

Ancienne capitale de l'Empire ottoman, Edirne est une place historique forte en Turquie. L'ancienne Andrinople abrite une des plus belles mosquées de Turquie, la mosquée Selimiye, construite par l'architecte Mimar Sinan entre 1568 et 1574, avec laquelle l'architecte réalise enfin le défi de sa vie: construire une coupole plus large que celle de Sainte-Sophie. Chose moins connue, Edirne est aussi un haut lieu de pèlerinage pour la communauté Bahaï dans le monde, une religion fondée par Baha'U'Llah (Bah??-All?h) en 1844. Lepetitjournal.com d'Istanbul est parti à la découverte de cette communauté dans la beyaz ev, la maison blanche, ou celui qu'ils appellent le dernier des prophètes, Baha'U'Llah, a été exilé entre 1863 et 1868.
Edirne, ancienne Andrinople, est une ville de 100.000 habitants, située dans la province turque du même nom, limitrophe de la Bulgarie et de la Grèce. La ville fut fondée en 125 par l'empereur romain Hadrien. En 1361 (ou 1369), Andrinople devient la deuxième capitale de l'Empire ottoman après Bursa, et elle le restera jusqu'à la prise de Constantinople en 1453.
Mosquée Selimiye et statue de
Mimar Sinan à Edirne (photo SH)
Une ville paisible
De par sa position géographique stratégique, Edirne est connue pour avoir été le théâtre de nombreuses batailles et affrontements du temps de l'Empire romain, puis Ottoman ainsi qu'au moment de la dislocation de l'empire à la fin de la Première guerre mondiale.
Il faut deux bonnes heures de route, en car, pour rejoindre l'ancienne Andrinople. Une fois sortie de la tentaculaire Istanbul, la circulation est fluide et la route permet d'admirer un paysage rural ponctué par de petites bourgades. En arrivant à Edirne, l'atmosphère est paisible. Une longue route droite relie la gare routière au centre ville et la navette dépose ses passagers aux pieds de l'immense mosquée Selimiye. Un petit jardin ombragé, des brumisateurs, quelques tables et chaises entourent le site. Des vieux messieurs sont assis en buvant un çay, ils discutent un tesbih à la main.
Un peu plus loin en descendant, l'entrée du bazar appelle le passant. Les étals se succèdent le long de la mosquée. Confiseries aux amandes et loukoums sont mis en avant entre deux étals de babioles et de tapis de prière. Au milieu de l'allée, un escalier s'enfonce dans la pierre pour mener le visiteur (ou le prieur) dans les jardins de la Mosquée Selimiye. Éblouissante, la mosquée semble vouloir rivaliser avec l'astre solaire et sa façade rosée contraste avec le bleu du ciel. Outre la largeur de son dôme, la mosquée détient un autre record : ses minarets sont les plus hauts du monde islamique. Les allées de fleurs rouges font écho à la couleur dont la ville porte le nom, le rouge d'Andrinople.
Un centre de pèlerinage pour les bahá'ís du monde entier
La présence d'un des chefs d'?uvre de l'art ottoman n'a pas suffi à faire d'Edirne une place forte du tourisme en Turquie. Et pourtant, Edirne est connu à travers le monde entier pour les croyants bahá'ís. C'est dans cette v
Co?te? jardin de la maison (photo SH)
La religion bahá'íe, forte de six millions de croyants à travers le monde, est née en 1844 en Perse quand Siyyid 'Ali-Muhammad, dit le Bàb, descendant de Mohammed, annonce qu'il a reçu la mission d'annoncer le dernier prophète. Bahá'u'lláh soutient les idées du Bàb et est exilé avec toute sa famille. C'est durant son exil à Bagdad, en 1863, que Bahá'u'lláh annonce être ce nouveau messager de Dieu. Il se dit être le porteur d'une nouvelle révélation, un nouveau message divin, dont la finalité est d'établir l'unité des peuples de la terre.
