

Selon une récente étude, l'économie informelle serait plus ?développée? en Turquie que parmi les 33 autres pays membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe les pays les plus développés de la planète).
Une récente étude menée par une équipe de l'université de Bo?aziçi (Istanbul) met en évidence la part dans le PIB (Produit intérieur brut) des activités productrices de biens et services qui échappent au contrôle des autorités? autrement dénommée ?économie parallèle? ou ?économie informelle?.
La Turquie, bonne dernière parmi les membres de l'OCDE (ou première, c'est selon) affiche en 2015 un taux record de plus de 28% de part du PIB. En d'autres termes, l'auteur de cette étude, le professeur d'économie Ceyhun Elgin, observe que près de 30% du PIB du pays est issu de travaux sans contrats, de production ou de vente de biens et services illégaux ou encore d'évasion fiscale.
Les bons élèves de ce classement sont les Etats-Unis ? en tête, avec un taux d'un peu moins de 8%, suivis par la Suisse, 8%. La moyenne mondiale, elle, se situe à 22%. A titre de comparaison, en France en 2012, la part de l'économie parallèle dans le PIB était estimée à environ 14%.
Le cas de la Turquie n'est toutefois pas désespéré. ?De 1950 à 2012, nous avons pu observer une tendance à la baisse de ces statistiques. Cependant, il n'y a pas eu de changement significatif au cours de ces dix à quinze dernières années? a déclaré Ceyhun Elgin au quotidien Hürriyet Daily News. L'économiste indique qu'au début des années 1950, cette part grimpait jusqu'à 50% du PIB. Le taux reste sensiblement le même ? aux alentours de 27 à 30% ? depuis 1999, et les projections pour 2025 ne sont pas plus optimistes. En effet, bien que l'étude de Ceyhun Elgin et de son équipe prévoie une baisse d'environ 5 points de PIB, soit une stagnation autour de 23%, cette moyenne reste toujours deux points au-dessus des prévisions concernant la moyenne mondiale.
Solutions évidentes, mise en pratique difficile
Selon le chercheur, qui cite des travaux de l'institut public TÜBITAK, le secteur de l'économie le plus touché par ce problème est celui de la construction (avec un taux de 61%), suivi par celui du logement et de l'alimentation (45%). A l'inverse, ce serait dans les secteurs des communications, de la finance et de l'assurance que la fraude se rencontrerait le moins.
?L'économie non-déclarée nuit à notre croissance. Les entreprises qui échappent à la surveillance de l'État ne peuvent pas fonctionner de la manière la plus productive. Les entreprises qui opèrent de manière non déclarée ne veulent pas grandir trop pour ne pas attirer l'attention?, argumente Ceyhun Elgin, qui a consacré des travaux antérieurs à développer une méthodologie pour mesurer la part de l'économie non-déclarée et pouvoir comparer les pays.
Son étude préconise plusieurs mesures. Parmi elles, une économie officielle stable et en bonne santé est un facteur clé pour développer l'emploi déclaré ainsi que l'innovation. Cette stabilité économique doit être épaulée d'une stabilité politique, avec un faible taux d'inflation pour sécuriser le marché de l'emploi. Enfin, une grande partie de l'économie parallèle est issue directement ou indirectement de la corruption, et ce à tous niveaux. Il est possible d'avancer que sa baisse serait proportionnelle à celle de la part de l'économie parallèle dans le PIB.
Aline Joubert (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 22 janvier 2016































