

Armada, le groupe turc d'hôtellerie, fête ses 20 ans cette année. A l'occasion de l'ouverture d'une nouvelle antenne à Pera, près de Taksim, Kasim, directeur du groupe et sa fille Mira Zoto reviennent sur ce qu'ils considèrent comme les deux plus grands défis de l'hôtellerie en Turquie : la diversification des offres de logement pour les touristes, et l'issue que prendra la fronde antigouvernementale, débutée il y a un peu plus d'un mois. Lepetitjournal.com d'Istanbul est parti à leur rencontre.
Interview réalisée dans le cadre d'une collaboration www.lepetitjournal.com/Istanbul - Chambre de Commerce Française en Turquie née en octobre 2009. Tous les mois, un résumé de l'actualité et un portrait d'entreprise sont publiés dans les deux supports que sont www.lepetitjournal.com et la Lettre mensuelle de la CCFT, "Les Nouvelles de la Chambre".
Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pourriez-vous nous résumer vos études et votre parcours professionnel jusqu'à l'ouverture des hôtels Armada ?
Mira Zoto : Je suis née et ai grandi à Paris jusqu'à la fin de mon lycée. J'ai appris le français à l'école et le turc à la maison, avec mes parents. Pour mes études, je suis partie à l'école hôtelière de Lausanne pendant quatre ans. Une fois mon diplôme en poche, j'ai eu la chance d'avoir une proposition de la part de mon père pour conduire un très joli hôtel de 20 chambres dans le quartier de Pera. C'est pour moi une découverte d'Istanbul puisque je n'avais jamais vécu dans cette ville. J'ai choisi de m'installer en Turquie car les opportunités offertes aux jeunes fleurissent, contrairement en France où il y une véritable catégorisation en fonction de l'âge.
M. Zoto, vous êtes le directeur du groupe et en février de cette année, vous avez ouvert une nouvelle antenne à Pera, près de Taksim que votre fille prend en charge. Comment vivez-vous tous les deux au quotidien le fait de travailler en famille ?
Mira : Enlève le couteau, enlève le couteau! (rires) Je ne considère pas le groupe Armada comme une entreprise familiale, mais c'est vrai que travailler avec mon père est un vrai plaisir de par la flexibilité dont je dispose. Je me sens plus à l'aise qu'avec un employeur qui ne serait pas de la famille pour dire ce que je pense, ce que je veux faire et comment je veux m'y prendre. Enfin, ce n'est pas évident tous les jours mais en général ça se passe bien !
Kasim : Je crois que ma fille et moi avons la même passion pour l'hôtellerie, donc je dirais que ce n'est pas toujours facile, mais loin d'être pénible.
Il y a 1.461 hôtels et auberges de jeunesse à Istanbul, comment gérez-vous la concurrence depuis 1993, date de la création de votre premier hôtel Armada à Sultanahmet ?
Kasim : Je suis dans le métier depuis 1968, et l'expérience joue comme dans tous les métiers. Ensuite, 70% des clients qui viennent à Istanbul sont des européens, et connaissant bien les deux cultures. Peut-être sommes-nous plus aptes à comprendre leurs besoins et attentes. La taille de nos hôtels (108 chambres l'un, 20 chambres l'autre, ndlr) aussi, nous permet de produire un accueil plus chaleureux que dans un bâtiment titanesque de 600 chambres.
Mira : La concurrence est de plus en plus importante, c'est vrai. Mais plus que la compétition entre hôtels, c'est l'évolution et la diversité de l'offre proposée aux touristes pour se loger qui risque de poser problème. A l'époque, on louait un appartement pour un an, aujourd'hui, il est possible d'y rester que pour quelques jours.
Vous semblez attacher une importance particulière à la culture stambouliote et turque. Comment respectez-vous l'architecture et le patrimoine de la ville ?
Kasim : Le but c'est de respecter ce qu'il y avait sur place. Ici (à Sultanahmet, ndlr) c'est un quartier ottoman et musulman, Pera c'est davantage cosmopolite et levantin.
Mira : L'idée du groupe Armada c'est de se fondre dans l'environnement dans lequel on s'installe, et surtout ne pas dénaturaliser l'endroit. C'est comme si on construisait une maison à même la roche. Il ne s'agit pas non plus de dépoussiérer le passé, mais de vivre avec le niveau de vie que l'on a aujourd'hui tout en prenant en considération l'histoire et la culture du lieu.
Kasim : Oui, Istanbul présente de multiples facettes liées à la richesse de son histoire. Ici, nous sommes dans les maisons de Khizir Khayr ad-Dîn dit Barberousse, le fameux amiral ou pirate, cela dépend de quel angle vous voyez les choses. A Pera, l'hôtel était la maison de famille du couturier du sultan Abdülhamid II. Et pour vous dire, la plus grande clientèle de notre site de la vieille ville est constituée de Turcs, qui représentent 17% de cette clientèle. Ils viennent à l'Armada pour profiter d'un lieu où le patrimoine est estimé. C'est très important pour nous, si vous n'accueillez pas la clientèle locale dans votre hôtel, vous devenez un endroit touristique comme un autre.
Depuis le 31 mai, date du début de la fronde antigouvernementale née place Taksim, 60% des réservations d'hôtels ont été annulées à Istanbul. Avez-vous ressenti un ralentissement de vos activités le mois dernier ?
Kasim : Dans la nouvelle ville, près de Pera, je pense que les chiffres sont en deçà de la réalité, qu'il s'agit d'un minimum de 60% d'annulation de réservations.
Mira : Oui, 60% c'est optimiste ! La nouvelle antenne est beaucoup trop jeune pour se rendre compte du véritable impact des événements de Taksim. Mais depuis deux semaines, nous sommes particulièrement touchés, car les affrontements ne se déroulent plus sur la place mais dans les petites ruelles. Malheureusement, la presse internationale n'aide pas, quand ils parlent de la Turquie, pour eux c'est la guerre. Dans le secteur touristique n°1 de la ville ? c'est à dire Taksim, Pera, Talimhane, les pertes s'élèvent à 51 millions d'euros fin juin. Mais ce n'est pas le plus grand problème, il y a de toute façon une perte immédiate. A moyen terme, le secteur hôtelier risque d'être touché davantage en profondeur puisque les réservations ne sont pas renouvelées pour l'automne prochain. Il est certain que les demandes ne sont plus aussi abondantes que d'habitude. Et enfin, une conséquence à long terme qui dépend de la réponse de l'Etat par rapport à tout ce qui se déroule à Taksim et ailleurs en Turquie. Si le pays s'en tire en termes d'image, les touristes reviendront. Mais s'il n'y a pas de ?nouveau souffle? pour la Turquie, les conséquences pourraient devenir dramatiques.
Kasim : Oui, nous avons subi un ralentissement de nos activités au mois de juin dernier. Or, le mois de juin fait partie de la haute saison et donc les pertes ont ?cassé? la fin de cette haute saison. A part ces dernières semaines, nous avons 87% de remplissage de notre hôtel, ce qui est un excellent score pour la vieille ville. Nous ne sommes pas pessimistes ! S'agissant de l'Armada de Pera, nous avions un taux d'occupation de 60% qui est descendu à 30% depuis début juin. Je pense sincèrement que notre pays est très dynamique du point de vue économique, mais que les conditions sociales ne sont pas au même niveau. Pour la durabilité du système, il va falloir que la machine sociale aille à la même vitesse que la machine économique.
Diane Jean (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 25 juillet 2013
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