

Le feuilleton aura duré un an. Lundi, la 16ème Cour Criminelle d’Istanbul a rendu son verdict dans l’affaire des matchs truqués. Aziz Yıldırım, Président du club du Fernerbahçe et principale figure de ce procès a été condamné à une peine de 6 ans et 3 mois.
Lancée en juillet 2011, cette affaire a ébranlé la Turquie, un pays où le football est une institution voire une religion. Retour sur les dates importantes de cette affaire

Le logo du club de Fenerbahçe (crédit photo : Kaan Sensoy (flickr) )
Été 2011 : Une vague d’arrestations secoue le milieu du football turc
L’enquête sur des matchs truqués avait commencé au printemps mais c’est le 3 juillet qu’elle devient véritablement publique avec l’arrestation d’Aziz Yıldırım, Président du Fenerbahçe. Trois semaines plus tard, une trentaine de personnes sont arrêtées dans le cadre de l’enquête. Les charges portées sur ces joueurs et ces officiels des clubs concernent des matchs truqués ainsi que diverses malversations. Les arrestations sont vécues par les supporteurs comme un traumatisme. Volonté du gouvernement de mettre la main sur le football, machination de la part du rival Galatasaray, implication de la "communauté Gülen"… Les théories fusent dans le clan de Fernerbahçe.
23 août 2011 : Le Fenerbahçe est évincé de la Ligue des Champions pour la saison 2011-2012
Cette décision de la Fédération turque de football (TFF) fait suite aux avertissements de l’UEFA (Union européenne des associations de football). Le club réagit immédiatement et s’oppose à cette décision en faisant appel auprès du comité d’arbitrage de la fédération. Fenerbahçe, championne de Turquie est alors remplacée en phase de poule par Trabzonspor, un club pourtant lui aussi touché par l’enquête. Fenerbahçe porte plainte auprès du Tribunal arbitral du sport contre la TFF et l’UEFA. Le club demande sa réintégration à la Ligue des Champions et 45 millions d’euros de dommages et intérêts.
10 décembre 2011 : Le Parlement vote en urgence une loi réduisant les peines pour des actes de tricherie et de violence dans les stades
La peine maximum encourue pour corruption dans le but d’influencer les résultats passe par exemple de 12 à 3 ans d’emprisonnement. Une majoration de 50% s’ajoute pour les dirigeants de club. Le texte avait été bloqué en première lecture par le Président de la République Abdullah Gül, mais face à un deuxième vote dans les mêmes termes, il est obligé de le promulguer.
31 janvier 2012 : Mehmet Ali Aydınlar, Président de la TFF, démissionne ainsi que ses deux adjoints
Le Président jette l’éponge alors que la TFF ne parvient pas à se mettre d’accord sur les sanctions à adopter contre les clubs impliqués dans l’affaire. Au début de l’affaire, il avait refusé de prendre une décision disant que les preuves nécessaires n’étaient pas réunies et qu’il fallait respecter le secret de l’instruction.
14 février 2012 : Le procès des matchs truqués s’ouvre à Istanbul
Dirigeants de club, joueurs, manageurs, entraineurs… 93 personnes sont poursuivies dans cette affaire. En tout, ce sont huit clubs qui sont impliqués (Fenerbahçe, Trabzonspor, Beşiktaş, Sivasspor, Mersin Idman Yurdu, Büyükşehir, Manisaspor et Giresunspor). Les charges vont de tricheries à malversations et concernent 19 matchs de première et deuxième division sur la saison 2010-2011. La figure principale du procès reste Aziz Yıldırım. Les charges retenues contre lui sont la création d’une organisation criminelle, la fraude et le trucage de matchs. La défense d’Aziz Yıldırım sera toujours la même au cours de ce procès : nier son implication dans des matchs truqués, s’étonner d’être le principal accusé du procès et parler d’opération visant à déstabiliser son club.

27 février 2012 : Yıldırım Demirören est élu à la tête de la TFF
Il remplace Mehmet Ali Aydınlar qui avait démissionné quelques semaines auparavant. Yıldırım Demirören, Président du club de Beşiktaş et homme d’affaires proche du gouvernement, promet de lutter contre la corruption dans le football turc.
30 avril 2012 : Pour la TFF, les éventuelles tentatives de fraude n’ont pas eu de conséquences sur le terrain et sur les résultats des matchs
Le Président de la TFF fonde cette décision polémique sur les conclusions d’un rapport du comité disciplinaire du football professionnel (PFDK).
Le même jour, la Fédération annonce des changements dans le code disciplinaire. Alors qu’une tentative de fraude pouvait auparavant mener à la relégation, un club impliqué n’écopera désormais que d’une soustraction de points et de pénalités financières. Les clubs de Galatasaray, Trabzonspor et Bursaspor se lèvent contre cette décision.
Le 7 mai, la Fédération considère que les clubs n’ont pas à être punis de manière collective. 10 personnes (joueurs et officiels) se voient tout de même interdire d’exercer leurs fonctions pour des périodes allant jusqu’à trois ans. Le Premier Ministre Erdoğan, fervent supporter du Fenerbahçe, juge cette décision appropriée : "Quand une entité est punie pour des crimes commis par des individus, ce n’est pas seulement cette entité qui est punie mais peut être aussi des millions de fans et de villes".
20 mai 2012 : Aziz Yıldırım est réélu à la tête du Fenerbahçe
Il était le seul candidat à sa succession. Son club lui a montré un soutien indéfectible en le reconduisant à la tête du Fenerbahçe. Il avait été élu Président pour la première fois en 1998.

22 juin 2012 : L’UEFA autorise le Fenerbahçe à concourir pour la Ligue des Champions 2012-2013
La décision finale reviendra cependant au comité de discipline.
2 juillet 2012 : La Cour rend son verdict après plusieurs mois d’un procès très médiatisé
Plusieurs personnalités sont condamnées, mais celles qui étaient encore emprisonnées sont libérées, dans l’attente d’une décision de la Cour d’Appel. C’est le cas d’Aziz Yıldırım, principal prévenu dans ce procès, qui écope d’une peine de 6 ans et 3 mois (2 ans et 6 mois pour organisation criminelle et 3 ans et 9 mois pour matchs truqués et primes incitatives). La Cour lui interdit également l’exercice de ses fonctions à la tête du club et le sanctionne d’une amende de 1.3 million de livres turques.
D’autres figures du club de Fernerbahçe sont condamnées, ainsi que diverses personnalités d’autres clubs (Beşiktaş, Eskişehirspor, Sivasspor, Giresunspor et Diyarbakırspor). Olgun Peker, ancien Président de Giresunspor, écope par exemple d’une peine de 2 ans pour organisation criminelle.
Margaux Agnès (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 5 juillet 2012











