L'Empire ottoman ne cessera de mettre en exil Baha'ù'llah. Les autorités islamiques n'acceptent pas le discours de ce "nouveau messager". De Bagdad, il est envoyé à Constantinople, puis à Andrinople, pour arriver enfin prisonnier, en 1868, à Saint-Jean d'Acre (Akko), en Terre sainte où il finira sa vie.
Son tombeau est aujourd'hui un haut point de convergence pour les bahá'ís du monde entier tandis que la ville israélienne de Haïfa, où est enterré le Bàb, est un lieu de pèlerinage ainsi que le lieu où se trouve,la Maison de la justice, le centre administratif de la religion bahá'íe.
Le message de Baha'ù'llah se veut libéral et réformiste. Pas de prosélytisme chez les bahá'ís, le choix de la foi est personnel. Il découle d'un parcours individuel de recherche de vérité. Dès ses débuts, la foi bahá'íe professe des enseignements révolutionnaires pour l'époque : elle appelle à l'égalité des sexes, à la compatibilité de la science et de la religion, à la relativité de la vérité et à l'unicité absolue du genre humain.
Passage par la "Maison Blanche" (Beyaz Ev)
Baha'U'Llah est donc resté quatre ans et huit mois à Edirne. Il a vécu dans six maisons différentes. Une seule demeure debout aujourd'hui, et les fondations d'une seconde sont visibles dans un jardin non loin de la première. La maison est de taille moyenne, façade d'un blanc éclatant et portique en fer forgé noir, les pèlerins y rentrent par une petite porte sur le côté donnant sur le jardin. Avant de pouvoir franchir le seuil de la porte, ils doivent passer par la maison de Fikret et Tahire Karacay, juste en face. Le couple, originaire de Hatay, vit ici depuis neufs ans. Ils accueillent tous les
Mohssen explique dans le jardin (photo SH)
Ce jour-là, Victor, croyant français de 38 ans, est venu d'Istanbul pour se recueillir. En France, la communauté Baha'ie compte environ 10.000 personnes. "Nous voyons assez souvent des Français venir ici" explique Tahire. "Nous voyons des gens du monde entier" ajoute t-elle. En Turquie, on en dénombre 30.000. La plus grosse communauté se trouve en Inde, où plus d'un million de bahá'ís vivent. Une autre famille d'origine iranienne est venue ce jour-là. Ces membres vivent au Canada, Angleterre, Allemagne, Australie et Arabie Saoudite. "La terre n'est qu'un seul pays" plaisantent-ils, en reprenant une citation de Baha'U'Llah.
Mohssen et sa femme se chargent de faire visiter la maison. Ils sont iraniens, ont fait leurs études à Istanbul avant de partir s'installer au Canada. Depuis qu'ils sont tous les deux retraités, ils viennent chaque été un ou deux mois à Edirne, en tant que volontaires, pour faire visiter les lieux. Après une brève explication historique dans le salon de Baha'ù'llah, les pèlerins sont invités à se rendre à l'étage pour prier. La visite se termine par la dégustation de fruits du jardin. "Baha'ù'llah a dit avoir laissé sa trace dans chaque plante et chaque fruits d'Edirne" explique Mohssen en souriant. "C'est à Edirne que Baha'ù'llah a découvert nombreuses de ses révélations" ajoute le vieil homme. "Toutes les religions disent la même chose, cela veut dire que nous croyons tous dans le même Dieu. Baha'ù'llah a professé le début d'une nouvelle ère de l'humanité, celle de l'âge adulte. Mais les hommes n'acceptent pas le changement," explique-t-il encore.
Après 170 ans d'existence, la foi bahá'íe compte six millions de croyants (400.000 au début des années 1960) appartenant à plus de 2.100 groupes ethniques, et répartis dans plus de 235 pays et territoires dépendants. "Notre foi est encore peu connue parce qu'elle est nouvelle. Mais ce qui est intéressant est que c'est la deuxième religion la plus répandue géographiquement après le christianisme", conclut Mohssen.
Sidonie Hadoux (www.lepetitjournal.com/Istanbul) lundi 14 juillet 2014











































