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Affaire Khashoggi: «Est-ce qu'on pourra mettre le tronc dans un sac ?»

Par Jonathan Grimmer | Publié le 10/09/2019 à 05:36 | Mis à jour le 11/09/2019 à 12:26
affaire Khashoggi enregistrements assassinat consulat Istanbul

Le quotidien turc Sabah a rendu public hier le contenu des enregistrements effectués par les services secrets turcs dans l’enceinte du consulat saoudien à Istanbul le jour de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier.

La scène semble tirée d’un polar de John Le Carré. Se préparant à la venue de Jamal Khashoggi dans l’enceinte du consulat de l’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre dernier, deux membres du commando chargé de l’assassinat du journaliste discutent des détails de l’opération. « Est-ce qu'on pourra mettre le tronc dans un sac ? », entend-on demander Maher Moutreb, agent des services de renseignement saoudiens, sur les enregistrements réalisés par les services secrets turcs, dont le contenu a été révélé hier pour la première fois par le quotidien turc Sabah.

« Non, trop lourd. Et trop grand aussi », répond Salah Al-Toubaigy, médecin légiste travaillant pour le ministère saoudien de l'Intérieur. « En fait, j’ai toujours travaillé sur des cadavres. Je sais comment les démembrer rapidement. Bien que je ne n’ai jamais travaillé sur un corps encore chaud, je pense que je devrais pouvoir le faire facilement. Normalement, je mets mes écouteurs et j’écoute de la musique pendant que je découpe un cadavre. En même temps je fume et je bois mon café. Après le démembrement, vous mettrez les morceaux dans des sacs en plastique et vous les sortirez [de l’immeuble]

Un peu plus tard, on entend le docteur Al-Toubaigy se plaindre de ne pas être protégé. « Mon supérieur ne sait pas ce que je fais. Il n'y a personne pour me couvrir. »

« Ne fermez pas ma bouche. Je fais de l’asthme»

A 13h14, un troisième membre du commando, non identifié à ce jour, informe les deux hommes que Jamal Khashoggi vient d’arriver. La suite se passe dans un bureau du deuxième étage. Le journaliste est tenu en joug. A 13h22, Maher Moutreb lui demande s’il a un téléphone sur lui. L’ancien collaborateur du Washington Post l’informe qu’il a deux Iphone. S’ensuit un échange de dix minutes.

Mutreb : Ecrivez un message pour votre fils.

Khashoggi : Qu’est-ce que je dois lui dire ?

Mutreb : Vous écrivez un message et vous nous le montrez.

Khashoggi : Que dois-dire? A bientôt ?

Membre non identifié du commando : Abrégez !

Mutreb : Vous allez écrire quelque chose du genre « Je suis à Istanbul. Ne t’inquiète pas si tu ne peux pas me joindre ».

Khashoggi : Je ne dois pas dire « kidnappé » ?

Membre non identifié du commando : Otez votre veste.

Khashoggi : Comment une telle chose peut-elle se produire dans un consulat ? Je n’écrirai rien du tout.

Membre non identifié du commando: Abrégez !

Khashoggi : Je n’écrirai rien du tout.

Mutreb :  Ecrivez monsieur Jamal. Dépêchez-vous. Aidez-nous et nous pourrons vous aider, parce que nous allons vous ramener en Arabie saoudite, et si vous ne nous aidez pas, vous savez ce qui va se passer.

Khashoggi :  Il y a une serviette ici. Vous allez me droguer ?

Al-Tubaigy : Nous allons vous endormir.

Juste avant de perdre connaissance, Jamal Khashoggi, qui visiblement ne s’attendait pas à être assassiné, prévient ses ravisseurs : « Ne fermez pas ma bouche. Je fais de l’asthme. Ne le faites pas, vous m’étoufferiez.»

 

Peine de mort

Une fois endormi, le commando lui place un sac plastique sur la tête jusqu’à ce qu’il suffoque. Quelques minutes plus tard, à 13h39 exactement, on entend le début de l’opération démembrement, laquelle prendra une demi-heure environ. Les différentes parties du corps seront ensuite transportées par le commando à l’extérieur du consulat dans des valises. Elles n’ont toujours pas été retrouvées

Niant dans un premier temps toute implication, Riyad a évoqué une opération menée par des éléments « hors de contrôle » qui aurait dégénéré. Le procès de onze suspects s’est ouvert en début d’année devant la justice saoudienne. Le procureur général a requis la peine de mort contre cinq d’entre eux. 

jonathan grimmer lepetitjournal istanbul journaliste

Jonathan Grimmer

Diplômé de l'IPJ Paris-Dauphine, passionné de littérature et d'échecs, j'ai pris la responsabilité de l’édition d’Istanbul de lepetitjournal.com en avril 2019 après avoir travaillé deux ans en France pour divers titres de la presse écrite.
3 Commentaire (s)Réagir
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sheikh Nanar jeu 12/09/2019 - 10:00

Aussi sauvages et criminels que les milliers de bombardements américains, français, britanniques, israéliens, saoudiens , émiratis sur des populations civiles syriennes, iraqiennes, yémenites, palestiniennes, afghanes...libanaises (1982)... L'impunité des Bush et Blair, Netanyahou, Sarkozy et Cameron, MBZ et MBS a ouvert des boîtes de Pandore monstrueuses. la CPI doit devenir universelle.

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Cornut jeu 12/09/2019 - 10:00

Aussi sauvages et criminels que les milliers de bombardements américains, français, britanniques, israéliens, saoudiens , émiratis sur des populations civiles syriennes, iraqiennes, yémenites, palestiniennes, afghanes...libanaises (1982)... L'impunité des Bush et Blair, Netanyahou, Sarkozy et Cameron, MBZ et MBS a ouvert des boîtes de Pandore monstrueuses. la CPI doit devenir universelle.

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rima mer 11/09/2019 - 15:39

Effrayant et monstrueux. Et avec une telle froideur ! Quels sont donc ces monstres capables de tels actes ? Seront-ils jamais punis, eux et surtout leurs commanditaires ?

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