

Jean-Milan Givadinovitch est membre du conseil et président du comité d'audit de la TEB (Türk Ekonomi Bankas?) depuis décembre 2008. La TEB a été fondée en Turquie en 1927, année de la création de la livre turque. Avec 550 agences, 11.000 collaborateurs dont 11 Français et 3,5 millions de clients dans 65 villes, elle est aujourd'hui la huitième banque du pays. BNP Paribas détient actuellement 70% de la TEB, ce qui en fait une alliée stratégique et de tradition en Turquie, pays où malgré une baisse de croissance, le marché reste favorable au développement bancaire. La TEB est constituée d'une équipe multiculturelle qui collabore avec les bureaux de Paris, Milan ou Bruxelles. Ces dernières années, la TEB a vu récompensés ses résultats auprès des PME notamment par des prix internationaux. Désireuse de vouloir faire prospérer ses parts de marché, la TEB souhaite s'ouvrir d'avantage aux grandes entreprises et consolider ses liens avec leurs partenaires. Rencontre avec Jean-Milan Givadinovitch, qui est aussi membre du conseil d'administration de la Chambre de commerce franco-turque et Président des conseillers du commerce extérieur de l'Ambassade de France en Turquie
Interview réalisée dans le cadre d'une collaboration www.lepetitjournal.com/Istanbul - Chambre de Commerce Française en Turquie née en octobre 2009. Tous les mois, un résumé de l'actualité et un portrait d'entreprise sont publiés dans les deux supports que sont www.lepetitjournal.com/istanbul et la Lettre mensuelle de la CCFT, "Les Nouvelles de la Chambre".

Jean-Milan Givadinovitch dans son bureau (photo MD) : J'ai une histoire assez atypique pour le monde d'aujourd'hui, car j'ai fait tout mon parcours dans une même banque, la BNP Paribas, ce qui se fait de moins en moins. J'ai eu mon premier emploi au sein de la BNP à vingt-quatre ans, je m'occupais des émissions d'obligations en France. Diplômé de HEC et de Sciences Po Paris, je suis entré dans le secteur de la banque parce que j'avais envie de voyager, de voir fonctionner l'économie et d'être au c?ur de l'action. Après cette première expérience, je suis entré en agence en France pour développer un portefeuille de clientèle d'entreprise et financer le cinéma français pendant trois ans. Ensuite, j'ai travaillé à l'inspection qui forme les banquiers, ce qui m'a plu. J'ai ensuite été en charge des relations avec les grandes entreprises à Paris puis, envoyé à Londres, je suis devenu directeur commercial de la BNP, premier poste à l'étranger durant quatre ans et demi au bout de dix ans de carrière. A la suite de cela, je suis revenu à Paris en tant que responsable de la BNP Asie qui comprenait la Corée, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, une mission au cours de laquelle j'ai beaucoup voyagé. J'étais responsable international de l'inspection de BNP au moment de la fusion avec Paribas en 2000.
Après cela, j'ai travaillé dans la Bank Of the West aux États-Unis durant presque sept ans comme responsable de l'audit de cette banque à San Francisco, qui couvre tout l'ouest des États-Unis et Hawaï. En décembre 2008 je suis entré à la TEB en tant que directeur des risques avant qu'elle ne fusionne avec FORTIS, que BNP Paribas a racheté. La loi bancaire turque de 2005 prévoit que tout le système d'organes de contrôle (les risques, l'audit, la compliance) doit être indépendant du Directeur Général et dans les banques turques, toutes ces fonctions rapportent au conseil d'administration directement et au comité d'audit, dont je suis le Président. Vice-président du comité de crédits, je décide aussi sur les risques des crédits au-dessus du seuil de cinq millions d'euros. Ce poste en Turquie est passionnant à tout point de vue et il a été véritablement un choix de carrière. J'étais déjà venu en voyage à 19 ans et j'avais beaucoup aimé ce pays.
Quelles sont vos responsabilités au sein du groupe?
Concrètement je contrôle, je prends les décisions sur les risques de crédit, j'opère le contrôle de ce qui se fait dans la compliance, l'audit et les risques. La compliance, c'est appliquer les règles, ce qui est de plus en plus important, obligation de suivre les règles américaines, européennes et turques. C'est un travail au jour le jour, j'assiste à beaucoup de réunions, je suis amené à voyager car TEB a des filiales étrangères (en Hollande/financement des entreprises qui achètent et vendent des matières premières, au Kosovo/banques de détail et à Chypre nord) et des filiales de factoring, de brokerage, d'asset-management. Je suis administrateur de toutes ces missions de contrôle.
A quoi ressemble une semaine type ?
