

Hervé Magro, Consul général de France à Istanbul depuis septembre 2009, livre au PetitJournal.com son bilan des deux années écoulées et ses priorités pour les mois à venir. Il évoque également son quotidien de diplomate et partage quelques-uns de ses coups de coeur littéraires

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Au chapitre des relations bilatérales, quelles ont été les satisfactions et les déceptions de ces deux années à Istanbul ?
Les relations entre la France et la Turquie sont compliquées mais mon sentiment général est d’avoir vécu beaucoup de satisfactions et un peu de frustrations. Nous avons un gros potentiel dans ce pays et je regrette qu’il n’y ait pas 36 heures dans une journée… La France est suivie de très près en Turquie. Nos deux pays partagent une longue histoire même si trop peu en France le savent. Il faut dire aussi que je suis arrivé à une période où, après des années un peu difficiles, nous avons connu un rebond de l’activité bilatérale. J’ai accueilli une vingtaine de ministres depuis deux ans, beaucoup de délégations sénatoriales, de députés et de nombreux hommes d’affaires. Je dis communément que la route que je connais le mieux est celle qui mène du consulat à l’aéroport !
Malgré tous les questionnements sur nos rapports bilatéraux, nous voyons que cette relation fonctionne.
Elle fonctionne au jour le jour, entre les gens, sur le plan culturel (saison de la Turquie en France, Istanbul capitale européenne de la culture 2010), sur le plan éducatif (six lycées à Istanbul enseignent le français à 5.000 élèves tous les ans, sans compter Pierre Loti) mais aussi sur le plan économique. Plus de 400 entreprises françaises sont actuellement présentes en Turquie.
Avec 12 milliards d’euros d’échanges bilatéraux sur les 12 derniers mois, le commerce entre la France et la Turquie atteint en effet des records. Mais d’autres pays progressent davantage. Pourquoi nos entreprises hésitent-elles encore à approcher le marché turc ?
Ce sont-là les frustrations dont je parlais. Les parts de marché de la France en Turquie ces deux dernières années ont tendance à stagner voire à régresser un peu. Nous pourrions faire mieux, sans doute. Cela montre aussi que certains de nos partenaires sont encore plus dynamiques que nous. Mais quand je suis arrivé ici, nous parlions de 10 milliards d’euros d’échanges. Nous sommes parvenus à 12 et notre objectif est désormais d’atteindre 15 milliards. Je pense qu’il y a un intérêt grandissant pour la Turquie, avec des gens qui arrivent de tous les coins de France. Cette semaine, trois chambres de commerce de province (PACA, Bourgogne, Saint-Etienne) et celle de Paris-Capitale économique nous ont rendu visite. Nous essayons particulièrement d’accompagner nos PME (ndlr : Petites et moyennes entreprises), qui ont beaucoup de choses à faire dans ce pays.
Quelles seront vos priorités dans les mois à venir ?
La communauté française a quasiment doublé en cinq ans. On dénombre 5.000 personnes pour la seule circonscription d’Istanbul. Les accueillir et les accompagner reste ma première mission avec en particulier cette année, la préparation des élections présidentielles et législatives. Pour la première fois, nous allons élire des députés français de l’étranger et nous souhaitons que nos compatriotes vérifient qu’ils sont bien sur les listes car au 31 décembre, il sera trop tard pour s’inscrire aux élections de 2012.
Ma deuxième mission est bien sûr la délivrance des visas. Istanbul est le deuxième ou troisième consulat français du monde en nombre de visas délivrés. Nous devrions dépasser les 100.000 visas cette année. Par ailleurs, Istanbul est pilote dans le cadre de la mise en œuvre par la France, dans les prochains mois, de la politique européenne de généralisation de la biométrie pour les visas.
Racontez-nous une journée type au consulat…
Je reçois régulièrement des visites, ministérielles ou autres, qui peuvent m’occuper du petit-déjeuner jusqu’à une heure du matin. Le reste du temps, une journée normale est occupée par des rendez-vous très variés à partir de neuf heures (chambres de commerce, représentants d’entreprises turques ou françaises, journalistes etc.) Mon bureau est plutôt ouvert et il m’arrive d’avoir quatre, cinq ou six rendez-vous dans la journée. Sans compter un déjeuner, et deux ou trois événements dans la soirée, sept jours sur sept. Dans cette ville, l’aspect représentation est très important. On entend parfois que nous, diplomates, passons notre vie dans des cocktails. Je peux vous dire que faire cela tous les jours, c’est un vrai travail. Ce n’est pas que de l’amusement. Je pense qu’on aurait dû intenter un procès à Ferrero-Rocher (ndlr : pour ses publicités ‘‘Réceptions de l’ambassadeur’’), qui donnent une image dilettante de la diplomatie… Je vais d’ailleurs le suggérer au syndicat du Ministère des affaires étrangères ! (rires)
Vous êtes un amateur de littérature turque ou consacrée à la Turquie. Quels sont les incontournables de votre bibliothèque ?
Yaşar Kemal, avant tous les autres, et sa collection des Mehmet. Pour ceux qui s’intéressent à la Turquie, L’Histoire des Turcs de Jean-Paul Roux, Islam et laïcité de Bernard Lewis. J’aimerais que des gens aujourd’hui écrivent des livres de ce calibre-là sur la Turquie. Le remarquable livre sur Istanbul dirigé par Nicolas Monceau. Pierre Loti et son Aziyadé, bien sûr. Je souhaiterais d’ailleurs convaincre les différents maires d’Istanbul concernés de mettre une plaque à chaque endroit mentionné dans le livre pour que les Français qui viennent ici puissent revivre le livre en suivant les pérégrinations de Pierre Loti à la recherche sa belle…
Propos recueillis par Meriem Draman et Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 10 octobre 2011
En savoir plus :
La biographie d’Hervé Magro sur le site du consulat : http://www.consulfrance-istanbul.org/spip.php?article693
La précédente interview du Consul au Petitjournal.com, six mois après sa prise de fonction : http://www.lepetitjournal.com/societe-istanbul/rencontres-istanbul/55082-interview-herve-magro-consul-general-de-france-a-istanbul.html
Retrouvez Anne Andlauer sur RFI. Cette semaine :" La création d'une Académie des droits de l'homme à Ankara " (écouter à partir de 5'50) http://www.rfi.fr/emission/20111005-1-accents-europe-2011-10-05































