Édition internationale

LES RENDEZ VOUS DE L’ECO - Laurent Masson, Directeur Général et Directeur Pays de NEXANS Turquie.

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Laurent Masson est Directeur Général de Nexans Turquie, mais aussi Directeur du Centre de profit (Profit and Loss) du pays. A la tête de 500 salariés répartis entre le siège et les deux usines, il est responsable opérationnel des coûts, du chiffre d'affaires de 200 millions d'euros  et des bénéfices générés en Turquie. Riche de cette connexion directe avec le terrain, il nous livre son expérience et sa vision très pertinente du marché des affaires en Turquie

Interview réalisée dans le cadre d'une collaboration www.lepetitjournal.com/Istanbul - Chambre de Commerce Française en Turquie née en octobre 2009. Tous les mois, un résumé de l'actualité et un portrait d'entreprise  sont publiés dans les deux supports que sont www.lepetitjournal.com et la Lettre mensuelle de la CCFT, "Les Nouvelles de la Chambre".

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pouvez-vous nous décrire l'activité de votre société dans le monde et particulièrement en Turquie ?
Laurent Masson :
Si on vous parle d'Alcatel ou des Câbles de Lyon, cela vous dit sûrement quelque chose? Nexans, c'est la société issue de la scission avec Alcatel en 2001 et qui a maintenant 24.000 employés et une présence industrielle dans 40 pays.
Nexans a inscrit l'énergie au c?ur de son développement et nous proposons une large gamme de câbles et systèmes de câblage. Nous sommes un acteur mondial et majeur des marchés d'infrastructures d'énergie, de l'industrie, du bâtiment et des réseaux locaux de transmission de données.
Nous développons des solutions pour les réseaux d'énergie, de transport et de télécommunications, comme pour la construction navale, la pétrochimie et les énergies renouvelables, le nucléaire, l'automobile, les équipements ferroviaires, l'électronique, l'aéronautique, la manutention et les automatismes.
En Turquie, nous nous sommes développés par croissance externe, avec l'acquisition de deux usines à Denizli et à Tuzla, entre 1991 et 1993. Notre offre industrielle va du simple câble basse tension (moins de 1.000 volts pour le résidentiel et les sites industriels) au câble moyenne tension (pour la distribution d'électricité), les câbles LAN (pour des "data centers" et les réseaux d'ordinateurs et de connections au serveur) en passant par du câble avec une armure d'acier adapté à un environnement exigeant comme la pétrochimie.
2007 a été marquée par la première vague de  délocalisation de nos usines britanniques et irlandaises vers la Turquie. En plus du marché turc, nous approvisionnons aussi en câbles tous les pays limitrophes de la zone, de l'Irak à la Russie, en passant par les Républiques turcophones de l'Asie Centrale, le Royaume-Uni, mais aussi la plupart des pays du Commonwealth ! L'export représente 60% de nos ventes.

Quel est le positionnement de Nexans dans le monde et en Turquie ?
Nous sommes un des 2 leaders mondiaux des câbles, avec une part de marché de 6 %, ce qui vous donne une idée de l'éclatement du marché. En Turquie, nous sommes dans le tiercé de tête en dépit du fait que nous n'avons pas moins de 400 concurrents ; on peut parler d'atomisation du marché? En tout cas, cela fait de la Turquie le 4ème producteur mondial de câbles, avec plus de la moitié de la production destinée à l'exportation !
Sur ces 400 concurrents, on compte seulement trois multinationales. Les autres entreprises sont des entreprises familiales, qui ont un modèle économique très différent du notre. En comparaison, l'atout de Nexans est de pouvoir proposer la même qualité partout dans le monde. Aujourd'hui, les clients, qu'ils soient globaux ou locaux, veulent être accompagnés par des fournisseurs qui leur proposent un standard de qualité et un service au niveau national et international.  Par ailleurs, nous nous différencions de nos concurrents par des produits technologiquement avancés, comme, par exemple, les câbles de protection au feu qui peuvent contenir la propagation du feu le long des chemins de câbles afin de réduire ce risque. En termes de sécurité, ces produits deviennent incontournables dans les lieux publics comme les métros, les aéroports, les centres commerciaux?

