Édition internationale

CARICATURE DE LA SEMAINE – Libre agenda ?

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 En avril 2011, le quotidien Özgür Gündem renaissait de ses cendres après 17 années d'interruption. Özgür Gündem, qui signifie en turc ?libre agenda?, consacre ses colonnes à ce qu'il n'est désormais plus tabou d'appeler ?la question kurde?. Pourtant, en fin de semaine dernière, un tribunal d'Istanbul a suspendu pour un mois la publication du journal. Sefer Selvi, du quotidien socialiste Evrensel, consacre une caricature à l'affaire

Au premier plan du dessin, Recep Tayyip Erdo?an quitte les bureaux d'Özgür Gündem. Il vient d'en verrouiller la porte. Les journalistes restent enfermés à l'intérieur pendant que le Premier ministre turc marmonne dans sa moustache: ?Ainsi je peux continuer de soutenir qu'il n'y a pas de journalistes en prison.?

Ce n'est pas ce qu'en pensent les intéressés, l'opposition parlementaire et l'Union européenne, qui critiquent régulièrement la Turquie pour ses atteintes à la liberté de la presse. Özgür Gündem rappelle qu'onze membres de sa rédaction sont actuellement en détention dans le cadre de l'enquête sur le KCK, une organisation soupçonnée d'être la branche urbaine du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Accusé d'avoir fait de la propagande pour une organisation terroriste, Özgür Gündem vient d'écoper d'une interdiction de parution d'un mois. Tous les exemplaires du 25 mars ont été saisis, assure la direction du journal.

Un titre-symbole

En Turquie, et particulièrement dans le sud-est du pays, Özgür Gündem est un symbole, non seulement pour ce qu'il a écrit dans les années 90, au plus fort de la guerre entre l'armée turque et le PKK, mais aussi pour ce qu'il a subi.

Entre mai 1992 et avril 1994, durant sa première période de parution, 76 des employés du quotidien ont été tués, dont une trentaine de journalistes. Les victimes étaient aussi bien des porteurs de journaux que le célèbre poète kurde Musa Anter, assassiné en septembre 1992 à Diyarbak?r. Un long-métrage (?Press?), primé l'an dernier au Festival du film d'Istanbul, raconte l'histoire du quotidien à l'époque.

Özgür Gündem a déjà affronté des dizaines de procès. Par le passé, sa parution a été suspendue 20 fois et, tout cumulé, la justice a prononcé 147 années de prison contre ses correspondants. En 2000, la Cour européenne des droits de l'Homme a d'ailleurs condamné la Turquie pour avoir violé le droit à la liberté d'expression en ne protégeant pas, malgré les menaces, les employés du journal.

Sefer Selvi, dessinateur d'un autre quotidien engagé (Evrensel), suggère avec cette caricature publiée le 26 mars que ces violations continuent dans la Turquie de 2012.

Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 30 mars 2012

A noter : Aujourd'hui vendredi 30 mars, un tribunal vient juste d'annuler la suspension pour un mois du quotidien ozgur gundem.

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 30 mars 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos