Édition internationale

ÉTUDE INTERNATIONALE – Istanbul est-elle une ville “sûre” ?

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

L'Index des villes sûres (Safe Cities Index), publié le 26 janvier par l'Economist Intelligence Unit (EIU), place Istanbul au 41ème rang sur 50 grandes villes du monde. Intitulée "Estimer le niveau de sécurité urbaine à l'ère digitale"("Assessing urban security in the digital age"), l'étude classe ces 50 villes selon quatre catégories : risques liés à la cybercriminalité, risques liés à la santé, risques liés aux infrastructures et risques liés à la sécurité des personnes. Le classement d'Istanbul, qui peut paraître négatif au premier abord, recouvre en fait des réalités bien disparates.

Istanbul arrive en fin de classement, à la 41ème place, juste avant New Delhi, tandis que Paris est 23ème sur 50. La première ville est Tokyo (Japon), et la dernière Jakarta (Indonésie). Plusieurs villes européennes arrivent dans la première moitié du classement : Stockholm (4ème), Amsterdam (5ème), Barcelone (15ème), Londres (18ème), Madrid (21ème), Bruxelles (22ème).

Mais ce classement général cache des réalités bien différentes selon les critères. Concernant la sécurité face à la cybercriminalité, Paris est dans la deuxième moitié du classement (32ème), tandis qu'Istanbul arrive avant-dernière (49ème), juste avant Téhéran. L'écart entre Istanbul et la capitale française est astronomique en ce qui concerne les risques liés à la santé : Paris se place 5ème, Istanbul 46ème. Pour la sécurité des infrastructures, les deux villes arrivent respectivement 26 et 27ème. Enfin, la sécurité des personnes est jugée meilleure à Istanbul (18ème) qu'à Paris (24ème).

A Istanbul, la cybercriminalité et la santé seraient les principaux risques

L'étude cite comme principaux facteurs de risques pour la santé : la pollution, les maladies, les risques naturels qui peuvent affecter la santé des personnes, les risques sur les routes... Le bon classement de Paris (5ème) et d'autres villes européennes s'explique, selon l'étude, par leur couverture sociale. Le rapport 2014 sur le crime et la sécurité à Istanbul, publié par l'OSAC (Overseas Security Advisory Council, organisme de conseil pour la sécurité à l'étranger géré par le Bureau de Sécurité Diplomatique des Etats-Unis), peut éclairer sur les raisons du mauvais classement d'Istanbul (46ème) dans cette catégorie : selon ce rapport, Istanbul souffre d’une grande pollution de l'air, en particulier en hiver à cause de la combustion de charbon, de bois, et autres matériaux utilisés pour se chauffer. La situation de la ville sur une ligne de faille la rend aussi très vulnérable aux tremblements de terre.

La sécurité liée à la qualité des infrastructures est moyenne à la fois à Paris (26ème) et à Istanbul (27ème). Cette catégorie s'intéresse la solidité mais aussi l'esthétique des réseaux de transport, des systèmes de transport d'eau, d’électricité, du service de communications... L'étude prend aussi en compte la qualité de la maintenance de ces différentes infrastructures.

Taux de criminalité en baisse

Outre ces risques connus, l'étude mesure les risques liés à la cybercriminalité, en s'intéressant à la fois aux attaques déjà perpétrées mais aussi à l'existence, ou pas, de loi et d'équipes de surveillance dédiées à la cybercriminalité. Selon l'étude, ce risque est désormais essentiel : "Les villes deviennent plus vulnérables avec l'augmentation du nombre de services urbains qui marchent avec les nouvelles technologies", explique-t-elle. Elle cite comme exemple les feux de signalisation : désormais contrôlés par ordinateur dans plusieurs villes, leur piratage pourrait provoquer des accidents sur les routes dont les conséquences pourraient s'avérer dramatiques. Le rapport 2014 sur le crime et la sécurité à Istanbul confirme la vulnérabilité de la ville (placée 49ème sur 50) dans ce domaine, estimant que "ce n'est pas exceptionnel pour une société ou une agence gouvernementale d'être victime d'un hacker ou d'une cyberattaque."

Istanbul reste néanmoins fidèle à sa réputation de "ville sûre" pour les personnes, se plaçant 18ème, contre 24ème pour Paris. Le rapport 2014 sur le crime et la sécurité à Istanbul confirme que "le taux de criminalité en général à Istanbul reste plus bas que dans d'autres villes de cette taille. Il a considérablement baissé ces dernières années grâce à différentes opérations policières, un renforcement de la loi, et l'utilisation de caméras de vidéo surveillance". Il ajoute que "les crimes les plus courant sont les vols", citant les pick-pockets, le vol de bagages, l'arrachage de sacs à main...

La sécurité dans les megacities

L'étude observe une corrélation entre un faible classement et la rapidité de la croissance des villes : "Alors que ces villes grandissent, elles doivent fournir des services à un nombre de plus en plus grand de citoyens, alors que les budgets, eux, n'augmentent forcément aussi vite", explique-t-elle. Istanbul rentre dans cette catégorie des mégalopoles (megacities) de plus de 10 millions d'habitants, dont la population a augmenté très vite : elle représentait un peu moins de cinq millions d'habitants en 1980, et s'établit aujourd'hui à plus de 14 millions d'habitants.

Une étude à relativiser

Les résultats de cette étude restent indicatifs, et son introduction le précise bien : les villes étant été choisies pour leur "représentation régionale et l'accessibilité des données", cela ne signifie pas que Jakarta soit la ville la plus dangereuse du monde.

Mais l'introduction de l'étude souligne surtout la rapidité de l'évolution de ces résultats. Dans des villes en constant changement, chaque nouvel aménagement résout certains risques, mais en crée aussi de nouveaux : c'est toute la complexité de l'aménagement d'une ville. C'est pourquoi l'étude, loin de simplifier les questions de sécurité, cherche surtout à en montrer la complexité : "Sécuriser l'espace public, signifie considérer une large – et en constante évolution – palette de risques".

Julie Desbiolles (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 6 février 2015

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Publié le 8 février 2015, mis à jour le 8 février 2018
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