Édition internationale

BERKİN, 15 ANS – Des dizaines de milliers de personnes lui rendent un dernier hommage

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Des dizaines de milliers de Turcs ont marché mercredi en mémoire du jeune Berkin Elvan, blessé grièvement en juin 2013 par une grenade lacrymogène de la police et décédé mardi matin après 269 jours de coma. Les manifestations ont duré toute la journée à travers le pays. Elles ont été particulièrement massives à Ankara et à Istanbul, où avaient lieu les obsèques. Dans ces deux villes, la police a usé de canons à eau et de gaz pour disperser la foule. A Tunceli, un policier est décédé dans des circonstances non encore précisées.

A Istanbul, dès le début de la matinée, les rassemblements ont convergé vers le quartier d’Okmeydanı, où une cemevi (lieu de culte alévi) a accueilli la cérémonie funéraire. Les parents et les sœurs du jeune Berkin étaient entourés d’une foule nombreuse d’anonymes et de personnalités politiques, dont le candidat CHP (Parti républicain du peuple) à la mairie d’Istanbul, Mustafa Sarıgül, et son rival du Parti démocratique des peuples (HDP), Sırrı Süreyya Önder. Le vice-Premier ministre, Bülent Arınç, s’est exprimé depuis Eskişehir au nom du gouvernement, déclarant que “toute la Turquie (était) en deuil.

Photo NR

Depuis Okmeydanı, où habite la famille Elvan et où l’adolescent alors âgé de 14 ans avait été touché à la tête le 16 juin 2013, le cortège a pris la direction de Şişli, provoquant la fermeture partielle de l’autoroute E-5. Dès le milieu de journée, la police a bloqué l’accès au parc Gezi de Taksim tandis que le préfet d’Istanbul, Hüseyin Avni Mutlu, assurait sur son compte Twitter que “les forces de l'ordre (avaient) reçu des consignes de prudence”.

En milieu de journée, une foule compacte s’est formée à Şişli, autour du cimetière de Feriköy, là où Berkin Elvan a été enterré peu après 17h (voir diaporama photo ci-dessous). Quelque 50.000 personnes ont occupé pendant plusieurs heures l’avenue Halaskargazi, qui relie Şişli à Taksim. Beaucoup avaient à la main ou sur leur manteau une photo du garçon, parfois un œillet rouge. Plusieurs groupes d’opposition ont également défilé avec les banderoles et drapeaux de leur parti (Parti communiste, Parti ouvrier…)

“Berkin représente notre enfance”

Les manifestants scandaient “Berkin Elvan est immortel”, “Berkin Elvan est notre honneur” ou “Berkin Elvan, un jeune arbre de 15 ans”. D’autres slogans s’adressaient au Premier ministre - "Tayyip assassin !" – ou rappelaient le mouvement de l’été dernier - "Berkin est partout, la résistance est partout !”

“Berkin représente notre enfance, et tous ceux que nous avons perdus pendant Gezi”, observe Taylan, 19 ans, un étudiant de l’Université technique d’Istanbul. Le jeune homme explique “boycotter les cours” depuis le décès de Berkin Elvan, avec plusieurs de ses amis. “Un enfant de 15 ans est mort et la police continue de nous jeter du gaz. On descend dans la rue pour dire au gouvernement que non, tout n’est pas permis.”

“J’ai laissé mon enfant de quatre ans pour apporter mon soutien à la famille de Berkin”, raconte Sinan Tunç, une jeune maman. “L’heure est au deuil. Mais j’avoue que la diversité des gens que je croise dans cette manifestation me rappelle Gezi et que cela me rend heureuse. J’aurais simplement aimé que, pour ces funérailles, il y ait moins de banderoles de partis politiques”, remarque Gamze, une étudiante en arts de 21 ans.

Photo NR

“Beaucoup de gens, comme moi, sont descendus dans la rue spontanément quand ils ont appris la nouvelle”, acquiesce Fatma, 28 ans, ingénieure en informatique. “Le Premier ministre nous répète d’attendre les élections pour nous exprimer mais on ne veut pas attendre le 30 mars pour lui demander des comptes pour la mort de Berkin !” s’écrit-elle, avant d’ajouter : “Mais qu’il ne s’inquiète pas, nous irons voter le 30 mars.”

Gaz et canons à eau à Ankara et Istanbul, notamment

A Ankara, la police est intervenue avec des jets d’eau et du gaz lacrymogène dès le milieu de journée dans le quartier central de Kızılay et dans celui de Tuzluçayır.  L’agence de presse Doğan a fait état de trois blessés et d’au moins 15 gardes à vue parmi les manifestants.

A Istanbul, après plusieurs heures de marches pacifiques, des dizaines de policiers antiémeutes ont dispersé la foule à Şişli/Osmanbey, l’empêchant d’avancer vers la place Taksim. A partir de 17h30 et pendant une bonne partie de la soirée, les forces de l’ordre ont massivement usé de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour mettre un terme à la manifestation, a constaté sur place lepetitjournal.com d’Istanbul. Des manifestants stambouliotes ont rapporté, photos à l’appui, avoir été visés par des balles en plastique. Certains protestataires ont été vus brisant des vitrines, érigeant des barricades et lançant des feux d’artifices en direction de la police.

Dans la soirée, des groupes se sont également retrouvés sur et autour de la place Taksim, où les affrontements se sont intensifiés, tandis que les manifestations continuaient à Izmir, Samsun, Mersin, Eskişehir, Denizli, Antalya ou encore Adana. Dans la plupart de ces villes, la police est également intervenue contre les manifestants, moins nombreux toutefois. Les agences de presse turques ont rapporté mercredi soir la mort d'un policier à Tunceli (nord-est).

Ci-dessous, quelques photos des funérailles de Berkin Elvan (©Nathalie Ritzmann). Sur l’une des photos, en tête de cortège, on reconnaît Ferhat Tunç, célèbre chanteur kurde alévi (moustache et blouson kaki) :

Anne Andlauer (lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 13 mars 2014

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 12 mars 2014, mis à jour le 8 février 2018
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos