

Les larves de l’anoplophora chinensis se propagent rapidement dans certains quartiers d’Istanbul et “les insecticides n’ont aucun effet“ sur elles. Inoffensive pour l'homme, cette espèce que les Turcs baptisent “insecte monstre” s’attaque aux arbres. Les nouveaux cas d’infections dans le quartier de Fatih inquiètent, car le seul traitement possible de l’arbre est sa destruction.

Photo Wikicommons
Lors de la ponte, les œufs sont déposés dans des incisions à la base du tronc ou dans les racines affleurantes. On en compte environ 50 par insecte. Les larves mangent tout d’abord le liber, partie externe des jeunes branches qui en constituera l’écorce future, avant de pénétrer dans le bois. Seules les jeunes larves sont détectables car elles rejettent de la sciure hors de leur galerie, tandis que les larves plus âgées compactent celle-ci à l’intérieur, ne laissant aucun signe externe de leur activité. Lors de leur sortie du tronc à l’âge adulte, sous la forme d’un coléoptère, les insectes anoplophora chinensis font des “trous d’émergence“ circulaires de 1 à 2 centimètres de diamètre dans l’écorce tendre des jeunes rameaux qu’ils ont dévorés durant leur développement. Les longues galeries creusées dans le tronc peuvent assécher complètement l’arbre et causer sa mort.
L’invasion de l’anoplophara chinensis - “canavar böcek“ en turc, que l’on peut traduire en français par “insecte monstre“ - est due à l’augmentation de l’importation de bois et végétaux exotiques infestés d’Extrême-Orient. Ces déplacements par voie maritime de grandes quantités d’engrais, fleurs et plantes facilitent la propagation d’espèces hors de leur environnement naturel, ce qui a engendré la dissémination du coléoptère à Istanbul mis en cause dans différents pays occidentaux. Si son apparition remonte à 1997 en Europe - où il est déjà considéré comme un “organisme nuisible particulièrement dangereux“ - la Turquie avait jusqu’alors été épargnée. C’est au cours de l’année 2014, que des scientifiques ont lancé l’alerte lorsque des larves ont été détectées sur les bords de mer de Zeytinburnu et Bakırköy. Les experts ont depuis lors estimé à 150 le nombre d’arbres infestés en l’espace d’une année dans ces deux districts du coté européen d’Istanbul.

La détection ces derniers jours de nombreuses larves de ces “insectes monstres” dans le quartier de Yedikule à Fatih a tout de suite inquiété les autorités. Une alerte a même été lancée par la municipalité de Fatih sur son site internet. Selon les autorités, elles menaceraient à Fatih de nombreux arbres centenaires et des milliers d’arbres et arbustes présents dans les espaces verts alentours.
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Pour lutter contre les insectes anoplophora chinensis, trois organismes stambouliotes sont en alerte : le Département des parcs et jardins de la Municipalité de Fatih, la Direction provinciale de l'alimentation, de l'agriculture et de l'élevage et le Département des parcs et jardins de la Municipalité d’Istanbul métropole (IBB). Les contrôles ont été renforcés dans les quartiers où les larves ont été repérées et les arbres infectés ont commencé à être détruits. “Nous avons mis en place la pulvérisation d’insecticide tous les 10 à 15 jours, mais dès qu’un arbre est infecté par les larves, l’insecticide n’a plus aucun effet. Les arbres infectés de larves doivent être immédiatement détruits“, explique un responsable cité par le quotidien Sabah. A ce jour, aucun cas n’a été repéré en dehors des trois zones actuellement touchées.
Les autorités appellent néanmoins à la vigilance et à ne pas sous-estimer le danger. Les Stambouliotes sont invités à prévenir la municipalité s’ils remarquent des symptômes semblables sur les arbres des espaces verts de la ville, qu’il s’agisse de parcs, de cour de mosquée, d’école, ou de logement privé. Une ligne d’urgence à même été créée : le numéro 444 0 176 permet d’informer les autorités de nouveaux cas d’arbres infectés.
Alice Godefroid (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 6 juillet 2015
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