui enquêtent”.
Le rapport affirme que 30% des journalistes emprisonnés sont soupçonnés d’appartenir à des groupes politiques illégaux ou d’avoir participé à des complots contre le gouvernement. Les autres détenus seraient des journalistes kurdes emprisonnés au titre des lois anti-terroristes. Le CPJ dénonce la longueur des détentions provisoires (plus des trois quarts des cas étudiés) et la censure de certains sites internet d’information.
Dans ses recommandations finales, le CPJ demande au gouvernement “la libération de tous les journalistes détenus pour leurs activités de journalistes” et appelle le Premier ministre à cesser de poursuivre ou de “dénigrer publiquement” ceux d'entre eux qui le critiquent. Il exhorte la Turquie à accompagner ses “réussites économiques et politiques” et son statut de “puissance régionale et mondiale émergente” d’un respect pour la liberté d’expression et d’information.
Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 23 octobre 2012



























