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OPÉRA – L'autre opéra d'Istanbul : l’Opéra Leyla Gencer de Bakırköy

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 mars 2017

L'Opéra Leyla Gencer en est à sa deuxième saison. Pourtant, et bien qu'étant à l'heure actuelle la seule salle spécifiquement pensée pour l'opéra de la rive européenne d'Istanbul, elle est encore peu connue des mélomanes.

En assistant au concert-spectacle ?Amour? de Dominique Hoff organisé par lepetitjournal.com d'Istanbul dimanche prochain 12 mars, vous aurez l'occasion de découvrir l'Opéra Leyla Gencer, une salle moderne et de standing international, accueillant également un Musée Leyla Gencer consacré à la célèbre soprano turque, rivale de la Callas et star de la Scala de Milan dans les années 1960.

Situé à Bak?rköy, l'arrondissement d'Istanbul en pleine transformation mais un peu excentré où se trouve l'aéroport Atatürk, tragiquement marqué par le décès de son premier et prestigieux directeur artistique Arda Aydo?an au premier mois de sa première saison, cet équipement remarquable par son acoustique comme par sa fonctionnalité n'a pas encore la notoriété qu'il mériterait.

Nous n'avons donc pas été étonnés que Bülent Kerimo?lu, qui qualifie sa mairie de Bak?rköy de ?sociale-démocrate?, et son adjoint Nurhan Çetinkaya, directeur de l'opéra, aient tenus à présenter personnellement leur établissement aux lecteurs de lepetitjournal.com.

lepetijournal.com d'Istanbul : Il y a peu de salles d'opéra à Istanbul. Comment est venue l'idée à la mairie de Bak?rköy de construire un opéra ?

Bülent Kerimo?lu, maire de Bak?rköy : Il y a aujourd'hui 17 millions de personnes qui vivent à Istanbul. Quand on pense que, rien qu'à Paris, il y a plus de 500 salles de spectacle, en proportion, ce nombre est encore faible à Istanbul. Après la fermeture du Centre culturel Atatürk (AKM) de Taksim, l'ouverture d'une salle d'opéra à Bak?rköy est un réel avantage pour tous les habitants d'Istanbul, et une source de fierté. Et aujourd'hui, en comptant l'Opéra et centre culturel Leyla Gencer, il y a cinq salles de spectacles à Bak?rköy, et des dizaines de centres culturels privés.

Pourquoi avoir choisi le nom de Leyla Gencer ?

Il y a de nombreux artistes en Turquie connus de par le monde, mais Leyla Gencer a été une de nos plus célèbres artistes, qui a fait connaître la Turquie au monde, au point qu'elle avait été surnommée ?La Diva Turca?. Donner son nom à une maison d'opéra nous a semblé une décision judicieuse. De plus, dans le bâtiment de notre opéra, nous avons pu reconstituer une ?Maison du souvenir Leyla Gencer? où sont rassemblés des effets que la diva possédait dans sa maison de Milan. 

D'où vient votre public ?

Nous nous adressons d'abord aux habitants de Bak?rköy, bien sûr. Mais, l'année dernière nous avons accueilli 55.000 personnes et proposé près de 150 manifestations. Les amateurs de culture sont venus de tout Istanbul, d'autres villes de Turquie, et même de l'étranger ! L'esprit artistique ne connaît pas de limites ou de frontières et n'entre pas dans des moules. Notre établissement a été fait pour tous les amateurs de culture, quelle que soit leur provenance.

Bak?rköy n'est pas connu comme un arrondissement d'Istanbul où l'on se rend pour ses activités culturelles. Vous voulez changer cette perception ?

Je suis convaincu que cette perception n'est pas juste. Bak?rköy est un des plus vieux arrondissements d'Istanbul, et de nombreux artistes célèbres y sont nés, y ont grandi et vécu. Bak?rköy est la seule mairie d'arrondissement à avoir une structure municipale de théâtres en propre, et ce depuis 33 ans. Par ailleurs, Bak?rköy possède ses spécificités urbaines tout comme Kad?köy, Be?ikta? ou Beyo?lu, et produit à ce titre sa culture propre, en la mettant de plus en plus en avant.

La construction de l'Opéra Leyla Gencer faisait-elle partie d'un plan plus général de changement urbain à Bak?rköy ?

Bien sûr tout le monde connaît l'aéroport international Atatürk, qui est situé à Bak?rköy. Mais cet arrondissement possède aussi désormais quatre marinas dont une de rang international à Ataköy, des dizaines d'hôtels 5 étoiles, un hippodrome international, et bientôt neuf centres commerciaux. La nuit 300.000 habitants y dorment mais, en journée, ce sont presque deux millions de personnes qui y vivent ! Je vous ai parlé des centres culturels, mais il y aussi des centaines de cafés et restaurants: la vie y est très colorée. Je suis fier d'être le maire d'un tel arrondissement. A l'exemple de ce que nous avons fait avec l'Opéra Leyla Gencer, mon équipe essaye de développer continuellement de nouveaux projets culturels et artistiques, comme nos festivals dans les rues et dans les lycées. Je suis donc particulièrement heureux d'avoir pu présenter l'Opéra Leyla Gencer aux Français vivant en Turquie par le biais de lepetitjournal.com, et le serai encore plus de pouvoir les rencontrer sur place !

lepetitjournal.com : Comment définissez-vous le projet artistique de l'Opéra Leyla Gencer ?

