

L'AFTI (l'Association Franco-Turque d'Ingénieurs) s'efforce de rassembler les ingénieurs turcs et français en Turquie. L'association compte plus de 300 membres et organise des évènements pour développer les relations entre professionnels mais aussi entre les deux pays. Lepetitjournal.com d'Istanbul a rencontré son président, Mustafa Cansa?lar, ainsi que Bedi Uzel, membre du conseil d'administration.
Lepetitjournal.com d'Istanbul : Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours ?
Mustafa Cansa?lar (à droite, photo TM) : Je suis diplômé du lycée de Galatasaray et de l'Université technique d'Istanbul. J'ai travaillé en France pour Sud-Aviation, notamment sur le Concorde. Quand je suis rentré en Turquie, j'ai cherché un travail en relation avec la France mais je n'ai rien trouvé alors j'ai accepté un emploi pour une compagnie allemande dans l'industrie. Je suis président de l'association depuis 1994, avant j'étais vice-président.
Pouvez-vous nous présenter votre association, nous parler de son rôle, de ses projets?
L'Association Franco-Turque d'Ingénieurs (AFTI) a été créée en 1955 par des ingénieurs turcs francophones et des ingénieurs français résidant en Turquie. En 1980, suite au coup d'Etat militaire, toutes les associations ont été dissoutes. C'est en 1983 que plusieurs ingénieurs turcs et français ont refondé l'association, et nous sommes les descendants de cette deuxième association. Le siège social se situe à Ankara mais nous pouvons plus facilement travailler sur Istanbul car il y a plus de sociétés françaises installées à Istanbul. Autrefois, il y avait une antenne à Izmir mais elle a fermé parce qu'il n'y avait pas assez d'activités là-bas.
La volonté de créer une telle association est née après la Deuxième Guerre mondiale. Les pays européens ont voulu réintégrer le marché turc et avaient besoin de matériel pour reconstruire leurs usines. Comme l'industrialisation n'était pas très développée en Turquie, les industriels ont dû faire venir des ingénieurs de France notamment, qui ont amené leurs méthodes et leurs procédés. Ces ingénieurs partageaient leurs connaissances avec les ingénieurs turcs et ont voulu créer une collectivité pour partager sur d'autres sujets que l'ingénierie, comme la politique par exemple. A l'époque, l'association s'appelait d'ailleurs l'Association Amicale des Ingénieurs Franco-Turcs.
Les objectifs sont les mêmes depuis le début : développer la collaboration technique et professionnelle entre les ingénieurs turcs et français, ainsi qu'entre les organismes privés et publics des deux pays. Contribuer techniquement au développement des relations technologiques et économiques entre les deux pays. Assister le développement professionnel de ses membres et les tenir au courant des avancées technologiques des deux pays. Un des points les plus importants est d'assurer la solidarité, l'entraide et de renforcer les liens d'amitié entre ses membres.
Nous sommes en train d'organiser une coopération entre les diplômés et les étudiants de l'université pour développer un système de mentor dans la faculté d'ingénieurs de Galatasaray.
Combien de membres compte l'association?
Nous avons environ 220 membres à Istanbul et une centaine à Ankara.
Qui sont ces membres, sont-ils tous des ingénieurs français et turcs?
Il y plus de Turcs que de Français mais tous ne sont pas ingénieurs. Récemment, le statut de l'association a changé donc les conditions d'admission se sont assouplies. Le panel de membres s'est élargi. Nous avons beaucoup de membres travaillant dans le commerce, le consulting et le marketing. La plupart ont des postes à responsabilité et travaillent dans le commerce international, le secteur automobile et l'ingénierie civile à l'international. Environ 40% des membres habitent à plein temps en Turquie.
Comment peut-on devenir membre?
Pour être membre, il faut absolument être francophone mais plus absolument ingénieur, il faut posséder un diplôme d'études supérieures dans un domaine des sciences positives ou appliquées ou dans les sciences administratives, économiques et sociales. Par exemple, nous avons une membre qui est vétérinaire. Et payer une cotisation de 80 TL (environ 29 euros) par an.
Quel genre d'activités proposez-vous?
Bedi Uzel : Nous organisons des conférences, des dîners-conférences, des séminaires, des projections de films, des activités culturelles et de nombreuses visites techniques, par exemple le tunnel Marmaray ou le pont d'Izmit, qui va raccourcir le trajet Istanbul-Izmir de six ou sept heures. Ces visites peuvent permettre à des Français de peut-être trouver un emploi lors de la visite. Cela donne une idée de ce qu'il se passe en Turquie. Nous avons réussi à nous faire connaître des ingénieurs turcs francophones et des Français qui habitent en Turquie.
Quelle est la pertinence de la francophonie pour une telle association?
Cela fait des années que des écoles françaises existent en Turquie mais l'utilisation du français s'arrête bien trop souvent à la sortie de ces écoles ou en fin de cursus. La plupart du temps, nous sommes obligés d'apprendre l'anglais ou l'allemand. Mon but pour l'association est de créer une relation entre les francophones turcs et les Français pour que ces années d'étude du français n'aient pas servi à rien et qu'ils ne l'oublient pas. L'association donne la possibilité à ces gens de partager sur tous les sujets, pas seulement professionnels. Cela crée des relations entre les deux pays. C'est pour cela que je suis déçu qu'ils aient choisi d'enlever le mot ?amical? dans le nom de l'association. Mais nous avons du mal à atteindre les Français, très peu participent. Bien sûr, le but de l'association est de participer au développement de l'industrie dans les deux pays, mais comment y parvenir s'il n'y a pas de contacts ?
Que pouvez-vous nous dire sur la profession d'ingénieur en Turquie ?
On aura toujours besoin des ingénieurs dans le monde. En Turquie, ce n'est pas différent. Les ingénieurs d'avant jouissaient d'une aura peut-être plus importante du fait qu'ils n'étaient pas nombreux, quand on les présentait, on disait "Mr. l'Ingénieur untel". Aujourd'hui il y a beaucoup plus d'ingénieurs et des ingénieurs pour tout : les mathématiques, l'informatique, la physique, le commerce, la finance, l'industrie, la médecine?
Quel est votre avis sur les grands projets en cours à Istanbul et en Turquie (troisième pont, tunnels sous le Bosphore, troisième aéroport, Kanalistanbul etc.)?
Ce sont des grands projets qui permettent d'attirer l'attention sur la Turquie. Tous les projets sont intéressants sauf le Kanalistanbul, dont je ne vois pas l'intérêt qu'il va apporter à l'économie turque. Le troisième aéroport est très important selon moi car l'aéroport d'Atatürk est très encombré, toutes les 70 secondes un avion atterrit, j'ai peur qu'un accident arrive !
Propos recueillis par Théo Morais (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 2 décembre 2014
Coordonnées de l'association : Istiklal Cad. Odakule I? Merkezi No: 284-288 Kat : 10, 80072 Beyo?lu Istanbul.
Tel : +90 (212) 294 51 60.
E-mail : info@afti-ist.org.































