Édition internationale

GEZİ – Ouverture tendue du procès des meurtriers présumés du jeune Ali İsmail Korkmaz

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Ce lundi dans la matinée s’est ouvert à Kayseri, dans le centre du pays, le procès des huit personnes accusées du meurtre de l’étudiant Ali İsmail Korkmaz lors des manifestations du mouvement Gezi en juin dernier.

L'étudiant de 19 ans avait été battu par quatre policiers en civil et quatre commerçants munis de battes de baseball lors d’une manifestation dans la ville d’Eskişehir, à l’ouest d’Ankara, le 2 juin 2013. Le passage à tabac avait été filmé par des caméras de surveillance. Souffrant d’une hémorragie cérébrale, Ali İsmail Korkmaz est mort le 10 juillet 2013 des suites de ses blessures après 38 jours dans le coma. Les accusés sont poursuivis pour meurtre avec préméditation et encourent entre huit ans de prison et la réclusion à perpétuité.

"J'ai envoyé Ali faire des études à Eskişehir et on me l'a ramené dans un cercueil", a déclaré lors de la première audience la mère de la victime, Emel Korkmaz. "Nous sommes ici pour demander justice, rien que la justice", a-t-elle poursuivi.

Questionnés par les avocats de la famille, les suspects ont nié avoir porté les coups fatals. "Mon pied était déjà douloureux, alors je ne pense pas l’avoir frappé si fort", a déclaré Mevlüt Saldoğan, l’officier de police accusé d’avoir blessé l’étudiant à la tête, cité par le quotidien Hürriyet Daily News. Les suspects ont prétendu que le garçon les insultait alors que des témoins ont déclaré qu’il suppliait ses assaillants de cesser les coups. Un autre policier, Hüseyin Engin, a affirmé qu’il n’était pas présent au moment des faits. "J’étais dans une autre rue, où mes supérieurs m’avaient envoyé pour contenir la foule", a-t-il clamé.

Photo diffusée par la famille Korkmaz

Les officiers ont également déclaré ne pas se souvenir d'où venaient les ordres de se déployer dans les rues pour attendre les manifestants, qui tentaient d’échapper aux jets de gaz lacrymogènes, a reporté le Hürriyet Daily News.

Un procès sous haute surveillance

Selon l’Agence France-Presse (AFP), un important dispositif a été déployé autour du palais de justice de Kayseri. Deux mille policiers, dont 500 membres des forces anti-émeutes, ont été envoyés sur les lieux. Des canons à eau étaient postés aux abords du tribunal et des barricades mobiles bloquaient les rues adjacentes et filtraient l’accès au palais de justice. Le gouverneur de la province a interdit tout rassemblement dans la ville pour toute la durée du procès. L'AFP a rapporté que des bus de manifestants et d’étudiants avaient été bloqués à l’entrée de la ville dimanche dans la soirée.

Des centaines de personnes se sont néanmoins réunies aux abords du tribunal et ont défilé dans les rues à l’appel de plusieurs partis politiques et associations de gauche. "L’État assassin va rendre des comptes ! Nous sommes tous unis pour Ali", scandaient-ils. "Nous sommes ici pour défendre la mémoire d'Ali İsmail, tué pour rien", a confié à l'AFP l’un des manifestants.

Tensions politiques

Ce procès a débuté dans un climat tendu. Des informations diffusées sur les réseaux sociaux, affirmant que trois policiers armés étaient venus soutenir leurs collègues et auraient été expulsés de la salle d’audience bondée, ont été démenties par le gouverneur de Kayseri, Orhan Düzgün (capture Twitter).

Les avocats de la famille de la victime ont voulu donner un aspect politique au procès. "Cet événement ne peut pas être séparé des manifestation de Gezi. Le pouvoir a eu peur de perdre sa légitimité constitutionnelle et a ordonné une répression massive du mouvement par les forces de l'ordre", a déclaré l'un d'eux, Ayhan Erdoğan, cités par l'AFP. Les avocats ont également dénoncé le déplacement du procès à Kayseri, soit à plus de 500 km de distance du lieu où les faits se sont produits, comme une "manœuvre politique".

Selon l’Association des médecins de Turquie (TBB), le bilan des manifestations du printemps dernier serait de six morts et plus de 8.000 blessés. La police avait procédé à des milliers d’arrestations. Au printemps s’ouvrira à Istanbul le premier procès de manifestants, avec 255 personnes sur le banc des accusés.

Sarah Baqué (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 4 février 2014

ALLER PLUS LOIN: Amnesty International Turquie a produit un compte-rendu détaillé de la première journée d'audience et Fikir Klüpleri Federasyonu suit le procès en direct sur Twitter

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 3 février 2014, mis à jour le 8 février 2018
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