Une semaine type s'organise de cette façon : j'ai des comités de crédits le lundi et le mercredi, le mardi j'assiste au comité actifs/passifs où l'on gère le bilan de la banque (quels risques prenons-nous?), le jeudi je préside le comité sur les banques (les risques que l'on peut prendre sur les banques) et enfin le vendredi il y a le comité exécutif. Il faut bien évidemment lire les dossiers avant et après les comités. Nous communiquons en anglais et quelquefois en turc. Lors des comités, je dois prendre des décisions de crédits. Je travaille beaucoup, le week-end compris excepté le samedi que j'essaye de garder comme jour de repos ! Je voyage beaucoup à l'étranger et en Turquie, à peu près tous les 15 jours, ce qui est tout de même moins contraignant qu'avant lorsque je gérais toute la zone Asie de la BNP...
La TEB, implantée depuis 1927, en Turquie est aujourd'hui la huitième banque de Turquie, quelles ont été les étapes marquantes de cette évolution?
C'est en 2005 que BNP acquiert 50% de TEB, ce qui a changé complètement la dimension de la banque. Cinq ans plus tard, la fusion avec la banque FORTIS continue de transformer la banque, d'en faire une banque ouverte sur le monde plus forte et complète dans ses offres.
Aujourd'hui si l'on s'en réfère au total de bilan, nous sommes effectivement huitième, nous avons 4,2% du marché des prêts, 3,8% des dépôts, ce à quoi il faut ajouter une rentabilité qui s'améliore. Les quatre premières banques turques sont très au-dessus des autres avec plus de 8% ou 9% de parts de marché chacune, nous, la TEB, nous nous situons dans la seconde partie en concurrence avec Finans Bank en première place de cette catégorie.
En 2012, la TEB a été nommée parmi les trois premières banques mondiales pour son offre aux PME, est-ce là la première des priorités de la banque, proposer des services adaptés à chaque entreprise?
Oui, c'est la première des priorités mais nous souhaitons aussi développer les offres aux grandes entreprises, développer la banque de détail et la banque internet. Au niveau des PME, nous sommes bien placés parce que nous proposons des offres au-delà de la banque : des formations pour la gestion d'entreprise mais aussi formation des ménages (comment équilibrer ses comptes ?) mais aussi une chaîne de TV entièrement dédiée aux PME, vecteur de promotion de ces formations. Il s'agit d'un concept qui vient de la TEB, une vraie particularité du management digital turc. Quant aux innovations technologiques, "TEB dans la poche" offre aux clients une possibilité de demander un prêt à partir de son téléphone mobile par exemple. Un nouveau guichet est mis en place dans les agences, qui met en communication directe les clients avec une personne physique dans un centre téléphonique du groupe. Une technologie déjà opérationnelle mais que l'on veut développer. Il y a un pôle de recherche très important en Turquie, réel centre d'innovation maintes fois récompensé. La Turquie n'a rien à envier à ses grandes s?urs quant à la technologie appliquée et le service aux PME et aux particuliers. Chaque année, des prix ? même au sein de BNP Paribas ? récompensent cette émulation de l'innovation.
En quoi la coopération entre BNP Paribas et la TEB est-elle essentielle pour l'ouverture de la TEB sur le monde?
50% de la TEB appartenaient à la BNP en 2005 mais depuis 2010, ses parts sont passées à 70% après la fusion avec FORTIS que la BNP Paribas a rachetée, ceci dit, la gestion se fait toujours à 50/50 entre les différents actionnaires. L'entrée de BNP Paribas au capital de TEB représentait un enjeu important pour accéder à un marché qui croît de manière régulière, la Turquie a encore 3 ou 4% de croissance, ce qui est beaucoup mieux que l'UE. Il s'agit d'un marché encore sous-bancarisé, tous les Turcs n'ont pas de comptes en banque, on peut donc se développer encore contrairement à certains pays d'Europe. De plus, c'est une région qui se développera encore plus une fois que les conflits -comme la guerre en Syrie - seront terminés. La Turquie a, à terme, beaucoup de potentiel du fait de son industrialisation et de ses exportations grandissantes. Il s'agit aujourd'hui de la 18ème puissance économique mondiale donc pour une banque comme BNP Paribas, c'est important d'être ici. En plus, tradition oblige : Paribas détenait la Banque Ottomane de 1863 à 1996, elle en était actionnaire majoritaire avant de vendre à Garanti en 1996. La Banque Ottomane était très importante dans l'Empire car c'est elle qui fabriquait la monnaie et prêtait au gouvernement ottoman, finançant aussi beaucoup de mines, de chemins de fer et autres.
Quels sont les objectifs à atteindre pour la TEB en ce début d'année 2015? Le marché en Turquie en ce moment est-il favorable?
Gagner des parts de marché, être encore plus rentable et rééquilibrer la banque vers les grandes entreprises car les PME représentent une bonne part de l'activité de la TEB. Les PME sont plus rentables mais aussi plus risquées.
Je suis pleinement satisfait de mon poste ici, en Turquie, et je souhaite seulement que la Banque ait une bonne année parce que cela ne va pas être facile ! Mais je dis cela chaque année en début d'année?
Propos recueillis par Morgane Cruzel et Meriem Draman (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 26 février 2015
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