Nurhan Çetinkaya, directeur de l'opéra : Nous nous adressons à toutes les personnes qui s'intéressent à la culture, et notamment à vos lecteurs français, que je salue ! Mais je dirais tout d'abord qu'il s'agit actuellement de la seule salle d'opéra située sur la rive européenne d'Istanbul, c'est-à-dire dotée d'une fosse d'orchestre ainsi que de l'acoustique et des équipements nécessaires. Istanbul est une grande ville et une mosaïque de cultures et, surtout dans les conditions actuelles, nous devons faire vivre cette mosaïque. Parce que cette ville est une grande ville, l'opéra doit y avoir sa place, plus de place, mais parce que cette ville est une mosaïque, nous donnons aussi des spectacles de théâtre, de musique classique, de jazz, de musiques traditionnelles et même de pop ! C'est notre première spécificité.

Notre deuxième spécificité, c'est notre ouverture aux enfants. Nous avons déjà accueilli 15.000 enfants à l'Opéra Leyla Gencer, âgés de 2 à 10 ans. Je suis passionné par l'éducation des enfants, j'ai même publié un recueil de lettres aux enfants sur le sujet. Les enfants doivent rencontrer l'art ; l'éducation artistique est indispensable si l'on veut que ce pays continue d'évoluer.

Enfin, nous avons un modèle économique particulier pour la Turquie : nous ne nous contentons pas de louer la salle aux organisateurs de spectacles ou aux artistes, nous travaillons au partage de recettes. Nous partageons donc les gains mais aussi les risques de moins bonnes rentrées. C'est une assurance pour les artistes et, à l'arrivée, la mairie y est gagnante financièrement.

Quelles sont les caractéristiques de votre équipement ?

Nous avons beaucoup travaillé l'acoustique de la salle. Nous aurions pu réaliser une salle de 1500 places mais, pour préserver l'acoustique, la jauge n'est que de 800 personnes. De plus, la salle est dotée d'un système de réglage de l'acoustique tout à fait original. Le design quant à lui a été confié à une équipe italienne, qui a créé une ambiance très apaisante. Il y a par ailleurs dans le bâtiment un café, une restauration légère, une librairie-disquaire, et des salles annexes où nous organisons notamment des ateliers ou des conférences sur la musique ou la danse. Et nous disposons aussi d'un parking?

Comment se présente la saison 2016-2017 ?

Elle a mal commencé? Avec les attentats et les événements, nous avons dû annuler plusieurs manifestations, et les spectateurs eux-mêmes annulaient. En mars, nous sommes toutefois revenus à un nombre de représentations équivalent à celui de la saison dernière, soit une vingtaine. Mais nous avons aussi inauguré la ?Maison du souvenir de Leyla Gencer? le 12 novembre dernier, jour anniversaire de la naissance de la cantatrice. C'est un véritable musée, reconstituant sa maison à Milan, avec son piano, ses effets personnels, sa chambre, des cadeaux que lui avait offerts Maria Callas, et une très belle collection de costumes de scène. Nous avons certes travaillé avec l'?KSV (Fondation d'Istanbul pour l'art et la culture) pour ouvrir ce musée, mais cela a été un gros investissement pour nous.

Comment êtes-vous devenu directeur de cet opéra ?

J'ai travaillé pour des sociétés industrielles et de travaux publics comme consultant en gestion de crise. Je suis toujours l'associé d'une de ces sociétés. Mais, pour ma fille ? c'est pour elle que j'ai écrit ce livre dont je vous ai parlé ?, je suis devenu un activiste de l'art. J'ai aussi conduit des projets autour de l'environnement et de la santé à K?nal? Ada. C'est là que le maire m'a remarqué. Et puis je suis arménien, citoyen turc d'origine arménienne, et les Arméniens aiment bien la musique? Voilà pourquoi quand le maire m'a demandé l'année dernière de diriger l'Opéra Leyla Gencer, je n'ai pas hésité. Cela aussi, je le fais pour les enfants. Pour leur laisser une meilleure ville, un meilleur monde.

Propos recueillis par Eric Taver (http://lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 8 mars 2017

Photos © Leyla Gencer Operas? ve Sanat Merkezi


 ?Amour? par Dominique Hoff (mezzo-soprano et comédienne), ?nci Yakar Birol (pianiste)
- Dimanche 12 mars 2017 à 18h
- Opéra Leyla Gencer ? Osmaniye Mahallesi. ?ncirli Yolu Sk. No: 20/1. Bak?rköy / Istanbul
- Informations : http://www.dominiquehoff.com/amour-fr.html
- Billets (33 TL) et réservations : +90 212 572 20 70 ou Biletix

 


 

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Publié le 7 mars 2017, mis à jour le 8 mars 2017
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