

Avec ses 12 villes de plus de un million d'habitants, la Turquie est un pays fortement urbanisé, mais on a tendance à oublier que c'est aussi un grand pays agricole, le 8ème mondial ! Lepetitjournal.com a interviewé Aydan Tezcan, Conseillère du Pôle Agrotech Ubifrance, qui nous a dressé un panorama de l'agriculture en Turquie.
Alors que l'agriculture emploie un Turc sur quatre, elle ne représente qu'à peine 10 % du PIB ! Tout est dit? S'il y a eu des progrès, en particulier grâce à la mécanisation, on est encore loin des normes de productivité européennes? Sont en cause : la taille réduite des exploitations, l'utilisation de semences traditionnelles et de variétés de plantes obsolètes (pas d'OGM en Turquie, les concombres français sont d'ailleurs taxés de dopage !), l'absence de formation professionnelle? et un manque d'organisation professionnelle (les coopératives n'existent que depuis 2006 en Turquie !).
En terme de production en valeur absolue, les chiffres sont donc importants : 27 millions d'hectares de surface agricole et 3 millions d'exploitations (donc une surface moyenne de 9 ha), 40 millions de tonnes de fruits et légumes, 11,9 milliards de dollars de produits agricoles et transformés exportés en 2009, soit 11,5 % des exportations totales du pays?
Mais, quand on y regarde de plus près, ils révèlent un retard et un manque de modernisation. Sur 27 millions d'hectares, seuls 4.9 sont irrigués, et encore pour 95 % avec un système "gravitaire" assez rudimentaire et peu écologique? Quand on parle d'agriculture en Turquie, il faut d'ailleurs parler des barrages et en particulier du GAP qui va permettre l'irrigation de 1.9 millions d'hectare en plus? Autre chiffre révélateur, sur 3 millions d'exploitations, la moitié est constituée de petites fermes qui assurent la subsistance de toute la famille avec une surface de moins de 5 ha, de quoi faire un joli verger?
Une production dominée à 69 % par la culture végétale
Verger et potager sont d'ailleurs les termes qui s'imposent à l'agriculture turque, qui repose à 69 % sur la production végétale. La Turquie est premier producteur mondial de cerises, de figues et d'abricots et premier producteur et exportateur mondial de noisettes, la récolte constituant entre 70 et 80 % de la production mondiale ! Le pays est aussi respectivement le 2ème et 3ème producteur mondial de concombres - on s'en serait douté ! - et de tomates (reportage sur la plus grande exploitation européenne de tomates bio située en Turquie demain dans nos colonnes).
Grâce à la variété des climats et des terroirs, on produit de tout en Turquie, même de la banane ! Les paysages de noisetiers et de thé dominent la région de la Mer Noire, les oliviers occupent la région de la mer Egée et les serres quadrillent les plaines côtières de la mer Méditérannée, en particulier à Antalya et Dikili près d'Izmir. Avec une région plus continentale, l'Anatolie Centrale, le grenier à blé du pays, la Turquie est aussi respectivement 7ème et 8ème producteur mondial d'orge et de blé. Le melon, la pistache, les olives, le tabac, le thé, les pommes, les raisins, et le coton font aussi partie du Top 10 des productions mondiales?
Une situation préoccupante pour l'élevage
Mais si l'agriculture turque est performante pour la culture, elle reste beaucoup plus traditionnelle pour l'élevage, par conséquent fortement tributaire des aléas climatiques... Vous avez peut-être remarqué que le prix de la viande a fortement augmenté depuis 2007 ? Cette année a été marquée par une forte sécheresse, il a donc fallu avoir recours à l'alimentation animale. Or, la Turquie est déficitaire en produits d'alimentation animale, elle a donc dû importer encore plus massivement. Sachant que ces produits représentent 70 % du coût de l'élevage, et que les denrées agricoles échappent à l'Union douanière exemptant la Turquie de taxes avec l'Europe, le prix de revient de la viande a fortement augmenté.
On a donc été contraints d'abattre une grosse partie du cheptel bovin, pas moins de 40 millions d'animaux en 2008 ! L'offre chutant drastiquement par rapport à la demande, les prix se sont retrouvés à la hausse ! Le ministère a alors autorisé l'importation d'animaux vivants et levé celle de viande, la viande importée représentant 1/3 du prix de la viande locale? Une partie des éleveurs turcs ont dû mettre la clé sous la porte?
En ce qui concerne les ovins, c'est une agriculture typiquement traditionnelle des régions montagneuses de l'Anatolie orientale. Les années 90 marquées par un exode rural massif, auquel s'ajoute le problème de recrutement des bergers, ont été fatales pour cet élevage. On est ainsi passé de 40 millions de moutons il y a 15 ans à 22 millions en 2009. Attendons de voir ce que le gouvernement va proposer aux agriculteurs pour les aider?
Marie-Eve Richet ( www.lepetitjournal.com Istanbul ) mardi 1er mars 2011.











































