

Murat Kadaifçio?lu, directeur général du groupe Accor en Turquie depuis 2001- premier opérateur hôtelier mondial & leader en Turquie - a un parcours hors-norme mais prédestiné. A la tête du groupe Accor et de 500 collaborateurs dans le pays, Murat Kadaifçio?lu dirige 12 hôtels Ibis et Novotel et devrait en ouvrir encore une trentaine d'ici une dizaine d'années. Accor et ses 4.200 hôtels est aussi le leader en Europe. Son objectif est de devenir rapidement le leader mondial dans cette catégorie d'hôtellerie destinée surtout aux hommes et femmes d'affaires (Novotel) en séminaires, groupes, conférences mais aussi aux familles, ainsi qu'aux individuels (Ibis)
Interview réalisée dans le cadre d'une collaboration www.lepetitjournal.com/Istanbul - Chambre de Commerce Française en Turquie née en octobre 2009. Tous les mois, un résumé de l'actualité et un portrait d'entreprise sont publiés dans les deux supports que sont www.lepetitjournal.com et la Lettre mensuelle de la CCFT, "Les Nouvelles de la Chambre".
Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pouvez-vous nous parler un peu de votre enfance et de vos études ?
Murat Kadaifçio?lu dans son bureau (photo MD) : La vie est faite de coïncidences, de "portes qui s'ouvrent" et si je suis là aujourd'hui, c'est grâce tout d'abord à ma maîtrise du français. Je suis d'Izmir. De 12 à 16 ans, j'ai fait mes études chez les Jésuites au Collège Saint-Joseph d'Izmir, poussé par mon oncle, chef de la famille et grand commerçant de la ville, qui voulait qu'un de ses neveux apprenne le français. Puis j'ai continué mes études au meilleur lycée de la ville, le lycée Atatürk, où nous avons pu poursuivre notre apprentissage du français en allant plusieurs heures par semaine suivre les cours au Centre culturel français. De ces années de collège et lycée, où régnaient l'ordre et la discipline surtout chez les Jésuites, j'ai appris le respect, respect des autres et de mon environnement, le goût du travail et de l'effort, un sens de l'adaptation et surtout j'ai découvert la compétition, grâce au basket-ball car nous faisions beaucoup de sport à Saint Joseph, et notre collège était toujours classé parmi les meilleurs de Turquie. Le cocktail gagnant d'après moi pour une jeune personne, c'est "études + sport", rien de tel pour donner cette envie de réussir et développer en soi une maturité précoce.
Décrivez-nous votre parcours professionnel ? Comment devient-on directeur général d'Accor Turquie ?
Après avoir étudié deux ans la gestion du tourisme à l'Université du tourisme d'Egée (aujourd'hui Université du 9 septembre), j'ai choisi de ne pas poursuivre mes études car les conditions pour étudier à la fac n'étaient pas bonnes. Entre temps, j'ai réussi à 18 ans le concours très sélectif de "guide touristique d'Etat" devenant ainsi le plus jeune guide d'Etat de la Turquie. Très tôt, j'ai ainsi parcouru la Turquie de long en large, découvert l'est du pays, en faisant le guide pour de très nombreuses agences de voyage françaises dont le Club Med de 1985 à 1993. J'avais la responsabilité de milliers de touristes pendant ces circuits à tout juste 20 ans. En 1993, Air France m'a proposé de devenir le directeur général d'une filiale de Jet tours en Turquie ; c'est ainsi que je suis devenu salarié d'une grande entreprise après avoir travaillé plus de 10 ans à mon compte. Pendant quatre ans, j'ai dirigé l'accueil des clients envoyés par l'agence, ainsi que les villages de vacances Eldorador, soit 30.000 personnes. La société Tamaris qui gérait ces villages de vacances (dont le groupe Accor détenait 50% des parts à l'époque) m'a nommé directeur des ventes hôtellerie du groupe en 1998, puis directeur d'un hôtel à Antalya en 1999 -l'Eldorador Club Palmariva (village de vacances de 1200 lits)- et en 2001, j'ai été nommé directeur pays pour le groupe Accor en Turquie (en plus de mes fonctions précédentes). A cette époque, le parc d'hôtellerie était le suivant : un hôtel à Ankara ainsi qu'à Istanbul, Izmir, Antalya, et deux hôtels à Bodrum.
Quelle est l'histoire du groupe Accor en Turquie ?
Accor existe depuis 1984 en Turquie, depuis l'achat de la grande société française Wagons Lit. En rachetant Wagons Lit, le groupe a hérité entre autres de tous les hôtels de la marque Etap&Pullmann dont les hôtels Marmara Taksim et Marmara Pera, mais nous avons dû nous séparer pour des raisons économiques de tous ces hôtels entre 2001 et 2005, et licencier malheureusement environ 1.500 personnes. En 2005, je me suis retrouvé avec un comptable à mi-temps pour représenter Accor sans plus aucun hôtel. A cette époque, j'ai essayé de faire venir les décideurs en Turquie pour investir, j'ai monté plus de 140 dossiers, mais la situation économique et politique n'inspirait pas confiance aux investisseurs. Jusqu'à l'arrivée de Mr Pellisson en Turquie, le fondateur du groupe Accor, avec son grand coup de main et ses interventions haut-placées, nous avons pu convaincre un investisseur, le groupe Akfen (qui gère les aéroports sous le nom TAV aujourd'hui) de construire 50 hôtels en Turquie. En 2007, nous avons construit notre premier hôtel ici à Istanbul dans le quartier de Zeytinburnu, le Novotel, le premier vrai produit d'Accor, ainsi que l'Ibis juste à côté. Aujourd'hui, 5 ans après, nous avons 10 hôtels - 6 Ibis et 4 Novotel dont le dernier, un Ibis vient d'ouvrir il y a 2 mois à Adana. Deux autres hôtels sont sur le point d'ouvrir ; un à Istanbul dans le quartier de Beylikdüzü, et un autre à Izmir. A Eskisehir, Adana, Izmir nos hôtels sont en plein centre, sauf à Istanbul car il n'y a plus de terrains dans le centre et les prix y sont exorbitants. Douze hôtels en cinq ans, c'est une énorme réussite pour mon équipe et pour le groupe Accor ici en Turquie. Personne, aucun autre groupe n'a réussi un tel pari. La Turquie n'a connu que les hôtels 5 étoiles, jusqu'à l'arrivée d'Accor. De nombreuses autres "marques" surtout anglo-saxonnes (Double Tree, Radisson Blue,?) sont venues s'implanter après nous sur ce créneau, mais nous sommes le leader des hôtels dits "économiques" en Turquie.
Quel est le rôle d'Accor dans le développement en Turquie de ces hôtels "économiques" ?
Accor est venu s'implanter en Turquie non pas pour les touristes mais pour les 70 millions de Turcs, dont de très nombreux entrepreneurs, petits et grands, qui se déplacent de plus en plus à travers le pays, développement économique oblige. C'est la clientèle que nous accueillons dans nos hôtels à travers toute la Turquie comme ceux de Kayseri, d'Eskisehir, de Gaziantep avec une qualité standard qui inspire confiance à nos clients. Hôtel "économique" ne veut pas dire que tout est limité, le client a le même confort que dans un 5 étoiles à certains niveaux ; services de qualité comme dans les hôtels 5 étoiles (internet, télévision), ce qui change, c'est la taille de la chambre, de la salle de bain par exemple, et le client ne paie que le service dont il va avoir besoin. Nos hôtels ne sont pas destinés à des séjours-loisir mais plus axés business. Avec sept millions de touristes, et une durée moyenne de séjour à Istanbul de 1,2 journée, le créneau que nous avons choisi est très bien rentabilisé. Ces prochaines années, pour grandir toujours plus et rester leader sur le marché, nous allons développer les franchises en Turquie. Un hôtel Mercure franchisé va ouvrir d'ici quelques mois à Istanbul, à Altunizade, et d'ici 2015, 25 hôtels en franchise vont ouvrir leurs portes en Turquie.
L'Europe n'est toujours pas sortie de la crise et ses effets se font désormais sentir en Turquie (croissance en 2012 revue à la baisse : 3,2% au lieu des 4% attendus). Avez-vous constaté un ralentissement des activités cette année et dans quelle mesure ?
C'est plutôt en 2011 que nous avons ressenti un ralentissement, et pourtant c'était notre meilleur résultat depuis le début. Cette année-là, les sociétés ont diminué leur nombre de séminaires, de réunions à l'étranger, il y a eu moins de groupes en déplacement, et les Novotel en ont un peu souffert, mais les Ibis, dont la cible est les "individuels" n'ont pas été touchés par cette crise. Les taux d'occupation en 2011 pour la ville d'Istanbul sont de : 78% (tous hôtels confondus), mais nos hôtels affichent des taux supérieurs, soit Ibis : 94% et Novotel : 91%. Pour la fin 2012, nos estimations sont très encourageantes, surtout dans les provinces, nos réservations sont en hausse, meilleures que celles qu'on espérait. A Istanbul, les taux d'occupation devraient atteindre 90 % pour Ibis, et 87% pour Novotel d'ici la fin de l'année.
Vous avez deux hôtels à Gaziantep, près de la frontière syrienne, et j'imagine qu'ils ont été durement touchés par la crise entre la Turquie et la Syrie, comme toute l'économie de la région. Qu'en est-il exactement ?
Nos affaires marchent mieux depuis qu'il y a la crise entre la Turquie et la Syrie. Nos hôtels ont eu du mal à démarrer à cause de la concurrence sur place d'hôtels appartenant à de riches familles dont les méthodes de gestion et de management sont très différentes de celles des grands groupes hôteliers. Mais une fois que nous avons su gagner la confiance des clients, ils nous sont devenus fidèles grâce aux standards de qualité que nous leur proposons et un service irréprochable. En 2011, à Gaziantep, notre taux d'occupation était de 51%, fin 2012 il devrait approcher les 75%, donc la "crise" nous est plutôt bénéfique. Tous les journalistes, commerçants, hommes d'affaires,? viennent dans nos hôtels Ibis et Novotel. Economiquement, la ville ne souffre pas de la crise car Gaziantep "nourrit" presque toutes les villes de la région, et elle est quand même à 50 kilomètres de la frontière. En misant sur la qualité, des standards identiques dans tous nos hôtels, nous gagnons la confiance du client, et il nous devient fidèle. Le démarrage en province est parfois un peu lent, mais très vite, les taux de remplissage affichent des résultats très satisfaisants.
Propos recueillis par Meriem Draman (www.lepetitjournal.com/istanbul.html) jeudi 25 octobre 2012
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