Entre votre arrivée fin 2010 et aujourd'hui, qu'est-ce qui a changé ?
Quand je suis arrivé ici fin 2010, on pouvait presque dire que Nexans Turkiye était  une entreprise turque. En effet, je suis le seul expatrié français sur près de 500 personnes? Les équipes étant plutôt livrées à elles-mêmes, et avec  un management très vertical, mon rôle a été de mettre en place une forte dynamique de croissance et de mobilisation de toutes nos équipes tout en appliquant les standards et les normes du groupe en Turquie. Au siège, composé de 40 personnes, j'ai pris en entretien individuel  tout le personnel  jusqu'au N-2,  pour d'abord écouter et comprendre et ensuite remettre les choses d'équerre. Ces entretiens m'ont pris deux semaines pleines et j'ai été amené à renouveler ou a faire évoluer une vingtaine de personnes, dont les deux directeurs de l'usine, ce qui bien sûr n'a pas été anodin?

Vous en êtes à votre 9ème expatriation, que pensez-vous du monde des affaires en Turquie ?
Venant de Singapour et d'Espagne, pour comparer avec mes deux dernières expatriations, j'ai dû remettre les compteurs à zéro?  Je venais d'un pays créé il y a 45 ans (Singapour), j'arrive dans un pays  issu de multiples civilisations, aux confins de 3 continents?  D'un pays qui planifie à l'extrême, je suis passé à une réactivité surprenante au coup par coup. Ici, je suis énormément happé par des questions du quotidien. Je dois m'extraire tous les quinze jours de la gestion au quotidien pour pouvoir prendre du recul sur les projets à moyen terme. Et puis, je me dois de ne pas être irremplaçable ; mon objectif est au contraire de rendre mon équipe de direction plus autonome, mais ce n'est pas toujours facile, car les salariés turcs ont parfois du mal à prendre des initiatives et sollicitent toujours l'avis du patron.
Par rapport à l'Espagne, j'ai par ailleurs été agréablement surpris par la dimension industrielle du pays : la Turquie a un tissu et un passé industriel important. Les employés turcs sont aussi des travailleurs invétérés. D'une manière générale, je considère que pour réussir avec des équipes de management, il faut trois choses : " Readiness, Willingness, Ability " . En Turquie, on se trouve avec des personnes qui en veulent, qui sont motivées, qui veulent apprendre, le reste en découle donc naturellement?
Une autre dimension qu'il ne faut pas négliger en Turquie, c'est la dimension affective. L'émotion est un carburant essentiel  pour la motivation, mais il faut aussi l'utiliser à bon escient. L'année dernière,  nous avons mis en place une politique de sécurité dans nos usines, un problème sensible en Turquie, et je suis allé célébrer les premiers 300 jours sans accident à notre usine de Tuzla. Pour marquer le coup, j'ai fait mon  premier discours en turc, et j'ai été applaudi à tout rompre? Les Turcs sont très sensibles au fait qu'on fasse l'effort de parler leur langue, car ils sont conscients qu'elle est difficile. C'est aussi le premier pays où les clients distributeurs et les fournisseurs me remercient de leur avoir rendu visite, car habituellement, " le patron ne descend pas toujours dans l'arène? "

Quels sont aujourd'hui vos objectifs pour la Turquie ?
Dans la continuité de ce que Nexans a entamé en 2007  avec la première délocalisation en Turquie, nous sommes en train de faire un rééquilibrage géostratégique au niveau du groupe. Dans le contexte actuel où certains segments du marché du câble en Europe ne sont plus compétitifs, les unités turques, avec un coût de la main d'?uvre directe cinq fois inférieure à celui des pays européens, et bénéficiant d'un emplacement géographique que l'on peut qualifier de plaque tournante, a un rôle primordial à jouer dans le maintien des parts de marché en Europe.  Cependant, des problèmes persistent en Turquie : l'inflation liée entre autre à un fort déficit de la balance des paiements, une fiscalité encore trop pénalisante pour attirer en masse les investisseurs étrangers, une législation du droit du travail trop rigide, et un manque surprenant de produits industriels intermédiaires, sans oublier un coût de l'énergie élevée (l'essence et l'électricité sont parmi  les plus chères au monde !)? Mais je reste persuadé qu'au-delà de ses handicaps, la Turquie a un véritable potentiel durable grâce a la taille de sa population, une moyenne d'âge de 28 ans?. et un sens entrepreneur inné. Et comme le dit le dicton populaire, " Yeter ki istesin, bir Türk isteyince herseyi yapar !", il suffit de le vouloir, un Turc fait tout quand il en a envie !

Propos recueillis par Marie-Eve Richet (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 26 avril 2012

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Publié le 26 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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